[CRITIQUE] Mary, de Marc Webb

Attendu mais joliment interprété, Mary fait partie de ces films solaires et attendrissants qui savent s’approprier des sentiers, certes, déjà battus maintes fois, mais avec une fraîcheur et un point de vue intéressants, neufs et efficaces. Marc Webb signe une dramédie familiale, entre éducation et ruptures, dans une histoire accessible, mignonne et teintée d’espièglerie mais surtout portée par un sous-texte douloureux qui renforce la sincérité touchante et conquérante du film. Simple mais charmant, Mary réchauffe les cœurs, surtout grâce à la jeune McKenna Grace, une belle découverte.

Le pitch : Un homme se bat pour obtenir la garde de sa nièce, qui témoigne d’un don hors du commun pour les mathématiques.

Fraîchement récompensé au Festival du Cinéma Américain de Deauville par le Prix du Public, Mary débarque sur nos écrans pour apporter un peu de douceur à cette rentrée. Après une grosse parenthèse super-héroïque (The Amazing Spider-Man et sa suite), Marc Webb délaisse l’araignée qui vit son troisième reboot et retourne à ses premiers amours. Le papa de 500 Jours Ensemble renoue avec la comédie dramatique et, en lieu et place d’une romance déchire, le réalisateur s’intéresse cette fois à une histoire de famille particulière où un oncle et sa mère se bataille la garde de la jeune Mary, une enfant surdouée.

Si le film a les atours d’une histoire vraie, Mary – Gifted en VO – est en fait un scénario rescapé de la fameuse Blacklist (la liste noire des scripts hollywoodiens jamais adaptés), pour lequel Marc Webb s’est tout de suite intéressé, lui-même étant issus d’une famille de férus de mathématiques. Ce qui n’est pas plus mal, car le film s’affranchit du poids mélodramatique du biopic pour offrir un récit sincère et généreux qui redéfinit le mot « famille » au-delà des liens du sang. En effet, entre responsabilités et émancipation, Mary séduit d’entrée de jeu avec son duo atypique, l’enfant trop intelligente qui s’ennuie à mourir à l’école et son oncle faussement bourru – et qui fait tourner toutes les têtes (accessoirement). Marc Webb recrée une famille originale, où l’affection dépasse les liens du sang à travers ces parents de substitution qui entourent l’héroïne du film, malgré elle ballotée entre l’amour mais aussi le besoin de revanche des uns et l’ambition dévorante des autres. C’est probablement ce qui rend le film aussi touchant, à sa façon de s’éloigner des artifices conventionnels, en mettant en avant les intentions pas toujours honorables de ses protagonistes envers et autour de la jeune Mary.

Le film distille une histoire aux racines douloureuses, teintée par la rancœur et l’ambition, ce qui donne à Mary un petit atout charme supplémentaire qui ne laisse pas indifférent. Oui, Mary est une dramédie parfois sucrée ; oui, Mary est parfois prévisible et très simple, mais Marc Webb parvient à étoffer l’ensemble en scrutant ses personnages à la loupe, pour mieux révéler leur noirceur qui détonne avec la trame ensoleillée du film. Derrière l’innocence de Mary, le réalisateur alterne les révélations difficiles et s’amuse à enfoncer des portes grandes ouvertes quitte à sauter à pied joints dans les clichés qui lui tendent les bras (le chat !), ce qui donne un ensemble aussi tendre qu’étonnant alors que les vilains arborent souvent le masque du gentils… et vice versa. Finalement, le film ne se centre pas uniquement autour de l’intelligence de Mary – bien établie dès le départ – mais cherche surtout à répondre à la question principale du film : faut-il pousser un enfant surdoué vers la voie royale ou lui assurer une enfance « normale » ? S’interrogeant à la fois sur l’éducation et la dimension familiale en pesant le pour et le contre à travers la présence fantomatique d’une mère disparue tragiquement et un père absent, l’ensemble conserve une tendresse et une chaleur rafraîchissante. En effet, au-delà des liens qui relient les personnages, Marc Webb situe son film en Floride, un état chaud qui se traduit dans la photographie et la luminosité du film qui met la morosité aux placards et soulignent des moments clés avec brio entre coucher de soleil et complicités nocturnes.

Au casting, Mckenna Grace (Designated Survivor, Independence Day: Resurgence…) est la révélation du film tant elle brille dans le rôle de cette enfant prodige avec crédibilité, tout en jonglant habilement entre son caractère attachant et parfois presque insolent qui rend son personnage surprenant. À ses cotés, deux têtes d’affiches qu’on a déjà vu dans une relation similaire dans Snowpiercer en 2013 : Chris Evans (Captain America – Civil War, Before We Go…) est tout juste parfait en papa de substitution et sa voix qui berce quasiment tout le film, mais il faut avouer que l’acteur manque souvent de nuances dans son jeu – j’ai souvent eu l’impression d’entendre Captain America et non Frank Adler ; face à lui, Octavia Spencer (Les Figures de l’Ombre, Divergente 3…) a un rôle discret mais apporte énormément de cœur au film, surtout grâce à son naturel maternel. Lindsay Duncan (Birdman, Alice de l’Autre Coté du Miroir…) incarne une grand-mère élégante et implacable, tandis que Jenny Slate, plus connue pour sa voix (Lego Batman – Le Film, Comme des Bêtes, Zootopie…), parvient à s’imposer dans cette cellule familiale décousue.

En conclusion, après ses déboires super-héroïques, Marc Webb se rachète une conduite avec Mary, une dramédie tendre et chaleureuse. J’aime que ce ne soit pas une histoire en noir et blanc : chaque personnage possède sa part d’ombre, ce qui vient piquer une trame parfois trop prévisible, mais décidément touchante et efficace. À voir, donc.

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