[CRITIQUE] The Gentlemen, de Guy Ritchie

Qu’il est jouissif de retrouver Guy Ritchie sur son terrain de jeu favori, aidé par un fabuleux casting qui s’en donne à cœur joie. Prestations 5 étoiles, punchlines à gogo, narration ludique et dynamique… si The Gentlemen ne renouvelle pas le genre et reste assez prévisible dans l’ensemble, on en ressort pleinement diverti. Retour aux sources pour Guy Ritchie !

Le pitch : Quand Mickey Pearson, baron de la drogue à Londres, laisse entendre qu’il pourrait se retirer du marché, il déclenche une guerre explosive : la capitale anglaise devient le théâtre de tous les chantages, complots, trahisons, corruptions et enlèvements… Dans cette jungle où l’on ne distingue plus ses alliés de ses ennemis, il n’y a de la place que pour un seul roi !

Pour cette critique, c’est mon rédacteur intermittent du spectacle Kingdork qui partage son avis

Tout juste frais de son petit détour plus qu’improbable (mais au combien prolifique) chez Disney où il s’est retrouvé aux manettes du remake live action du grand classique Aladdin, voilà le réalisateur britannique de retour dans son genre de prédilection qui avait fait son succès. Fin des 90’s, dans un monde post-Pulp Fiction, Ritchie suit dans les plate-bande de Quentin Tarantino et dynamite le film de gangsters made in Britain en enchaînant les deux films cultes que sont Arnaques, Crimes et Botanique et Snatch avec seulement deux ans d’écarts. Un genre qu’il avait renouvelé avec Revolver et Rock’n’Rolla dans le courant des années 2000. Mais cela faisait bien 10 ans qu’il n’était revenu à son exercice de style favori. C’est désormais chose faite avec The Gentlemen.

Dès les premières secondes du film nous sommes en terrain familier. La couleur est annoncée, on se prépare à du pur Guy Ritchie sans filtre. Loin des productions hollywoodiennes qu’il a enchaîné ces dernières années (Sherlock Holmes, Agents Très Spéciaux, Le Roi Arthur, Aladdin), The Gentlemen se focalise plus sur ses personnages et leur dialogues. Nous sommes loin du chaos visuel (mais jouissif) d’un Roi Arthur : le rythme est ici plus tenu et posé et les gimmicks visuels shooté au speed sont ici moins présent qu’à l’habitude. Avec une approche plus sobre et plus old school, The Gentlemen sent bon les 70’s dans sa direction artistique tout en se déroulant dans notre ère, comme une fresque anachronique et familière portée par un casting du tonnerre.

C’est là que ce situe la grande force de The Gentlemen : son casting. Les acteurs s’en donne à cœur joie a camper des personnages haut en couleurs et irrévérencieux comme il ne devrait plus être permis en 2020 ! Aucune notion du politiquement correct ici présente, mais l’équilibre est tenu et on évite l’aspect lourdingue et beauf. Comme son titre l’indique, The Gentlemen a tout d’un film de « mecs », tout le monde peut y trouver son compte dans ce film de gangsters ludique. L’un des rares rôles féminins est interprété par Michelle Dockery (Downton Abbey, À l’Heure des Souvenirs…), mais elle ne se retrouve pas éclipsée par un surplus de testostérone. Son personnage tire son épingle du jeu avec aisance et même si son rôle n’est pas le plus important, elle parvient à faire impression. Mais la palme revient à Hugh Grant (Paddington 2, Agents Très Spéciaux, Cloud Atlas…) dans un rôle à contre-courant de son image de marque. L’acteur n’étant plus depuis longtemps la star lisse de comédie romantique à succès, il s’autorise à prendre plus de risques et c’est un pari amplement réussi ici. Tout le film est centré autour de son personnage car il en est l’excentrique et moralement discutable narrateur, face à un Charlie Hunnam (Papillon, Le Roi Arthur…) aussi stoïque que charismatique. Colin Farrell (Dumbo, Les Veuves…) est lui aussi l’autre très bonne surprise du film, avec la bande de personnages qui lui servent d’acolytes, comme l’as dans la manche de Guy Ritchie, et qui viennent rehausser le film parfois en perte de vitesse.

Le seul vrai problème de The Gentlemen réside sans doute dans sa familiarité et son manque d’innovation. Guy Ritchie avait déjà poussé le genre dans ses plus étranges retranchements en 2008 avec Revolver. Bien que divertissant et bien ficelé, on en ressort tout de même de The Gentlemen avec un petit manque. On connait les combines, on connait les gimmicks et le film ne parvient pas à surprendre malgré son procédé narratif et les facéties de son narrateur. Les répliques fusent, les punchlines sont légions (on explose le compteur d’utilisation de l’insulte « cunt » qui est balancée à toutes les sauces), mais il manque la bonne scène culte, la bonne grosse nouvelle idée ou technique visuelle qui ferait de The Gentlemen un film singulier dans la filmographie de Guy Ritchie. Au final, Matthew McConaughey (La Tour Sombre, Tous en Scène, Interstellar…) est moins marquant que l’on espérait dans un film de Guy Ritchie, mais ce fait est compréhensible dans le contexte du film, ce qui dicte son personnage et ses états d’âmes. Le film suit son courant sans nous chambouler mais le divertissement est bien au rendez-vous. Donc au final, pas de quoi vraiment bouder son plaisir. À l’affiche également, on oubliera pas la présence de Jeremy Strong (Le Grand Jeu…), Henry Golding (Last Christmas…) et Eddie Marsan (Vice…)… ou peut-être que si, finalement (ndlr : je présume, vu qu’ils ne sont pas mentionnés dans la review initale :D).

On peut voir avec The Gentlemen le réalisateur faire un petit point sur sa vie et sa carrière. Une mise au point qui nous permet de comprendre où il se situe par rapport à ses débuts et ce degré de lecture n’est pas important tant le médium cinématographique à une place très importante dans le récit du film. S’il ne se repose pas vraiment sur ses lauriers en proposant un film en pilotage automatique, Guy Ritchie ralentit un peu la cadence avec une œuvre plus sobre et moins dynamique que ses précédents opus. Pas une déception ni un triomphe, juste un bon film comme il sait en faire. Rien de plus rien de moins, The Gentlemen est un divertissement qui ne change pas la donne mais remplit amplement son contrat. À voir.

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