[CRITIQUE] Les Éblouis, de Sarah Suco (sortie DVD)

Le pitch : Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs.

Réalisé par Sarah Suco
Avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca, Céleste Brunnquell
Disponible en DVD le 2 juin 2020
Bonus : « Nos enfants », court-métrage de Sarah Suco (11min) • Rencontre avec Daniel Sisco, président de l’Association pour la Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes, et Dominique Besnehard, producteur (25min) • Entretien avec Sarah Suco • Entretien avec Yves Angelo (directeur de la photographie)

À l’heure où le radicalisme religieux au cinéma surfe sur la tendance de l’actualité et du sensationnel, le premier film de Sarah Suco (connue en tant qu’actrice dans Les Invisibles, Aurore, La Belle Saison…) livre un témoignage percutant sur la réalité d’un engrenage sectaire, a priori pacifiste et bienveillant. Inspirée par l’enfance de la réalisatrice qui s’est elle-même échappée d’une communauté religieuse charismatique dans laquelle vivait ses parents, Les Éblouis est une histoire vue par le prisme d’une adolescente issue d’une famille sans éclat et qui voit ses parents s’investir les yeux fermés dans une communauté religieuse. Ce qui était à l’origine un moyen de rencontrer du monde se transforme en un engrenage invisible et pernicieux qui va rapidement changer le mode de vie de chacun. Entre l’abandon d’une activité dite dégradante et l’éloignement familiale, Sarah Suco observe d’un regard adolescent, à la fois assez lucide pour comprendre mais encore trop jeune pour pouvoir réellement agir, les adultes s’abandonner aux diktats d’une communauté viciée.

J’ai trouvé l’approche intelligente de rester au niveau des enfants, notamment parce que l’implication des parents a été aussi soudaine qu’instantanée, ce qui souligne la capacité glaçante de ces communautés sectaires à capter des proies sous couvert de religion et de partage. Entre manipulation et isolation, Les Éblouis cherche le retour à la liberté à travers une adolescente qui se retrouve déchirée entre la vie imposée par une église floue et son envie de rébellion, tout en veillant sur ses frères et sœurs. Si le récit est lent, il n’en est pas moins percutant car rien n’est laissé au hasard, et ce jusqu’au désarroi des grands parents rapidement passé au second plan – comment dénoncer un mode de vie s’il n’y a pas de danger visible ? En étant au niveau de son héroïne, les conséquences sont finalement plus flagrantes, voire parfois violentes car le récit est surtout modelé par le sentiment d’impuissance qui filtre à travers chaque tentative de l’adolescente de se rebeller, d’accepter ou même de renoncer. Un sentiment palpable tant il souligne qu’il est difficile de signaler un danger lorsque la maltraitance ne laisse pas de trace physique.

Et justement j’en arrive au bémol du film. Si la réalisatrice s’est inspirée de son histoire, j’ai trouvé presque dommage que le dernier rebondissement fasse écho aux pires scandales qui puissent exister au sein de l’église catholique, car jusque là Les Éblouis étaient suffisamment fort dans son message mais j’ai eu l’impression que ce revirement de dernière minute servait plus de sortie de secours rajoutée à la volée pour que le film ait une issue satisfaisante.

Au casting : je salue la performance de la jeune Céleste Brunnquell, parfois maladroite mais toujours conquérante dans ce rôle qui lui a valu une nomination méritée au César du Meilleur Espoir Féminin en début d’année. Autour d’elle, Camille Cottin (Deux Moi, Les Fauves, Larguées…) et Eric Caravaca (Grâce à Dieu, Ce Qui Nous Lie…) sont excellents en parents endoctrinés et surtout hyper crédibles tout du long – je pense notamment à une scène où le père craque et prie en espérant sauver sa fille, une scène très juste qui aurait rapidement pu devenir caricaturale. On retrouve également Jean-Pierre Darroussin (Gloria Mundi, La Villa…) en berger, un rôle distant mais à la poigne ferme, tandis que le jeune Armand Rayaume est également très bon, notamment dans son duo avec Céleste Brunnquell.

En conclusion, la religion n’en finit plus d’avoir une mauvaise image au cinéma. Néanmoins, Les Éblouis retrace avec une justesse souvent effarante les conséquences de l’endoctrinement religieux, dénonçant les méthodes sectaires et sournoises d’éloignement ou de punition pour faire plier ses victimes. Pour son premier film, Sarah Suco ne fait pas d’éclat et cède peut-être au sensationnel en dernière minutes, mais livre un récit percutant qui fleure bon l’authenticité et la détresse pour ces enfants pris au piège malgré eux. À voir.

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