Action

[CRITIQUE] The Gray Man, de Joe et Anthony Russo 

Le pitch : « Gray Man » est le nom de code de l’agent de la CIA Court Gentry, alias Sierra Six. Recruté dans une prison fédérale par son officier traitant, Donald Fitzroy, Gentry était autrefois un redoutable tueur à gages à la solde de la CIA. Mais la situation a radicalement changé : Gentry est désormais la cible de Lloyd Hansen, ancien comparse de la CIA, totalement déterminé à le traquer à travers le monde pour l’éliminer. L’agent Dani Miranda le couvre – et il en aura besoin.

Cela fait un petit moment que je me suis désintéressée des films Netflix, mais j’ai fait un petit écart pour The Gray Man, notamment pour le casting (et Chris Evans). Et pourtant, The Gray Man a tous les symptômes des films financés par Netflix qui appâtent des réalisateurs de renom avec un joli chèque et une liberté créative certaine. Pour une poignée de films qui ont vraiment suscité l’approbation générale (Roma d’Alfonso Cuarón, The Power of The Dog de Jane Campion, Marriage Story de Noah Baumbach, ou encore Okja de Bong Joon-ho…), beaucoup se sont avérés tout juste honorables au vu de la filmo du réalisateur (The Irishman de Martin Scorsese, Mank de David Fincher…), tandis que le reste s’éparpille entre des thrillers moyens, des teen-movies se rêvant wokes ou encore des films d’actions sans identité. Parfois, même les grands noms sur l’affiche ne suffisent pas toujours à sauver un résultat tout juste potable – pour ne pas dire décevant (6 Underground de Michael Bay, Triple Frontière de J. C. Chandor, The Old Guard de Gina Prince-Blythewood, Le Roi de David Michôd…).
Après le film Cherry, avec Tom Holland, disponible en france Apple+TV, les frères Joe et Anthony Russo rejoignent le giron Netflix pour leur nouveau film The Gray Man.

Alors, à quelle catégorie appartient le film des frères Russo ? Pour faire simple, The Gray Man est un grand « meh » qui se regarde facilement mais sans véritable intérêt, avant de s’oublier trop rapidement. Le duo à la tête de films qui ont marqué la pop-culture de ces huit dernières années (Captain America – The Winter Soldier, Captain America Civil War, Avengers – Infinity War et Avengers – Endgame) revient avec un Chris Evans moustachu en tête d’affiche, dans un film d’action sur fond de tueurs à gages et de complots nébuleux. Globalement, le film n’apporte rien de nouveau sous la lune mais propose une dose assumée d’action virile, tandis que le spectateur devra se contenter d’une intrigue fastoche et prévisible, pourvu que le divertissement soit au rendez-vous.

Je ne sais pas s’il a été prouvé que des services secrets aient déjà recruté des têtes brûlées en prison (ou des orphelins doués aux échecs, allez savoir…) pour en faire des agents secrets doués de la gâchette et pro du close-combat, mais cette idée nourrit le cinéma d’action depuis des années. Et c’est sur ce postulat que démarre The Gray Man, le film étant une adaptation d’un roman éponyme écrit par Mark Greaney, avant de faire des bonds dans le temps pour transformer son héros en simili-Ethan Hunt traqué par plus méchant que lui, parce qu’il détient des secrets qui pourraient faire tomber l’organisation pour laquelle il travaille. Et puisque le film tient à démarrer sur les chapeaux de roue sans étoffer son personnage principal, il faudra se contenter d’un flashback expéditif autour de sa relation avec une adolescente pour lui donner un soupçon d’humanité qui le rendrait plus attachant – et nous faire oublier le fait qu’on parle d’un gars dont le métier est de tuer des gens sans demander pourquoi.

Alors évidemment, je ne vais pas demander à ce genre de films d’avoir un semblant de logique et de cohérence, puisque The Gray Man n’est pas là pour ça… Cependant, j’aurai espéré qu’en 2022, les frères Russo auraient proposé une intrigue un poil plus étoffée ou, a minima, moins paresseuse, plutôt qu’un énième succédané d’un Mission: Impossible, James Bond ou autre Jason Bourne.
On tient là ce que je reproche aux derniers films d’actions produits par Netflix : les réalisateurs semblent y voir une chance de pouvoir s’éclater dans un terrain de jeu sans limite et sans filet (comprenez : sans studio qui impose ses demandes). Du coup, le divertissement est souvent au rendez-vous, mais l’ensemble évolue trop souvent dans une déferlante d’actions toujours plus spectaculaires qui va prendre le pas sur le dynamisme et la cohérence générale. Du coup, je me suis retrouvée bringuebalée à travers le récit de The Gray Man, certes sans grande attente, mais sans grand intérêt non plus.

Les frères Russo font ce qu’ils aiment : le film est truffé de moments de tensions efficaces, les affrontements sont accrocheurs et quelques rares dialogues toujours piqués par des réparties bien trouvées. The Gray Man est un film tout en testostérone qui se regarde avec un pot de pop-corn XXL, portés par un casting plus fédérateur que l’ensemble du film, grâce notamment à un Chris Evans (Buzz l’Éclair, À Couteaux Tirés, Operation Brothers…) qui s’éclate dans son personnage de salopard à moustache assumée. Face à lui, Ryan Gosling (First Man : Le Premier Homme sur la Lune, Blade Runner 2049, Song to Song…) continue de se planquer derrière le même masque inexpressif qui lui a valu son succès depuis Drive.

Autour du duo, on retrouve Ana de Armas (Eaux Profondes, Mourir Peut Attendre, Cuban Network…), que j’aurai aimé voir plus, ainsi que Billy Bob Thornton (Goliath, Séduction Fatale…) et Julia Butters (Once Upon a Time… In Hollywood…) jouent les baromètres émotionnels, tandis que Jessica Henwick (Matrix Resurrections, Underwater…) et Regé-Jean Page (La Chronique des Bridgerton…) gravite occasionnellement en faisant la grimace pour tenter de faire croire qu’ils sont les véritables marionnettistes.
À noter également la présence de Callan Mulvey qui semblent toujours être dans les petits papiers des frères Russo (malgré sa trahison ^^).

En conclusion, The Gray Man s’ajoute à la longue liste des films produits par Netflix qui font beaucoup parlé avant leurs sorties mais qui s’avèrent tout juste divertissant à l’arrivée. Après quatre films Marvel, les frères Russo semblent avoir trouvé un exutoire pour recycler toutes les idées qu’ils n’ont pas pu explorer dans le MCU et quand je vois le résultat, je me dis qu’il y avait probablement une bonne raison. À tenter.

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