Aventure, Romance

[CRITIQUE] Blanche-Neige, de Marc Webb

Le pitch : « Blanche-Neige » des studios Disney est une nouvelle version du classique de 1937 en prises de vues réelles. Avec Rachel Zegler dans le rôle principal et Gal Gadot dans celui de sa belle-mère, la Méchante Reine. Cette aventure magique retourne aux sources du conte intemporel avec les adorables Timide, Prof, Simplet, Grincheux, Joyeux, Dormeur et Atchoum.

En chantier depuis 2016 puis mis en pause pendant le Covid, Blanche-Neige a connu un parcours chaotique avant même d’arriver en salles. Les Studios Disney ont voulu moderniser le classique de 1937, mais le choix de Rachel Zegler (d’origine colombiano-polonaise) a suscité des polémiques, tout comme les prises de position géopolitiques plus récentes de Gal Gadot. Ajoutons à cela qu’aux premières heures, l’actrice principale Rachel Zegler a aussi critiqué le film original, dénoncé ses conditions de tournage en pleine grève des scénaristes et qu’à l’origine, Disney avait même écarté les sept nains au profit d’une bande de “hors-la-loi” façon Robin des Bois !

Le parcours du film de Marc Webb (The Amazing Spiderman : Le Destin d’un Héros, Mary, Why Women Kill…) a été semé d’embûches, et même l’ajout de Greta Gerwig (la représentante officielle du féminisme du dimanche à Hollywood) au scénario n’a pas dissipé les doutes. Entre un casting controversé et un manque criant d’originalité, Blanche-Neige s’inscrit comme une énième adaptation live-action sans prise de risque, à l’image de La Belle et la Bête, Cendrillon ou La Petite Sirène. Difficile de s’enthousiasmer quand d’autres revisites, comme Cruella ou Maléfique, ont su être plus audacieuses.
Enfin, même sans prendre en compte toutes ses controverses, il faut néanmoins admettre une chose : Blanche-Neige et les Sept Nains est, avec La Belle au Bois Dormant, probablement le conte de fées le plus cucul-la-praline, archaïque et poussiéreux de l’écurie Disney ! Autant dire que les bases ne sont pas les plus folichonnes, mais pourquoi pas…

Et bien, malgré tout, Blanche-Neige tient ses promesses et coche toute les cases attendues, du spectacle musical à la romance toute sucrée, en passant par un coup de boost féministe sur le personnage qui prend part à l’action pour contre-carrer les plans de sa marâtre. Le film de Marc Webb se délite en pilote automatique, de tableaux chantés en exposition pour faire avancer l’histoire, introduire les personnages et résoudre les enjeux avec bonne humeur et une bonne couche de superficialité qui agit comme par magie. Comme toutes les autres adaptations en prises de vues réelles, Blanche-Neige n’apporte pas grand chose à la choucroute et manque peut-être même un peu de cette poésie désuète qui pouvait faire le charme des princesses Disney. De plus, le film se rate dans son ambition féministe en présentant une héroïne qui attend un poil trop longtemps que ses vœux se réalisent par eux-mêmes plutôt que de réellement agir sur son destin.

L’ensemble essaie de se reposer sur la nostalgie autour de Blanche-Neige, revisitant les chansons du film et en donnant la part-belle aux fameux sept nains de l’histoire (comme pour se faire pardonner d’avoir osé imaginer un film sans eux). Je trouve cependant que là où le film aurait pu prendre son essor c’est avec l’incarnation de la méchante belle-mère qui aurait pu être plus exploitée, exagérée et aurait pu même voler la vedette à la jolie princesse. Mais même là, même avec le déguisement de vieille sorcière, on n’arrive jamais à la hauteur de l’imaginaire créé par le dessin animé.

Visuellement, le film peine à m’embarquer. J’ai eu l’impression de voir les décors de La Belle et la Bête réutilisés pour l’occasion, tandis que la colorimétrie laissait parfois à douter (la robe Blanche-Neige devenant parfois verte et jaune au lieu d’être bleue et jaune). Mais la réalité, c’est que cet univers voulu d’époque et féérique, avec ses tableaux chantés et dansés arrive après l’excellent et ultra-dynamique Wicked et, comment dire… tout cela semble un peu fade maintenant.

Au casting, comme mentionné plus haut, c’est dont Rachel Zegler (West Side Story, Shazam! La Rage des Dieux, Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur…) – qui avait auditionné pour le rôle de Glinda, by the way – incarne Blanche-Neige avec un jeu convaincant et une superbe voix, peu importe qu’elle ne soit pas caucasienne. À ses côtés, Gal Gadot (Agent Stone, Mort Sur Le Nil, Zack Snyder’s Justice League…), controversée mais objectivement sublime, joue la méchante belle-mère. Si elle a travaillé son accent et possède une voix honorable, son jeu reste limité, surtout lorsqu’elle ne peut pas juste compter sur son charme. Résultat : certaines scènes, notamment son numéro musical All is Fair, sont assez gênantes tant il est évident qu’elle ne sait pas quoi faire de son corps. Dommage pour une des méchantes les plus emblématiques des contes Disney (enfin, adaptations de contes plutôt…).

Autour d’elles, un ensemble anecdotique s’agite en arrière-plan, avec entre autres, Andrew Burnap (WeCrashed, Sur Ordre de Dieu…) en anti-prince charmant vrai-faux Robin des Bois et Ansu Kabia (Sandman, I May Destroy You…) dans le rôle du Chasseur. Les nains, eux, sont tous fait en image de synthèse – comme Le Miroir Magique – et doublés par des comédiens plus ou moins connus comme Patrick Page (Evil, Big Mouth…), Jeremy Swift (Ted Lasso, Downton Abbey…) ou encore Andrew Barth Feldman (Le Challenge…).

Au final, Blanche-Neige coche toutes les cases du cahier des charges Disney, mais sans éclat ni prise de risque. Marc Webb livre une adaptation fade qui peine à justifier son existence, coincée entre nostalgie et modernisation maladroite. À tenter.

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