[CRITIQUE] Scream, de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Le pitch : Vingt-cinq ans après que la paisible ville de Woodsboro a été frappée par une série de meurtres violents, un nouveau tueur revêt le masque de Ghostface et prend pour cible un groupe d’adolescents. Il est déterminé à faire ressurgir les sombres secrets du passé.

Wes Craven n’est plus, mais la franchise qu’il a créé vit et fédère toujours autant de fans. C’est essentiellement dans cette optique que ce nouvel opus, sobrement intitulé Scream (et non Scream 5), a été créé. Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, réalisateurs du récent Wedding Nightmare et de The Baby, ont été choisi pour passer derrière la caméra, tandis que Kevin Williamson, scénariste des Scream 1, 2 et 4, choisit de rester producteur délégué et confit le scénario à James Vanderbilt et Guy Busick. Derrière ce projet se dessine un défi de taille : rendre hommage au travail de Wes Craven et de Kevin Williamson, en respectant leurs codes, et rassembler les fans de la saga.

À première vue, Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin semblent avoir relevé le défi. Ce nouveau Scream renoue rapidement avec la franchise avec ses airs de soft reboot où chaque scène fait écho au premier opus, depuis l’introduction fatidique jusqu’au final similaire, en passant par des rappels évidents alors que les personnages s’animent dans des lieux familiers. Tout est fait pour mettre à l’aise les fans de la saga alors que l’intrigue joue la carte du « whodunnit » amusant en présentant un groupe de personnages plus ou moins liés aux originaux, dans une époque où tous les motifs sont possibles. À chaque apparition de la figure fantomatique du tueur, Scream réduit les possibilités et fait son petit effet alors que le film compile les attaques sanglantes et les moments de tension pour maintenir son public en haleine. En parallèle, Scream arrose le scénario et les dialogues de conscientisation méta à répétition, jouant vec le quatrième mur pour mieux rappeler les règles des films d’horreur mais également signer une critique ouverte du cinéma de genre.

Et pourtant, tous ces atouts sont également les points faibles du films. En 2011, Scream 4 prolongeait la mémoire du premier Scream en livrant un soft reboot réussi qui renouait avec les codes de la saga, tout en cristallisant une génération Y marquée par les réseaux sociaux et la célébrité facile. Wes Craven et Kevin Williamson avaient réussi à poser un constat accessible et une suite moderne qui validait tout de même l’importance des films originaux, sans pour autant passer pour des boomers dépassés ni fustiger les plus jeunes.
Ce nouveau Scream manque cruellement de subtilité et assène des dialogues blindés metaréférences à répétition, sans aucune forme de subtilité. Au début, cela fait sourire d’entendre le film dévoiler ses billes en revisitant les règles des films d’horreur ou comparer le cinéma d’horreur « intelligent » aux films à jumpscares. Puis à la longue, ces dialogues finissent par agacer alors qu’ils pointent du doigt l’évidence, quitte à gâcher le plaisir du spectateur en révélant le moindre indice à travers des personnages dont le savoir se transforme rapidement en arrogance légèrement snobinarde. « La culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale… » Scream applique l’adage à la lettre, si bien que s’il avait voulu briser le quatrième mur (et parler au spectateur), ce n’aurait pas été étonnant.

Dans le détail, et parce que c’est Scream, on fermera les yeux sur beaucoup de choses. L’un des principes fondamentaux de la saga, c’est que le ou les tueur(s) sont révélés au dernier moment, donc on ne peut pas, par exemple, reprocher le manque de cohérence entre la carrure et la force de l’ombre masquée et le reveal final qui peut avoir une ou des silhouettes bien différentes.
Non, là où le film se perd, c’est dans la façon dont il s’approprie l’héritage de Wes Craven et de Kevin Williamson. Scream se targue d’être lui-même un « requel », sorte de soft reboot à la forme encore plus flemmarde qui va ponctionner toute l’originalité du premier opus d’une franchise en tricotant un passé à des nouveaux personnages. Ce passé pourra servir de motif pour ressusciter ladite franchise dans un film qui surfera allègrement sur des sentiers déjà battus. Au lieu de ressemblance ou de référence, Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin propose du fan service étalé à la truelle en remâchant chaque élément du premier Scream pour acheter le spectateur. Scream ressemble à un devoir copié auquel on aurait changer quelques éléments ça et là, histoire d’en faire le moins possible et s’assurer d’avoir une bonne note.
Résultat, au lieu de faire honneur au premier, Scream 5 se présente comme une redite assumée – allant même jusqu’à expliquer l’absence du chiffre 5 dans le nom final de cet opus (comme pour The Grudge ou Blair Witch à l’époque) – qui revisite son cocon original sans véritablement apporter de nouveauté de fond. De la même façon que le dernier S.O.S Fantômes, le film de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin profite de l’attrait fédérateur d’une franchise étalée pour ne faire que le minimum et, pire, reléguer le trio original aux rangs de seconds couteaux afin de mettre en avant sa nouvelle génération intégrée aux forceps.

Au final, Scream divertit avec sa partie de Qui Est-Ce ? macabre alors que les victimes s’amoncellent. L’ensemble se rattrape grâce à la menace perpétuelle qui plane sur les personnages, jouant avec le suspens et cédant finalement aux jumpscares éhontés. La cruauté du tueur et son plaisir palpable face à ses crimes ajoute une dose de fascination un poil morbide (qui sera le prochaine ?) qui hérisse le poil et rend l’ensemble un peu plus accrocheur. Cependant, la facilité de la trame prend le dessus, du coup il est facile d’accrocher à ce nouveau Scream qui abat des cartes attendues et prévisibles avec, au centre, une ribambelle de personnages anecdotiques. Si le Scream original de Wes Craven a inspiré un bon nombre de teen horror movie plus ou moins novateurs, ce nouvel opus rogne du coté des défauts de ce sous-genre, là où l’hommage se transforme en capitalisation flemmarde d’une recette déjà éprouvée. Un comble, finalement, pour un film qui fait l’éloge du fan service et qui évoque même un énième Stab qui n’avait rien compris à la saga originale !

Au casting, on nous propose du sang neuf avec Melissa Barrera (D’où L’on Vient, Vida…) et Jenna Ortega (You, The Babysitter: The Killer Queen…) en tête de peloton, deux sœurs aux racines ancrées à Woodsboro, la première jouant les simili-Sidney Prescott, l’autre geignant à n’en plus finir du début à la fin. Autour d’eux vivotent des personnages rattachés aux premiers Scream, avec Dylan Minette n’a pas retrouvé sa joie de vivre depuis 13 Reasons Why, Jasmin Savoy Brown (The Leftovers, For The People…) joue les Randy de substitution aux cotés d’un Mason Gooding (Love, Victor, Booksmart…) transparent. Autre « fils de », Jack Quaid (The Boys, Rampage…) est également de la partie, tandis que Mikey Madison et Sonia Ben Ammar complètent l’ensemble de newbies.
Coté anciens, le trio original est également de la partie mais nettement moins impliqué que dans le dernier Scream 4. On retrouve donc Neve Campbell toujours convaincante en Sidney Prescott, Courteney Cox est toujours Gayle Weathers même si elle ne lui ressemble plus trop et David Arquette aka Dewey reprend aussi du service et quitte enfin son personnage de gentil boulet dont il avait écopé depuis les premiers films (et avec l’influence de Scary Movie au passage). Autres retrouvailles à prévoir avec Marley Shelton (Scream 4…), mais également Heather Matarazzo (Scream 3…) et aussi… Skeet Ultrich (Scream 1…) !

En conclusion, si la première fois que Kevin Williamson n’avait pas signé le scénario n’avait pas suffi, ce nouvel opus marque encore plus son absence, ainsi que celle du regretté Wes Craven. Divertissant et efficace sur le moment, le film de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin tient ses promesses sur la forme mais faiblit dès qu’on l’observe d’un peu trop près. Entre le fan service et la facilité nostalgique, il n’y a qu’un pas, Scream (5) l’a franchi. Espérons que la franchise Scream suivre le même parcours que d’autres qui s’évertuent à faire des suites, malgré l’absence de personnages ou d’acteurs clés (devant ou derrière la caméra) soi-disant pour les fans mais surtout pour générer du dollars *tousse* comme Fast & Furious *tousse*. À tenter (ou à voir, pour les fans et les complétistes).

>>> Ecoutez le podcast auquel j’ai participé sur la saga Scream (de 1 à 4) également dispo sur iTunesSpotify et Deezer

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