[CRITIQUE] Invisible Man, de Leigh Whannell

Glaçant et intelligent, Invisible Man flirte avec les codes de l’épouvante pour proposer un thriller haletant. Leigh Whannell signe une réalisation impeccable entre jeu de POV et plans larges angoissants, le film est porté par un scénario très bien ficelé. Même s’il s’agit d’une énième revisite du mythe de l’homme invisible, avec Invisible Man, le frisson et les suspens sont (enfin) au rendez-vous !

Le pitch : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

Depuis la parution du roman de H.G. Wells en 1897, L’Homme Invisible a inspiré de nombreux films, séries et fictions sur divers supports, que ce soit en tant que personnage principal ou rôle secondaire, jusqu’à la mémorable adaptation de Paul Verhoeven, Hollow Man, en 2000, avec un excellent Kevin Bacon. Pour sa vingtième revisite au cinéma, c’est le réalisateur Leigh Whannell qui s’attelle à la tâche. Poulain ou partenaire de James Wan, il a signé de nombreux scénarios de films Saw (les 3 premiers) et tous les Insidious dont il a réalisé le troisième chapitre, avant de voler de ses propres ailes avec Upgrade en 2018.
Deux premiers films plutôt prometteurs, Leigh Whannell propose un nouveau thriller fantastique auquel il va habilement ajouter des codes horrifiques. Autant vous dire qu’après le déluge de films de genre complètement nuls que nous avons eu ces derniers temps (The Grudge, Nightmare Island ou encore The Boy 2 pour ne pas les nommer), autant vous dire qu’Invisible Man est une vraie bonne surprise… bien flippante.

Dès les premières minutes, le film installe une ambiance sous tension alors qu’on observe une jeune femme apeurée tenter d’échapper à l’emprise de son compagnon. Dans un faux silence tendu, Invisible Man sème les graines de l’angoisse avant de lâcher prise pour installer son histoire : à savoir une relation abusive avec un homme brillant mais sociopathe qui a tourné au cauchemar. À mi-chemin entre l’épouvante et le film fantastique, le film de Leigh Whannell parvient à créer une intrigue haletante, maintenant une tension sur le film du rasoir même lorsqu’il ne semble pas y avoir de danger. C’est principalement dans ces moments-là qu’on réalise que le film est prenant. Et pour cause, la nature extraordinaire de la menace oblige aussi bien le personnage principal que le public à être sur ses gardes, à l’affût du moindre mouvement ou son anormal. Du coup, Invisible Man nous immerge avec une aisance incroyable dans une atmosphère glacée et oppressante, semblant tisser un piège sans issue qui isole de plus en plus l’héroïne dans un piège retors, entre manipulation mentale et terreur nocturne. En effet, le film joue avec sa double lecture, car derrière l’épouvante explicite, Invisible Man creuse le pouvoir d’une relation toxique dont les racines perdurent bien après la séparation même mortelle avec la moitié perverse. Homme invisible ou folie paranoïaque ? Leigh Whannell explore différents tableaux avec curiosité et intelligemment pour mieux étoffer son récit, et ça marche.

En quelques mots, Leigh Whannell livre un film efficace et stressant, cocooné par une mise en scène soignée et une écriture inspirée. Le réalisateur se confirme et s’émancipe parfois du style de James Wan, sans pour autant délaisser ses points forts : les plans larges et les détails étranges qui se manifestent en périphérie sans que la scène s’attarde dessus, la géographie précise des lieux ou encore les points de vue qui diffèrent soulignant le regard d’un voyeur tiers et suspect (ici, l’homme invisible). De plus, le film parvient à puiser directement dans l’appréhension et les failles imaginaires du spectateur pour combler le caractère nerveux de la narration, sans forcément avoir à recourir à la violence ni au sang. D’ailleurs, sur ce point, Invisible Man n’en fait pas trop mais quand le film se décide à devenir frontal, c’est à s’en décrocher la mâchoire !
On est loin des jumpscares scolaires qui pullulent sur nos écrans ces dernières années car j’ai eu l’impression de voir un film novateur -alors qu’il s’agit plus ou moins d’une adaptation- tant les ressorts surprennent et/ou font mouche à chaque fois. Solide et agréablement frissonnant, Invisible Man parvient à mener de fronts tous les aspects de son intrigue, que ce soit la partie thriller, SF ou même horrifique, proposant un mélange aussi équilibré que satisfaisant aussi bien pour les esprits cartésiens que pour les aficionados de maisons hantées.

Au casting : Elisabeth Moss (The Handmaid’s Tale, Top of The Lake : China Girl, Us…) tient le film sur ses épaules grâce à une prestation conquérante et justement fébrile. Autour d’elle, les muscles saillants de Aldis Hodge (NWA: Straight Outta Compton, Les Figures de L’Ombre…), Harriet Dyer (The InBetween, Love Child…) et Storm Reid (Un Raccourci dans le Temps, Euphoria…) compléteront une cellule familiale chamboulée, tandis que Michael Dorman (For All Manking…) et Oliver Jackson-Cohen (The Haunting of Hill House…) sauront faire durer le suspens.

En conclusion, de l’amour à l’obsession fatal il n’y a qu’un pas : avec Invisible Man, Leigh Whannell imagine une nouvelle adaptation de l’homme invisible à travers un thriller percutant, haletant et finement écrit qui ne ménage ni ses moments d’angoisse ni sa conclusion jubilatoire. À avoir.

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