[CRITIQUE] Le Voyage du Docteur Dolittle, de Stephen Gaghan

Robert Downey Jr tombe l’armure pour s’embarquer dans une aventure excentrique dans la peau du fameux Docteur Dolittle. Cette nouvelle adaptation de la série de romans de Hugh Lofting offre une revisite assez farfelue et chaotique, entre surpopulation et performances proches de l’étrange, probablement dû à un trop plein d’imagination. Le Voyage du Docteur Dolittle s’avère plutôt éprouvant, desservie par une histoire plutôt bancale qui s’étire vers un climax gâché par un humour trop bas de plafond. Dommage, car l’ensemble de talents réunis autour de ce film faisait saliver d’avance.

Le pitch : Après la perte de sa femme sept ans plus tôt, l’excentrique Dr. John Dolittle, célèbre docteur et vétérinaire de l’Angleterre de la Reine Victoria s’isole derrière les murs de son manoir, avec pour seule compagnie sa ménagerie d’animaux exotiques. Mais quand la jeune Reine tombe gravement malade, Dr. Dolittle, d’abord réticent, se voit forcé de lever les voiles vers une île mythique dans une épique aventure à la recherche d’un remède à la maladie. Alors qu’il rencontre d’anciens rivaux et découvre d’étranges créatures, ce périple va l’amener à retrouver son brillant esprit et son courage. Au cours de sa quête, le docteur est rejoint par un jeune apprenti et une joyeuse troupe d’amis animaux, dont un gorille anxieux, un canard enthousiaste mais têtu, un duo chamailleur entre une autruche cynique et un joyeux ours polaire, et enfin un perroquet entêté, le plus fiable conseiller et confident de Dolittle.

Docteur Dolittle ou l’homme qui savait parler aux animaux est né dans l’imaginaire du romancier Hugh Lofting, qui a publié une douzaine de romans sur son héros entre 1886 et 1947. Au cinéma, certains connaissent ses aventures à travers la comédie musicale L’Extravagant Docteur Dolittle de Richard Fleischer (1967), d’autres – dont moi – ont surtout le souvenir de la série de films avec Eddie Murphy qui a démarré en 1998 sous la houlette de Betty Thomas. Si les deux approches étaient bien différentes, la source restait la même.
En 2020 et la technologie aidante, Le Voyage du Docteur Dolittle semblait avoir trouver son époque idéale pour faire vivre son zoo parlant autour du personnage titre farfelu, porté par Robert Downey Jr – aka l’un des acteurs les plus bankables du moments – également producteur du film. Réalisé par Stephen Gaghan (Gold, Syriana…), Le Voyage du Docteur Dolittle prend des airs de contes fantaisistes et s’imprègne dès les premières minutes d’une ambiance à la fois chatoyante, assumée mais rapidement déconcertante. De la rencontre avec le personnage principal à la mise en place de l’intrigue, le film choisit une tonalité assez perchée qui a bien du mal à convaincre. Après tout, quelle reine s’amuse à envoyer un enfant à travers le pays pour aller chercher l’homme qui pourrait lui sauver la vie ? Même en acceptant ce point de départ, le film de Stephen Gaghan se met rapidement en branle vers une aventure aux ressorts pour le moins étranges qui vont chacun mettre à l’épreuve la solidité du récit. En dehors des animaux qui parlent, la quête du Dr Dolittle est parsemée de rebondissements fabriqués pour amuser l’audience au détriment de la narration, ce qui rend l’ensemble très chargé puisque le film s’agite entre beaucoup d’éléments allant du comique de situation au gags, en passant par les nombreuses installations ou scènes d’expositions faites pour en mettre plein la vue. Ainsi, au lieu d’être enchantée par le film, j’ai été prise de court par son aspect grotesque qui, pour être honnête, aurait pu me faire tomber de ma chaise si je n’étais pas allée voir Cats quelques jours auparavant !

Rassurez-vous, on est loin de la catastrophe ambulante qu’est le film de Tom Hooper, mais Le Voyage du Docteur Dolittle n’a pas à rougir quand il s’agit de cocher les cases d’un cahier des charges rédigés sous acide. L’excentricité du personnage principal flirte avec une version voisine – mais sobre – d’un certain Jack Sparrow, tandis que la cohorte de personnages à poil ou à plumes compléteront un tableau éparpillé et constamment à bout de souffle. Stephen Gaghan s’attache à créer des moments forts pour asseoir les liens qui unissent le Dr Dolittle a ses compagnons – ou à ses ennemis – dans un exercice téléphoné et cousu de fils blancs autour de la recherche d’une île magique. Se voulant conte rédempteur et passage de flambeau, Le Voyage du Docteur Dolittle tente de dépoussiérer l’image de son héros à travers la rencontre avec un personnage devenu un ermite depuis le décès de sa femme et un jeune garçon au cœur trop tendre pour devenir chasseur. Le film cherche la tendresse derrière les abords bourrus, tout en espérant que le charme de la découverte et de l’imaginaire fera effet. Certes, le film de Stephen Gaghan est rehaussé de quelques bonnes idées : certains animaux sont développés à contre courant, comme le gorille hyper nerveux et l’écureuil revanchard, délivre le frisson attendu lors de certaines rencontres menaçantes pour apporter un peu de tension… Mais ce ne sera pas suffisant pour sauver ce qui semble être un navire en constant naufrage.

Au final, ‘ensemble frôle trop souvent le ridicule pour être vu comme un objet sérieux. Alors qu’un certain autre studio habitué des contes familiaux à la double lecture aurait pu faire des merveilles en adaptant les écrits de Hugh Lofting, Le Voyage du Docteur Dolittle livre une comédie qui s’agite trop, beaucoup trop, jusqu’à un climax… vraiment bizarre… et gênant. Bizarre et en même temps cohérent avec l’écriture potache du film dont les traits d’humour se réfugient plus souvent que nécessaire vers des gags « pipi-caca », alors forcément, même face à une créature mythique, le film n’a pas hésité à toucher le fond en orchestrant une… coloscopie (vous avez bien lu. Spoiler.).
C’est dommage, si on considère tout le talent qui se bouscule dans le générique final, à l’écran ou en voiceover, alors qu’une bonne partie des dollars dépensés par le film vont dans les effets spéciaux. Là, sans surprise, Le Voyage du Docteur Dolittle parvient à garder la tête haute. Certes, quelques incrustations sur fond vert sont largement visibles, mais globalement, le film réussit à donner le change et on pourrait presque y croire à ces animaux qui parlent – et se comprennent.

Au casting et à l’écran, on retrouve donc Robert Downey Jr (Avengers – Infinity War, Endgame, Le Juge…) dans le rôle principal. L’acteur surtout connu pour être Tony « Iron Man » Stark a fait le choix volontaire de se détacher de cette image pour oser une performance aux antipodes, marquée par un accent maladroit. Le résultat est gênant dès les premières minutes tant Robert Downey Jr cabotine difficilement pour donner le change – tout en étant souvent incompréhensible. Ce qui le sauve néanmoins, c’est que l’acteur semble s’amuser dans son rôle ! À ses cotés, les jeunes Harry Collett et Carmel Laniado font leurs premiers pas sur grand écran avec toute l’innocence d’adolescents embarqués dans une aventure familiale au budget colossal .
On retrouve également Antonio Banderas (Douleur et Gloire, The Laundromat…) qui apporte une touche sombre à l’ensemble très coloré, Jessie Buckley (Chernobyl, Wild Rose…) fait quelques apparitions, tandis que Michael Sheen (Good Omens, Nocturnal Animals…) et Jim Broadbent (Paddington 2, Bridget Jones Baby…) jouent les antagonistes aux traits épais.
Derrière l’écran, il faudra tendre l’oreille. En version originale, Le Voyage du Docteur Dolittle s’offre un bel ensemble mené par l’excellente et reconnaissable Emma Thompson (Last Christmas, Late Night…), suivie principalement par John Cena (Bumblebee, Ferdinand…), Rami Malek (Bohemian Rhapsody, Papillon…), Octavia Spencer (Ma, La Forme de l’Eau…) et Kumail Nanjiani (Men In Black International…), tandis que Tom Holland (Spider-Man Far From Home, Les Incognitos…) continue de jouer les jeunes protégés fidèles, Ralph Fiennes (Official Secrets, 007 Spectre…) joue de sa voix caverneuse et la carte frenchy est assurée par Marion Cotillard (Gueule D’Ange…). Egalement présents, Craig Robinson (The Office…), Selena Gomez (The Dead Don’t Die…), Jason Mantzoukas (John Wick Parabellum…) et Frances de la Tour (Outlander…) ferme la marche des célébrités.

En conclusion, Le Voyage du Docteur Dolittle se rêvait comédie familiale délirante, mais à l’arrivée, Stephen Gaghan livre une histoire bancale qui attirera du monde grâce aux noms apposés sur l’affiche, avant de probablement décevoir alors que le film s’embourbe dans une aventure désarticulée qui manque curieusement de charme. À tester.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s