Drame

[CRITIQUE] Drive My Car, de Ryusuke Hamaguchi (sortie DVD / Blu-Ray)

Le pitch : Alors qu’il n’arrive toujours pas à se remettre d’un drame personnel, Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, accepte de monter Oncle Vania dans un festival, à Hiroshima. Il y fait la connaissance de Misaki, une jeune femme réservée qu’on lui a assignée comme chauffeure. Au fil des trajets, la sincérité croissante de leurs échanges les oblige à faire face à leur passé.
Adaptation d’un extrait du recueil Des hommes sans femmes de Haruki Murakami.

Réalisé par Ryusuke Hamaguchi
Avec Hidetoshi Nishijima, Toko Miura, Masaki Okada
Disponible sur tous les supports et plateformes sVOD depuis le 1er mars 2022
Bonus du DVD : Livret de 32 pages contenant des interviews, des textes sur le film, des photos inédites… • Bande-annonce
Bonus du BLU-RAY : Livret de 32 pages contenant des interviews, des textes sur le film, des photos inédites… • Entretien avec Ruysuke Hamaguchi (9mn16) • Bande-annonce

Mon avis express : après un passage triplement récompensé au Festival de Cannes 2021 (en incluant le prix FIPRESCI) et un succès en salles, le film de Ryusuke Hamaguchi (Senses, Asako I & II) continue sur sa voie du succès en récoltant quatre belles nominations aux Oscars.

Si la longueur du film (2h52) m’a quelque peu freinée au début, Drive My Car m’a finalement captivée du début à la fin. À travers un récit lent et un cadre souvent contemplatif, Ryusuke Hamaguchi expose le deuil et plus précisément les étapes entre le déni à la colère. Si le récit s’articule autour d’une pièce de théâtre d’Anton Tchekhov, Oncle Vania (1897), le véritable sujet ne se dévoile pas tout de suite. Dans une première partie étonnante de poésie et de sensualité, Drive My Car installe ses personnages, un couple plus ou moins libre, entre histoires imaginaires et pièces de théatre. Le film va mettre du temps à se tisser avant la rencontre entre le metteur en scène et sa conductrice. De prime abord, le film ressemble à une tranche de vie, une histoire de rencontre fortuite après une tragée mais petit à petit, Drive My Car se dessine à travers ces trajets répétitifs et réguliers sur la route. Entre la routine et la relation naissante entre les deux personnages principaux, Drive My Car joue de la métaphore alors que ses protagonistes se réfugient dans leurs souvenirs et leurs habitudes balisées, pour ne pas affronter la douleur et encore moins accepter l’inacceptable. Ryusuke Hamaguchi observe et montre plus qu’il ne raconte, à travers les décors d’une Hiroshima figée entre guerre et paix depuis longtemps. 

Ce que j’aime dans le cinéma asiatique, en dehors de ses films d’horreur ou autres thrillers puissants, c’est qu’il n’y a pas le même rapport aux émotions que dans un film occidental. Là où un autre réalisateur (français, américain, etc…) aurait facilement plongé les yeux fermés dans du pathos démonstratif et larmoyant et/ou aurait cédé à la romance facile entre les personnages (deux êtres brisés qui se réparent au contact l’un de l’autre, blablabla, déjà vu et déjà fait…), Drive My Car est plus subtil et ne se laisse pas deviner aussi facilement. La douleur est discrète, souvent muette et pourtant assourdissante lors de ces rares moments où les personnages se dévoilent par bribes, avant de retourner dans leurs routines rassurantes. Mais derrière ses allers-retours familiers, cette pièce de théatre déjà jouée ou ses audios déjà écoutés, il y a une tentative de s’accrocher au passé, entre tristesse et culpabilité, comme pour donner encore une once de vie à ceux disparu. Ryusuke Hamaguchi vise très juste dans un film aussi intimiste qui, pour ma part, m’a replongé dans ces émotions. Drive My Car est bouleversant et d’une douceur presque hypnotisante, malgré ses apparences austères, qui collent cependant à l’absence de joie ou de saveur dans la vie des personnages. C’est triste et douloureusement vrai à la fois, pourtant il y a de beaux moments de grâce qui prennent souvent par surprise. Que ce soit une scène de sexe sublime accompagnée par la narration d’une histoire, la beauté des plans en contre-champs, l’utilisation avec justesse du langage des signes… Derrière un ensemble qui semble parfois éteint (pour de bonnes raisons), Ryusuke Hamaguchi sublime des moments de vie simples, au service d’un récit qui touche en plein coeur.

À voir, pour un public averti (TW : le deuil. Je le précise car il y a encore quelques temps, ça ne m’aurait pas autant touchée). 

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