Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Le Croque-Mitaine, de Rob Savage

Le pitch : Sadie Harper, une jeune lycéenne, et sa petite sœur Sawyer sont encore sous le choc de la mort récente de leur mère. Dévasté par sa propre douleur, leur père Will, thérapeute de profession, ne leur prodigue ni le soutien ni l’affection qu’elles tentent de lui réclamer. Lorsqu’un patient désespéré se présente à l’improviste à leur domicile pour demander de l’aide, celui-ci fait entrer avec lui une terrifiante entité s’attaquant aux familles et se nourrissant de leurs plus grandes souffrances.

Adapté d’une nouvelle écrite par Stephen King en 1973, Le Croque-Mitaine vient jouer avec les terreurs nocturnes de l’enfance, à travers l’incarnation d’une créature qui aime jouer avec ses proies dans l’obscurité. Après le film Host – resté au stade de téléfilm en France because Covid, Rob Savage propose un film d’horreur sympathique et plein de bonnes idées frissonnantes. L’histoire s’articule autour d’une famille mono-parentale qui se remet à peine de la disparition soudaine de la mère, entre un père psychologue mais peu communicant et deux sœurs à l’écart d’âge significatif. C’est donc pétri par le deuil que Le Croque-Mitaine s’installe, dans une ambiance exagérément lugubre.

De la photographie froide à cette grande maison sans fenêtre, Rob Savage met rapidement en place une atmosphère sombre et flirtant avec le paranormal, à travers une présence obscure tapie dans l’ombre. Dans l’ensemble, le film est prenant et propose des moments de frissons intéressants. Le réalisateur évite les jumpscares à outrance pour installer un suspens souvent efficace et haletant, qui force à ausculter les moindres recoins de l’écran pour anticiper l’apparition de la créature, ce qui rend le film plutôt savoureux.

Le Croque-Mitaine a de quoi vous prendre au jeu, si comme moi la peur du noir a été votre petit trauma durant l’enfance (ou si vous avez lu du Stephen King bien trop tôt, comme Cujo qui avait aussi un machin dans le placard). Cependant, les essais de mise en scène et le scénario souvent brouillons viennent freiner les efforts du film. La caméra est fuyante, les effets de style tombent à plat et il n’en faut pas plus pour que l’ensemble n’aille pas jusqu’au bout de la frousse escomptée. Là où le film Dans Le Noir était plus frontal dans son jeu du chat et de la souris, Le Croque-Mitaine cherche à innover et prendre au dépourvu, mais ça ne marche pas à tous les coups. En fait, j’ai quand même passé plus de temps à me demander pourquoi cette grande maison n’était jamais éclairée, même en plein jour ! 

Le film de Rob Savage est confronté aux limites de mises en scène trop facile, qui utilise l’obscurité comme cache-misère ou comme moyen commode de créer de la frisson. Oui mais voilà : aucune fenêtre ou une gamine qui joue au jeu vidéo sur la grande télé du salon totalement plongée dans le noir… ce n’est ni cohérent ni crédible (même pour cette référence à Poltergeist). C’est donc ce genre de facilités qui pénalise les tentatives de Croque-Mitaine, pourtant alléchant mais qui ne délivre pas suffisamment de frissons pour hanter mes nuits. 

Ceci étant dit, après des films d’horreur plutôt amorphe ces derniers temps, Le Croque-Mitaine relève un poil le niveau grâce à ses efforts et une gestion de la tension salvatrice. De plus, j’ai aimé le message intéressant sur la gestion du deuil, même si la tragédie que la famille a vécu semble être évacuée de manière quelque peu expéditive, au profit du récit. 

Au casting : avec Chris Messina (I Care a Lot, Birds of Prey, Sharp Objects…) et David Dastmalchian (Dune, The Suicide Squad, Ant-Man et la Guêpe…) à l’affiche, le film s’achète une forme de crédibilité. Si l’un joue les parents absents, l’autre parvient en quelques minutes à créer une tension dérangeante et presque angoissante. Au centre, Vivien Lyra Blair (The First Lady, Bird Box…) et Sophie Thatcher (Le Livre de Boba Fett, Yellowjackets…) portent la tension sur leurs épaules, de manière plutôt convaincante.
À noter (ou pas), la présence caméo-esque de Seylan Baxter qui tient ici le même rôle que dans le film Host, comme si Rob Savage tentait de créer son propre Conjuringverse. 

En conclusion, Le Croque-Mitaine offre une ambiance sombre et des moments effrayants, mais sa réalisation et sa narration trop scolaires limitent son efficacité horrifique. À voir. 

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