Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Souviens-Toi L’Été Dernier, de Jennifer Kaytin Robinson

Le pitch : Lorsque cinq amis causent involontairement un accident de voiture mortel, ils décident de dissimuler leur implication et concluent un pacte pour garder le secret plutôt que de faire face aux conséquences de ce terrible évènement. Un an plus tard, leur passé revient les hanter et ils sont confrontés à une terrible vérité : quelqu’un sait ce qu’ils ont fait l’été dernier… et est déterminé à se venger. Traqués un à un par un mystérieux tueur, ils découvrent que cela s’est déjà produit auparavant et se tournent vers deux survivants du terrible Massacre de Southport de 1997 dans l’espoir d’obtenir leur aide.

Il fallait s’y attendre : alors que la saga Scream prépare son septième volet prévu pour 2026, c’est au tour du n°2 des teen horror movie circa 2000 de refaire surface. Souviens-Toi L’Été Dernier (ou Le Pacte du Silence en québécois) s’offre un soft reboot (remoot) 27 ans après son dernier acte en salles — et on ignorera gentiment le téléfilm affreux de 2006 ou encore la tentative plus que moyenne d’une adaptation en série télé en 2021. Comme Scream (5) à l’époque, le film de Jennifer Kaytin Robinson (Si Tu Me Venges, Quelqu’un de Bien…) reprend les bases de la franchise, dans l’espoir de rallier deux générations : les nostalgiques de Southport 1997 et une génération plus jeune, bercée par les trends Tiktok et insensibilisée aux true crime. Saupoudrez le tout de dialogues pseudo méta et de caméos plus ou moins surprises, emballez le tout dans une surdose abusive de nostalgie et vous avez la recette imparable pour faire un revival de franchise… le plus lénifiant possible.

Oui mais voilà, comme Scream (5) en 2021, Souviens-Toi L’Été Dernier circa 2025 tombe dans les mêmes travers et n’a, contrairement au film de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, pas l’excuse de ne pas avoir eu d’exemple. Dès les premières minutes, le malaise s’installe : entre une galerie de personnages qui semblent tous avoir été générés par une IA nourrie aux pires stéréotypes Gen Z, et un « secret » de départ aussi tiède qu’un spritz sans glace, difficile de s’investir. Là où l’original posait d’emblée une tension morale tangible, cette nouvelle version s’embourbe dans une redite branlante et risible. La faute à une écriture paresseuse, qui préfère multiplier les personnages accessoires pour mieux les sacrifier à la chaîne, plutôt que de construire une montée dramatique digne de ce nom.

Pour se donner un semblant de modernité, le film surfe maladroitement sur des tendances actuelles : podcasts criminels, trauma intergénérationnel, méta-commentaires. Mais rien n’y fait. Souviens-Toi L’Été Dernier pâtit des incohérence d’un scénario à l’épaisseur d’un post-it. De cet “accident mortel” qui ne tient pas la route (*wink wink*) à des personnages accessoires aussi creux et prévisibles qu’un macaroni 3 minutes, le film se repose malheureusement sur des bases branlantes dont la stabilité s’effondre au fur et à mesure que le film avance. Souviens-Toi L’Été Dernier cherche laborieusement à nous attacher au sort de ses personnages ridicules, grimés en marionnettes narratives qui vomissent des catchphrases virales, mais se trompe cruellement de cible en les agitant sous le nez de Millenials bien trop vieux pour ces conneries. Comme je le dis souvent : pas d’empathie = pas d’intérêt pour cette chair à canon gigotante et bruyante.

Le fan service, lui, est omniprésent… mais indigeste. Même le retour des survivants du premier film, pourtant destiné à raviver la flamme, semble plaqué, sans réelle portée émotionnelle ni dramaturgique. Souviens-Toi L’Été Dernier se délite dans un scénario si paresseux qu’il est difficile de profiter des maigres efforts que le film propose. Les clins d’œil deviennent des pastiches, les répliques cultes sont régurgitées sans finesse, et chaque apparition d’un visage familier sonne plus comme une obligation marketing que comme un choix de mise en scène. L’ensemble se déroule comme un automate mu par une mécanique nostalgique aussi prévisible que ses nombreux jumpscares sonores et ridicules, et un récit sans colonne vertébrale qui s’effondre sous le poids de ses propres références.

Éternel second, Souviens-Toi L’Été Dernier veut faire comme Scream, mais ne tire jamais les leçons des erreurs de son prédécesseur, se contentant de marcher platement dans ses traces en espérant happer les restes de son aura. La mise en scène, quant à elle, oscille entre le pastiche et le téléfilm du samedi soir. Les meurtres manquent cruellement de mordant, bridés par une interdiction au moins de 12 ans, peinent à provoquer autre chose qu’un haussement de sourcils circonspect. Pour quelques scènes copiées-collées du premier opus, le film de Jennifer Kaytin Robinson peine à trouver son souffle, allant même jusqu’à pomper quelques idées chez son mentor. Et puis, quand le film amorce son twist final censé relancer l’intérêt, l’impact s’évapore dans les limbes d’un dernier acte expédié, plombé par une écriture flemmarde qui a vendu la mèche bien trop tôt.

En somme, Souviens-Toi L’Été Dernier version 2025 confirme que ressusciter une franchise culte ne suffit pas. Encore faut-il savoir pourquoi on le fait, et surtout comment. Là où Scream VI a su apprendre des écueils de son remout pour mieux réinventer ses codes avec un minimum de panache, Souviens-Toi L’Été Dernier s’enlise dans une nostalgie creuse et superficielle, incapable de transcender les années 90 ou de parler véritablement au public d’aujourd’hui. Si je ne doute pas que les plus nostalgiques se contenteront de ces retrouvailles sans âme, les spectateurs plus exigeants déchanteront rapidement devant cette démonstration interminable de vide.

Au casting, c’est pas la joie. Si j’ai réussi à supporter Madelyn Cline (Glass Onion, Boy Erased, Outer Banks…) dans son rôle de midinette blonde qui se fiance aussi facilement qu’elle change de chaussette, le plus dur a été d’observer Chase Sui Wonders (The Studio, Bodies Bodies Bodies…) qui, dès sa première scène (et son choix de robe tragique) s’impose comme une héroïne crispante, qui a constamment l’air de renifler du fromage pourri.
Autour d’elles, une troupe de nobody ou presque bavards, dont Jonah Hauer-King (La Petite Sirène, Doctor Who…), Tyriq Withers et Sara Pidgeon (Gotham, The Wilds…) s’agitent sous la menace du hameçon meurtrier, tandis que d’autres seconds couteux viennent cachetonner comme Billy Campbell (Mr et Mrs Smith, Star Trek: Prodigy…), Austin Nichols (The Walking Dead, Bates Motel…) ou encore – vu que c’est la mode – l’influenceuse américaine Gabbriette.

Évidemment, ce ne serait pas un remoot sans le retour partiel du casting original. Comme annoncé, Jennifer Love-Hewitt (9-1-1…) – dont le personnage a survécu sans explication à la fin de Souviens-Toi L’Été Dernier 2 (1998) – et Freddie Prinze Jr. (Star Wars – The Bad Batch…) sortent de l’ombre pour tenter de relancer leurs carrières cinéma avec le même charisme et talent qu’à l’époque (c’est à dire pas beaucoup). D’autres surprises sont au rendez-vous, dont une scène bonus dans le générique final. Youpi.

En conclusion, Jennifer Kaytin Robinson livre un revival creux, sans tension ni identité, qui se contente d’agiter les fantômes du passé sous un crochet aux artifices rouillés. Espérons que cet opus sera oublié rapidement… mais j’en doute, puisque si les films originaux ne parviennent plus à rassembler, Souviens-Toi L’Été Dernier  n’est que la conséquence d’une industrie qui s’auto-régurgite. À éviter.

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