[CRITIQUE] Venom – Let There be Carnage, d’Andy Serkis

Le pitch : Environ un an après avoir affronté Riot, Eddie Brock « cohabite » toujours avec le symbiote Venom. Eddie tente de relancer sa carrière de journaliste d’investigation. Il se rend alors en prison pour interviewer le tueur en série Cletus Kasady. Il ignore que ce dernier est lui aussi l’hôte d’un symbiote, Carnage.

En 2018, Ruben Fleischer livrait un premier film Venom, dont l’anti-héros Eddie Brock était incarné par un Tom Hardy en pleine forme et investi dans son double personnage. Outre le détachement de Venom aux films Spider-Man, le film de Ruben Fleischer avait divisé : d’un coté nous avions un film relativement sympathique, qui frôlait de peu le nanar mais qui se rattrapait dans ses intentions visibles et son ton déjanté ; de l’autre, Venom ratait finalement le coche à cause d’une storyline bordée d’incohérences et surtout des affrontements nocturnes souvent illisibles, pour ne pas dire moches.
Cependant, la première scène bonus du générique teasait déjà une suite, soit la promesse d’un nouveau film qui aurait excusé cette origin story bancale (la seconde était un extrait de Spider-Man: New Generation).

Trois ans et une pandémie plus tard, Venom et Eddie sont de retour dans ce fameux Venom – Let There Be Carnage, réalisé par Andy Serkis. Acteur, mais également réalisateur, Andy Serkis s’est fait la main en dirigeant la seconde équipe sur les films Le Hobbit aux cotés de Peter Jackson et propose aujourd’hui son troisième film après le méconnu Breathe (2017) et le décevant Mowgli: La Légende de la Jungle (2018) disponible sur Disney (et qui fait pâle figure face à la version de Disney sortie la même année en salles). Autant dire que les paris n’étaient pas gagnés, mais il faut croire que le charisme de l’acteur – qui a incarné des personnages cultes et/ou fédérateurs tel que Gollum dans les trilogies du Seigneur des Anneaux et Le Hobbit ou encore Cesar dans la trilogie de La Planète des Singes – a su générer beaucoup d’espoir autour de ce nouveau film Venom.

>>> Spoilers, explications et retour sur le film ici <<<

Malheureusement… Venom – Let There Be Carnage porte un peu trop bien son nom ! Ce nouveau volet renoue avec les personnages là où on les avait laissé, c’est à dire au beau milieu d’une cohabitation électrique et schizophrène, composée de prises de bec physiques ou verbales, de gags, de chocolat et de poulets. Le film dresse un tableau chaotique et bruyant, tout en introduisant une nouvelle menace qui fleure bon la romance malsaine (gentiment pompée sur celle entre le Joker et Harley Quinn). Débarrassé de sa perruque bouclée – mais avec un look toujours improbable, le psychopathe Cletus Kasady entre en scène avec de gros sabots, peignant un tableau rougeâtre et grotesque autour du personnage dont on attend finalement qu’une chose : qu’il devienne Carnage. À partir de là, il faut bien composer avec quelques écarts par rapport aux comics : Venom – Let There Be Carnage se veut irrévérencieux et se fiche un peu des comics (sauf quand il s’agit de faire du fan service), et ce depuis le premier film, et préfère largement capitaliser sur le potentiel régressif de son anti-héros, allant jusqu’à le faire exister sans Eddie Brock. Entre quelques références épaisses à sa version papier (Lethal Protector), une descendance qui n’en finit plus et les amourailles frustrées, le film mise sur son symbiote omniprésent et s’étale lourdement pour masquer le vide existentiel d’un scénario sous perfusion, porté par une cacophonie électrique et instable où l’absence de temps mort crée un semblant de densité. Car oui, le film part dans tous les sens et s’agite tout autant pour donner l’impression qu’il a quelque chose à dire, mais une fois les jérémiades des personnages terminées et la musique assourdissante – du mauvais hard-rock criard – passe en sourdine, que reste-t-il ? Un gloubi-boulga rouge et noir improbable, aux ficelles aussi visibles que des poutres apparentes et des personnages secondaires qui cachetonnent (certains dans l’espoir d’apparaitre dans un troisième volet). Et un bon mal de crâne à la clé pour certains spectateurs.

Mais alors qu’est-ce qui ne va pas dans Venom – Let There Be Carnage ? Tout et rien à la fois. Au-delà de l’intrigue faiblarde et des écarts faits aux comics, le film d’Andy Serkis souffre d’un manque d’esthétisme et de lisibilité affolant. Si on ne peut pas échapper aux cadres nocturnes pour assurer les effets spéciaux autour des symbiotes, l’ambiance graphique est bien trop sombre et le budget CGI s’illustre dans un Carnage tentaculaire, tandis que les personnages ne sont jamais mis en valeur si bien que même le héros, Eddie Brock, a l’air dépassé. Si le premier Venom se parjurait déjà sur ses propres règles concernant les hôtes et les symbiotes, Venom – Let There Be Carnage lâche prise et cherche le chemin le plus commode pour amuser la galerie. Et oui, avec son étiquette PG-13, le film d’Andy Serkis ne peut pas jouer dans la cour d’un Deadpool et malgré son personnage carnassier, Venom – Let There Be Carnage est avare en scène marquante, préférant trop souvent laisser le spectateur sur sa faim avec des séquences hors champs ou des roulements de mécanique (« Je vais te manger la tête ! Ha oui mais nan… »).
Le dernier point noir, celui qui sera le plus difficile à digérer pour certains, c’est Venom – Let There Be Carnage ouvrait une brêche évidente pour un certain personnage, avec l’arrivée d’un ennemi tel que Carnage. Sans spoiler, disons que rien est impossible mais qu’il faudra tout de même revoir vos espoirs à la baisse.

>>> Spoilers, explications et retour sur le film ici <<<

J’aimerais pouvoir trouver un point positif à Venom – Let There Be Carnage, ne serait-ce que pour l’acteur principal, Tom Hardy (que je shipe énormément), ou pour Andy Serkis et l’acteur phénoménal qu’il est… mais je dois de dire que cette suite est effectivement un véritable carnage, tant il se foire sur tous les aspects possibles, mais surtout sur la crédibilité de ses personnages dont les motivations sont de plus en plus floues, pour ne pas dire presque inexistantes, en dehors de leurs petites jérémiades égocentriques (ouin ouin j’ai un symbiote) et des micros vengeances sans queue ni tête (ouin ouin t’as écrit un article sur moi (à ma demande)). L’ensemble propose finalement un remâchouillage digéré des rares moments fédérateurs du premier film, dans une cacophonie asphyxiée qui ressemble surtout à un film de série B des années 90.

Au casting : Tom Hardy (Capone, The Revenant, Legend…)  a bien du mal à trouver des rôles qui le mette en valeur et malgré sa bonne volonté, sa performance laisse à désirer, même sous les trains d’un Venom souvent difficile à comprendre et bien trop bavard. Heureusement, face à lui il y a pire (sic) car s’il a changé de look capillaire, Woody Harrelson (Retour à Zombieland, Midway, Kate...) joue mal, vraiment mal, et c’est sûrement dû à un personnage écrit à la truelle ébréchée, entre manque de subtilité et de motivations convaincantes. À ses cotés, Naomie Harris (Mourir Peut Attendre, Rampage…) joue les seconds couteaux oubliables et pour cause : le pouvoir de son personnage est néfaste pour Carnage. Drôle de choix tout de même ! La pauvre se retrouve donc rapidement sur le carreau avev des revendications en cartons. Autre nouveau dans la bande, Stephen Graham (The Irishman, Pirates des Caraïbes : La Légende de Salazar…) écope d’un personnage intégré aux forceps qui sert surtout de plan de secours pour un troisième film.
À l’affiche également, Michelle Williams (The Greatest Showman, I Feel Pretty…) et Reid Scott (Late Night, Why Women Kill…) viennent récupérer leurs chèques sans vraiment y croire, Peggy Lu bénéficie d’un upgrade.

En conclusion, c’est simple : si le premier Venom vous a hérissé le poil, passez votre chemin. Si non, tentez l’aventure de ce Venom – Let There Be Carnage qui recycle ses rares bonnes idées dans un film bruyant, vain et complètement anecdotique, surtout si on considère les possibilités que soulèvent la fameuse scène bonus !

PS : on reparle de la scène post-gen ici

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