[CRITIQUE] Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn, de Cathy Yan

Le pitch : Vous connaissez l’histoire du flic, de l’oiseau chanteur, de la cinglée et de la princesse mafieuse ? Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn est une histoire déjantée racontée par Harley en personne – d’une manière dont elle seule a le secret. Lorsque Roman Sionis, l’ennemi le plus abominable – et le plus narcissique – de Gotham, et son fidèle acolyte Zsasz décident de s’en prendre à une certaine Cass, la ville est passée au peigne fin pour retrouver la trace de la jeune fille. Les parcours de Harley, de la Chasseuse, de Black Canary et de Renee Montoya se télescopent et ce quatuor improbable n’a d’autre choix que de faire équipe pour éliminer Roman…

Avant de parler du film Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn (que je réduirais à Birds of Prey ci-après), il y a quelques fondamentaux à savoir – en fait, un seul : je suis fan de Harley Quinn, le personnage imaginée par Bruce Timm et Paul Dini pour Batman, La Série Animée (1992). Voilà, c’est dit : j’ai deux amours, Alien et Harley Quinn. Fin de la parenthèse.

4 ans après l’effroyable débandade honteuse qu’est Suicide Squad de David Ayer, les studios Warner Bros ne baissent pas les bras et capitalisent sur un des personnages qui a su se démarquer : Harley Quinn aka Margot Robbie. Et pour faire d’une pierre deux coups, ils en profitent également pour étendre l’univers partagé du DCEU pour introduire de nouveaux personnages à travers les Birds of Prey. Alors OK, le film aurait probablement dû s’appeler « Harley Quinn et sa fantabuleuse rencontre avec les Birds of Prey » mais raisons marketeuses obligent : l’univers Warner / DC n’a pas les reins assez solide aujourd’hui pour oser une origin story sans personnage fédérateur (contrairement aux Studios Marvel qui peuvent s’aventurer sur ce terrain sans avoir à recourir à la présence d’un Avenger, par exemple), surtout pour oser proposer une bande de nanas aux origin storys indépendamment inégales. Du coup, comme le personnage de Harley Quinn a déjà eu affaire aux Birds of Prey dans sa version comics et que l’époque se prête aux films estampillés super-héros avec des femmes badass en tête d’affiche, Birds of Prey arrive à point nommé pour exploser les codes.
À la manière de Deadpool, le film de Cathy Yan (Dead Pigs…) propose un personnage irrévérencieux, avec un sérieux pet au casque, pour tisser une aventure haute en couleurs dans imagerie fantaisiste, girly et bubblegum, sans pour autant céder aux facilités attendues. Birds of Prey est clairement un film fait pour et vu par Harley Quinn en personne, tant il intègre son univers pop et déjantée à merveille. Comme son titre original l’indique, Birds of Prey est effectivement une histoire d’émancipation : celle d’un personnage trop longtemps reléguée au rôle de la petite amie sexy, rigolote et dingo du Joker, mais surtout bien trop surestimé. Le film n’oublie pas qu’avant la folie, il y avait aussi un cerveau bien rempli et que le mélange des deux a su créer un personnage certes déjanté mais surtout très capable.

Ici, pas de romance salvatrice pour « humaniser » son ou ses héroïne(s) – comme dans Wonder Woman, Birds of Prey joue la carte du girl power en fracassant du bonhommes à tout va. Un autre atout majeur du film : en effet, depuis l’arrivée de Black Widow dans Iron Man 2, les films ayant un personnage féminin qui sait se castagner avait tendance à reprendre les mêmes mouvements (et vaz-y que je m’enroule autour de ton corps pour porter un coup fatal illisible mais impressionnant). Une marque de fabrique marvelienne qui s’est rapidement retrouvée dans d’autres films et même la Harley Quinn de David Ayer nous avait servi la même danse ! Chez Birds of Prey, pas question de transformer notre douce dingue favorite en ninja sur-entraînée : les scènes d’actions sont très soignées en terme de chorégraphie, pleine d’imaginations à travers les décors, mais surtout on reste dans l’impulsivité (on attrape ce qu’on a sous la main et on tape… à répétition) et l’acrobatie pour l’effet waouh. Et ça marche, surtout parce que le film varie les plaisirs et les décors, confrontant ses personnages à des bonhommes bien costauds et toujours plus nombreux jusqu’à un climax très satisfaisant. Le film est dense et criblée de péripéties qui rendent parfois la lecture fastidieuse, mais jamais ennuyeuse. Résultat, j’ai aimé cette rencontre explosive entre ces femmes de têtes, articulée dans une épopée délirante et maîtrisée dans un ensemble qui semblait pourtant bordélique.

C’est surement mon aspect favori du film : Birds of Prey est une vraie incursion dans le monde de Harley Quinn, porté par de nombreuses références à la série imaginée par Amanda Conner (l’illustratrice travaillant actuellement sur les comics Harley Quinn). L’imagerie est bruyante et éparpillée, les couleurs sont vives, la bande-originale est punchy et les personnages ont chacun(e) un caractère insoumis. Cathy Yan a réussi à conserver une tonalité outrancière et violente de l’univers délirant et déconnecté de Harley, sans jamais tomber dans le vulgaire ni le trash : les quelques moments sanglants sont modérés et surpassés par des moyens créatifs de remplacer le Rated-R par des paillettes et des fumées colorées. Une émancipation qui se prolonge dans l’éloignement avec l’aspect super-héroïque qui colle à la peau d’un tel film : on mentionne le Joker, mais on ne le verra que peu (voire pas du tout, si une nuque ne vous suffit pas), tandis que même le coté super-pouvoirs est un poil oublié. D’ailleurs, lorsque Birds Of Prey semble se rappeler ses origines à travers Black Mask ou encore Black Canary, je pense qu’on aurait pu s’en passer.
Si la toile de fond dénonce le patriarcat et les hommes de pouvoirs qui font ce qui veulent en toute impunité, le message, bien audible, n’est pas systématiquement mis en avant pour justement rendre hommage à ces nanas badass et indépendantes – avec ou sans araignée au plafond. Ce que je pouvais reprocher à un film comme Charlie’s Angels est absent dans Birds of Prey, Cathy Yan parvient à rendre ses personnages sexy, sans les sexualiser, fortes mais aussi sensibles, sans sous-intrigue romantique. L’heure est à la rupture, pas uniquement avec le Joker, mais avec les codes qu’on réserve trop souvent aux rôles principaux féminins au cinéma. J’aime le fait que Birds Of Prey évite les sentiers rebattus pour proposer un regard différent – même si on retrouve de faux airs de Deadpool dans l’approche (et l’explosion du quatrième mur), sans pour autant répondre aux exigences d’un Rated-R ou à la mode du féminisme mal fagoté (genre Charlie’s Angels ).

Évidemment, tout n’est pas rose à HarleyQuinnLand (même s’il y a beaucoup de rose). Très bavard, Birds of Prey se perd dans des effets de style qui ampoule la fluidité du film, notamment avec un montage truffé de flashbacks pour apporter un surplus de dynamisme au récit (quitte à nous faire perdre le fil chronologique) et une narration de Harley en voix off pour asseoir les scènes d’exposition pour ceux aux fonds de la salle qui serait paumés en cours de route. Bref, le film s’explique… beaucoup. Ce n’est pas désagréable mais pas toujours nécessaire, d’autant plus que si on n’adhère pas d’emblée au ton foutraque du film, autant vous dire que Birds of Prey vous sera plutôt pénible car le film opte pour un montage un poil chaotique. Cathy Yan met les bouchées doubles pour en mettre plein la vue et c’est parfois trop tant l’écran est parasité par un trop-plein d’éléments à suivre simultanément ou presque. Tantôt, le film se raccroche a du déjà-vu en inscrivant en grosses lettres qui est qui et pourquoi ce personnage en a après Harley ; tantôt l’action part en roue libre et laisse le spectateur sur le carreau alors que c’est justement une scène qu’on aimerait pouvoir savourer. À première vue, le rythme étourdit et donne l’impression qu’on s’éclate, mais en y réfléchissant un peu mieux, Birds of Prey va souvent trop vite par excès de bonne volonté (ou complexe d’infériorité).
De plus, même si j’ai adoré voir Harley Quinn affronter ses ennemis, pas mal d’incohérences viennent un peu gâcher la crédibilité des scènes : entrer dans un commissariat et affronter les flics armés de Gotham sans être arrêter… hmm, j’ai du mal à y croire, mais bon : il faudra faire avec puisque Birds of Prey mise sur le show et la scénographique spectaculaire pour faire passer la pilule (de l’eau, un parc d’attraction…).
Enfin pour les plus puristes, je préfère vous le dire de suite : il n’y a qu’une seule hyène (quasiment en mode caméo). Et un castor.

Au casting, il y a du bon et du mauvais. Margot Robbie (Scandale, Once Upon A Time In Hollywood, Marie Stuart, Reine d’Écosse…) est toujours aussi parfaite en Harley Quinn – et j’imagine que l’entraînement pour Moi, Tonya a du bien servir, si l’actrice en est également productrice, elle rayonne dans tous les aspects du films… peut-être un peu trop si on considère le budget mis dans ses costumes, make-up et autres accessoires, en comparaison à ce qui est réservé aux autres personnages. Mais bon, on est la star ou on ne l’est pas !
Du bon coté de la balance, on retrouve également Ewan McGregor (Doctor Sleep, Jean-Christophe et Winnie, La Belle et la Bête…) qui s’éclate dans son rôle de méchant et prouve qu’il peut faire pleurer son personnage dans n’importe quel univers, tandis que Mary Elizabeth Winstead (Gemini Man, 10 Cloverfield Lane, La Famille Hollar…) est clairement sous-employée et c’est dommage car ses rares interventions sont excellentes. Autour d’eux, Jurnee Smollett-Bell (True Blood, Underground…) s’en sort plutôt bien dans cette revisite ingénieuse de Black Canary et Chris Messina (Sharp Objects, Live by Night…) est intéressant en psychopathe – j’aurai aimé en voire plus.
De l’autre coté de la balance, Rosie Perez (The Dead Don’t Die, Cartel…) manque royalement de charisme, tandis qu’Ella Jay Basco est peu crédible – surtout si on se rappelle que son personnage est amenée à devenir une Batgirl.
Dans le paysage également, on retrouvera aussi Ali Wong (Always Be My Maybe, Ralph 2.0…) et Steven Williams (The Leftovers…) dans un rôle qui ne peut QUE être un clin d’œil à la série 21 Jumpstreet – je n’accepterai pas le contraire.

En conclusion, malgré ses défauts (trop d’expositions, une narration bordélique potentiellement étouffante), Birds of Prey se déguste comme un petit bonbon acidulé : surprenant et avec un goût de reviens-y. Cathy Yan relève le pari de réaliser un film de femmes badass à travers ce qui s’approche d’une comédie d’action fun, pop et délirante. Bien joué ! À voir.

PS : Il y a une scène post-générique tout à la fin, mais il parait qu’elle s…

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