[CRITIQUE] I Care A Lot, de J Blakeson

Le pitch : Marla Grayson est une tutrice réputée spécialisée auprès d’individus âgés et riches. Aux dépens de ces derniers, elle mène une vie de luxe. Mais sa prochaine victime s’avère avoir de dangereux secrets. Marla va devoir utiliser son esprit et sa ruse si elle souhaite rester en vie…
Disponible sur Netflix

A chaque nouvelle vague du Covid-19, je me dis qu’un jour on va en arriver à la cinquième et que Sony Pictures en profitera pour faire revivre le film navrant de J Blakeson, La Cinquième Vague, pour l’occasion. Au final, le réalisateur n’a pas attendu que la situation empire pour sortir de l’ombre et proposer son nouveau film : I Care A Lot. Présenté au TIFF 2020 puis distribuer sur Prime et Netflix outre-atlantique, J Blakeson étonne avec une comédie noire à la fois glaçante et cynique, offrant une vision caustique du rêve américain – ce qui a valu à Rosamund Pike une nomination méritée aux Golden Globes.

Réussir coûte que coûte et ne surtout pas s’apitoyer sur le sort de ses victimes semble être le credo de l’héroïne du film, Marla Grayson, une arnaqueuse de haut vol qui utilise les zones d’ombres de la loi pour s’enrichir sur le dos de personnes âgées. Jusqu’au moment où elle va évidemment s’attaquer à une vieille dame pas si innocente que ça.
Un postulat de départ retors et brillant qui se boit comme du petit lait tant l’intrigue a une amorce jubilatoire et féroce alors que l’héroïne – et ses complices (féminines) – gruge et abuse de son pouvoir, comme un pied de nez savoureux dans un monde rongé par le patriarcat. I Care A Lot fleurit à travers cette transposition judicieuse, tissant un monde de femmes qui se débrouillent très bien sans les hommes et qui ne sont certainement pas intimidées par ces derniers.

Oui mais voilà, derrière une idée de départ sympathique et une écriture impeccable qui souligne l’instinct de survie incroyable de ses protagonistes, le film I Care A Lot cumule, selon moi, deux problème majeurs. Le premier est moral : si les comédies noires ont tendance à se nourrir des faiblesses humaines, ici J Blakeson propose un personnage qui a des abords plutôt antipathiques, principalement parce qu’elle dépouille des petits vieux sans défense. Du coup, difficile d’approuver entièrement ce personnage sans penser au mal qu’elle cause autour d’elle, tandis qu’en face on a affaire de de bons vieux méchants sortis tout droit d’un James Bond old School. En effet, l’héroïne se retrouve confronté à plus fort qu’elle sur de nombreux aspects, mais le film n’expose jamais véritablement en quoi le « vilain » est un ennemi, en dehors d’une esbroufe vague composé de richesse ostentatoire et de mines patibulaires. Du coup, ça rend l’ensemble parfois bancal et peu crédible : comment des hommes aussi puissants, soi-disant, peuvent-ils avoir autant de mal à contrecarrer cette incroyable Marla Grayson ?

Le second problème est plus évident : Marla Grayson, l’héroïne, est un succédané d’Amy Dunne, la fameuse fausse disparue du film Gone Girl de David Fincher. Pas uniquement parce que c’est la même actrice, mais aussi parce qu’on retrouve le même jeu, les mêmes gestuelles (cette façon de remettre ses cheveux en arrière d’un mouvement de tête), presque la même coupe de cheveux… soyons honnêtes : si Amy avait mené son plan jusqu’au bout, Marla Grayson aurait pu être son alter ego.
Et c’est dérangeant, car même si je ne sais pas si le choix de coller autant au personnage de Gone Girl vient de la direction d’acteur ou de l’actrice elle-même, mais dans tous les cas, cela donne une certaine impression de déjà-vu et témoigne aussi d’une certaine paresse créative vu que le film se repose, bien évidemment, sur le travail de David Fincher.

En essayant de passer outre ces défauts, I Care A Lot conserve un attrait captivant, tant l’intrigue est tendue et pleine de twists du début à la fin. J Blakeson évoque la survie à travers le rêve américain, la réussite féroce et le capitalisme froid qui profite encore et toujours aux plus manichéens. Le film va vite et explore son concept jusqu’au bout, tout en inquiétant un peu à cause de son fond de réalisme bien présent, et c’est ce qui sauve un ensemble tout à fait divertissant et honorable, même si en tant que spectatrice, je n’ai jamais su dans quel camp me ranger.

Au casting, donc, on retrouve une Rosamund Pike (Radioactive, Hostiles…) comme on ne l’a plus vue depuis Gone Girl (et ceci explique peut-être cela). A l’aise dans l’exercice, l’actrice est excellente dans ce personnage inflexible et incisive qui ne se laisse pas facilement impressionner, ce qui lui vaut une nomination aux Golden Globes 2021. Autour d’elle, Eiza González (Bloodshot, Fast and Furious: Hobbs and Shaw…) joue les wing women et échappe un peu aux rôles de jolies poupées qu’elle cumule et Dianne Wiest (Life In Pieces, La Mule…) ne minaude pas à tout bout de champ – ce qui est agréable pour une fois. Coté bonhommes, Peter Dinklage (Game of Thrones, Avengers: Infinity War, 3 Billboards…) est plutôt convaincant malgré un personnage monotone et Chris Messina (Birds Of Prey, Sharp Objects…) est bien trop rare.

En conclusion : si I Care A Lot se présente comme une comédie noire jubilatoire et savoureusement méchante, le film de J Blakeson est desservi par son manque de moralité qui déstabilise et sa volonté trop flagrante de vouloir surfer sur l’excellent Gone Girl. A tester.

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