
Le pitch : The Insider est un film d’espionnage haletant qui raconte l’histoire d’un couple d’agents secrets, George Woodhouse et sa femme Kathryn. Lorsque Kathryn est soupçonnée de trahison envers la nation, George doit faire face à un dilemme déchirant : protéger son mariage ou défendre son pays.
Ce n’est pas une surprise, je ne suis pas fan du cinéma de Soderbergh. Ceci dit, si je n’attendais rien avec son précédent projet, Presence, The Insider me donnait nettement plus envie sur le papier, notamment avec le retour de Michael Fassbender au cinéma et le duo qu’il forme à l’écran avec la grande Cate Blanchett !

Quand on demande à des ex-espions leurs avis sur les films, ils soulignent toujours que la vraie vie est bien moins trépidante. C’est sûrement à partir de cette réflexion que Steven Soderbergh et son nouveau scénariste fétiche David Koepp (KIMI, Presence…) ont imaginé The Insider, un film d’espionnage relativement lent, engoncé dans une esthétique volontairement classieuse. Le point fort derrière sa mise en place à la vivacité d’une partie d’échec entre amateurs, c’est que le film prend le temps d’installer sa trame, articulée autour d’une vague histoire de trahison autour d’un projet qui pourrait déclencher bien des conflits. Rien de bien novateur dans un thriller d’espionnage, mais au moins le postulat de départ est simple et relativement clair, le réalisateur évite ainsi de s’éparpiller dans des sous-intrigues complexes pour se focaliser sur un groupe de personnages où chacun a une carte à abattre.

Rencontre improbable entre La Taupe de Tomas Alfredson (2011) — sans la gouaille — et Mr et Mrs Smith version Brangelina de Doug Liman (2005) — sans l’action ni l’humour, The Insider choisit une position observatrice à défaut de proposer un quelconque frisson, agissant comme un témoin privilégié dans les affres des hautes sphères de l’espionnage anglais. Le film de Steven Soderbergh s’étire dans une succession de scènes trop souvent sans charme, accumulant l’exposition sans jamais réussir à rendre l’ensemble dynamique. Ce n’est pas tant que le film soit lent — un bon thriller peut être subtil dans son rythme — mais ici, c’est comme si Steven Soderbergh voulait prendre le contre-pied de ce que l’on attend d’un film d’espionnage, en délaissant l’action au profit de conversations interminables et de regards lourds de sens. L’effet ? On se retrouve à regarder des dominos tomber, sans véritable surprise, juste une satisfaction plus ou moins passive d’aboutir à une conclusion prévisible mais réjouissante.

L’absence de dynamisme se ressent aussi à travers l’image. La photo, froide et bleuâtre à l’extrême, semble marquer chaque scène d’une monotonie visuelle qui accentue la distance aussi bien entre les personnages qu’entre le film et son spectateur. Le tout est accentué par la lueur exagéré du moindre néon et un flou gausséen peu compréhensible autour des personnages, ce qui a eu tendance à me sortir du film pour essayer de comprendre l’intention derrière ces tableaux forcés. Steven Soderbergh chercherait-il à se réinventer comme un nouveau David Fincher en lui empruntant certaines de ses marques de fabrique ? Bien tenté, mais après The Killer, même le maître du thriller chirurgical a prouvé qu’il pouvait se planter par excès.
Si l’ensemble n’est pas déplaisant, c’est parce que The Insider doit beaucoup à son storytelling linéaire qui permet de suivre l’histoire sans beaucoup d’effort ni d’implication. Après nous avoir servi un film d’épouvante plus qu’anecdotique, Steven Soderbergh ne signe certainement pas le thriller de l’année mais peut tout de même compter sur l’aura glamour de son casting pour rehausser l’ensemble. En effet, The Insider va combler par l’élégance toute la vigueur qui lui manque dans son récit.

Au casting, malgré une bonne dose de sur/sous-jeu, le duo Michael Fassbender (The Agency, The Killer, X-Men Dark Phoenix…) et Cate Blanchett (Disclaimer, Borderlands, Nightmare Alley…) forment une certaine évidence, même si le premier semble amorphe en cherchant trop à nous convaincre dans son personnage ultra-rigide. Face ou entre eux, Régé-Jean Page (Donjons et Dragons : L’Honneur des Voleurs, The Gray Man…), Marisa Abela (Back To Black, Barbie, Industry…), Tom Burke (The Lazarus Project, Furiosa : Une Saga Mad Max…) et Naomie Harris (Venom – Let There Be Carnage, Mourir Peut Attendre, Rampage…) forment un quatuor inégal. D’ailleurs, les performances de Régé-Jean Page me laisseront toujours perplexe, surtout quand je me rappelle qu’il a quitté la série Bridgerton pour prouver qu’il pouvait faire mieux — spoiler : on attend toujours (ou alors je lui en veux, allez savoir…).
À l’affiche également, on retrouve un ancien James Bond, Pierce Brosnan (The Son, The Foreigner…), qui semblait bien plus investi dans Black Adam que dans ce film.
En conclusion, Steven Soderbergh signe un thriller d’espionnage cérébral, qui aurait pu être rafraichissant s’il proposait un minimum de dynamisme. Si le traitement linéaire jusqu’à une conclusion solide permet à The Insider de tenir ses promesses, l’ensemble reste malgré tout bien fade. À voir.

