[CRITIQUE] La Fille au Bracelet, de Stéphane Demoustier

Le pitch : Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie.

Pour son nouveau film, Stéphane Dumoustier (Terre Battue, Allons Enfants…) s’inspire librement du scénario d’Acusada, un drame argentin réalisé en 2018 par Gonzalo Tobal, sans pour autant, d’après ses dires, avoir vu le film. Dans ce presque huis-clos, le film La Fille au Bracelet nous prend à partie dans un procès en cours dans lequel l’héroïne est accusée de meurtre. Alors que l’histoire démarre juste après l’arrestation, le spectateur découvre au fur et à mesure les tenants et les aboutissants d’une triste affaire, alors que tous les éléments semblent pointer du doigt l’accusée. D’un autre coté, Stéphane Dumoustier s’attache à créer de l’empathie avec l’entourage de sa fameuse Fille au Bracelet, entre vie de famille portée par le soutien indéfectible et troublé d’un père présent. Et au centre, une jeune fille peu expressive et murée dans un silence propice à l’interprétation.

Le film se déroule autour de ce procès, à travers les témoignages, les influences de l’accusation et la défense de l’avocate dédiée à La Fille au Bracelet. Sur le papier, le film de Stéphane Demoustier semble n’avoir rien de plus à proposer qu’une parenthèse sulfureuse autour d’une tragédie et d’un corps mutilé. Pourtant, le film se démarque en proposant une jeune fille insoluble et troublante par ses silences ou, à l’inverse, ses réparties presque colériques, alors que l’histoire ne cesse d’osciller entre sa présumée culpabilité et son innocence en accumulant des preuves qui peuvent être dénuées d’intentions criminelles lorsqu’elles sont révélées sous un autre angle. La Fille au Bracelet captive à travers ce ping-pong judiciaire criblé de révélations, de témoignages modifiés ou repris, tout en laissant planer un doute autour de cette jeune femme qui refuse d’adopter l’attitude attendue d’une accusée à tord ou d’une coupable. Le public doit donc se faire sa propre idée avec les indices découverts, comme dans un « whodunnit » sans pour autant avoir la certitude que la conclusion apportera la réponse espérée. En quelques sortes, Stephane Demoustier nous transforme en jury, soulevant avec justesse le rôle d’un tribunal d’assises et son devoir de rendre une décision sans l’ombre d’un doute factuel.
Au passage, le film souligne le fossé générationnel entre les adultes et les adolescents pour qui la sexualité s’associe aux jeux ou au coup de tête, creusant toujours un peu plus l’incompréhension de la part des adultes, mais aussi des parents qui pensaient tout savoir de leur enfant.

Et si la réponse était ailleurs ? Pour un « simple » drame, La Fille au Bracelet mise sur les détails. On pourrait croire cette attention due au nombre restreint de décors et de personnages centraux, certes, mais peut-être des indices se sont glissés dans la colorimétrie choisie ? Contre les murs rouge profond, les personnages entourant l’héroïne se démarque dans un camaïeu de bleus et la mère de la victime apparaît en vert le jour du jugement. La photographie est sombre, sobre et élégante, le caractère feutrée de la salle d’audience appuie la tonalité mystérieuse et la lourdeur des accusations qui planent sur l’héroïne. Et puis soudain, en dernière ligne droite, l’héroïne revêt un vêtement rouge sombre ou bordeaux… J’ai mon idée là-dessous. Et c’est aussi ça qui rend La Fille au Bracelet aussi prenant, c’est le fait le récit laisse le spectateur se faire son propre avis une fois tous les dés jetés.

Au casting : pour son premier rôle au cinéma, Melissa Guers est la révélation du film et livre une performance remarquable à travers un rôle aussi complexe, oscillant entre froideur, indifférence et pointes d’émotions avec une aisance et une empathie impeccable. Autour d’elle, Roschdy Zem (Roubaix, Une Lumière, Persona Non Grata, Le Jeu…) est comme toujours très solide, tandis que Chiara Mastrioanni (Chambre 212, La Dernière Filie de Claire Darling…) et Annie Mercier (Le Mystère Henri Pick, Sauver ou Périr…) accompagne l’entourage de l’héroïne. Anaïs Dumoustier est (Alice et la Maire, La Villa, Jalouse…), quant à elle, impressionnante : alors qu’on a l’habitude de voir l’actrice dans des rôles plus doux, elle incarne à merveille une avocate générale bien décidée à cerner un meurtrier.

En conclusion, La Fille au Bracelet est une plongée curieuse et fébrile au cœur du système judiciaire où le combat entre le doute et la vérité anime un récit prenant. Melissa Guers est phénoménale dans le rôle titre. À voir.

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