[CRITIQUE] Swallow, de Carlo Mirabella-Davis

Le pitch : Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ?

Pour son premier long-métrage, Carlo Mirabella-Davis signe un thriller psychologique troublant et dérangeant. Rencontre perturbante entre la froideur masculine d’un American Psycho et le ronron à la dépression latente de La Vie Domestique, Swallow dresse un tableau familier, observant le quotidien d’une femme au foyer enfermée dans un cocon bourgeois, sur fond de dynastie familiale et moule sociétal exigu. Dans la vie de Hunter, l’héroïne, tout semble parfait en apparences, mais pourtant l’aisance confortable du jeune couple apparaît bientôt comme une prison de verre. C’est justement quand le dernier verrou se présente sous forme d’une grossesse, que le récit va développer son intrigue pour le moins particulière et étrange.

Articulé autour d’un trouble alimentaire appelé le Pica, Swallow observe avec une fascination déroutante l’expansion de la maladie. Loin d’en faire un objet narratif sordide, le film va au contraire imager le réconfort irrationnel qui se tapit derrière ce trouble, opposant la sérénité grandissante de son héroïne à la brutalité de ces gestes, tandis que la recherche de contrôle est finalement au centre.
En effet, Swallow est une question de pouvoir et de contrôle. Carlo Mirabella-Davis signe une ambiance à la tension palpable, cocoonée dans une bulle qui semble pourtant idéale. Mais derrière les sourires ultra bright d’un mari aux traits parfaits et l’omniprésence des beaux-parents faussement conciliants, Swallow met en scène un cercle vicieux dans lequel le confort matériel enferme plus qu’il ne libère. Que ce soit l’anorexie, la boulimie ou un trouble alimentaire aussi méconnu que le Pica, le film observe une héroïne aux abois, rendue muette par ses pulsions inexpliquées et l’impression de ne pas être à sa place dans un tableau trop lisse, alors qu’elle tente de reprendre le contrôle de son corps. Un contrôle qui se traduit simplement par le fait d’avaler un objet et de l’expulser intact, comme pour vérifier que l’outillage interne est « normal ».

C’est évidemment l’élément principal du film. Swallow est déjà glaçant grâce à ces personnages qui gravitent autour de l’héroïne comme des perpétuels garde-fous, mais le Pica donne un piquant (hihi) savoureux au film. Attention, certaines images sont dures à regarder (voire peu supportables), mais c’est surtout parce Carlo Mirabella-Davis parvient à nous immerger et à partager la souffrance de son héroïne, tout en cherchant à la comprendre. Swallow dissèque aussi le trouble et sa racine, allant ainsi à la découverte d’un terrible non-dit.
Au-delà de l’explicite, le film répond surtout aux questions qu’il soulève avec une vision intelligente et solide. Alors que le film démarre comme une tranche de vie, Carlo Mirabella-Davis développe finalement une histoire de survie, voire même de pardon, en mettant l’héroïne fasse à ses peurs les plus profondes qui résonneront facilement auprès du spectateur : suis-je normale ? ai-je le contrôle de ma vie ? Si le Pica est une maladie particulière, le propos de Swallow s’avère judicieusement universel. Ressemblant à un anti-conte de fées, le film de Carlo Mirabella-Davis est magnifié par une réalisation soignée : le scénario au rythme soutenu anime une trame pourtant posée malgré le contexte de plus en plus effroyable, tandis que les personnages évoluent dans des tableaux méthodiques. Les plans sont millimétrés, les couleurs sont unies et évitent les éclats… je ne serais pas étonnée d’apprendre que David Fincher a, volontairement ou non, inspiré le réalisateur tant on retrouve la même mise en scène ciselée, froide et percutante (j’ai souvent pensé à Gone Girl et, forcément, à La Fille du Train).

Au casting justement, Haley Bennett (Operation Brothers, La Fille du Train, Les Sept Mercenaires…) est époustouflante, entourée par Austin Stowell (Catch 22, Battle of the Sexes…), David Rasche (Succession, Veep…) et Elizabeth Marvel (Homeland, The Meyerowitz Stories…) en geôliers de luxe, tandis que Denis O’Hare (Big Little Lies, Le Chardonneret…) interprète un personnage aussi dérangeant que bouleversant.

En conclusion, Swallow est ma première bonne découverte de l’année, produite par Joe Wright (Les Heures Sombres…) qui plus est. Carlo Mirabella-Davis signe un thriller psychologique troublant, froid et assez dur à regarder, entre troubles alimentaires et objets pointus, porté par une intrigue à la fois captivante et horrifiante. À voir.

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