[CRITIQUE] Boy Erased, de Joel Edgerton

Important et sensible, Joel Edgerton livre un drame à la fois bouleversant et sobre, levant le voile sur ces thérapies de reconversion honteuses qui font légion dans certains communautés religieuses. Boy Erased est le récit d’un combat douloureux vers l’acceptation, entre conditionnements forcés et une famille déchirée. Souvent révoltant mais surtout émouvant, le film parvient à conserver un ton juste sans céder au sensationnel ni au happy-end facile. Cerise sur le gâteau : cela faisait longtemps que Russell Crowe n’avait pas été aussi convaincant.

Le pitch : L’histoire de Jared, fils d’un pasteur dans une petite ville américaine, dont l’homosexualité est dévoilée à ses parents à l’âge de 19ans. Jared fait face à un dilemme : suivre un programme de thérapie de reconversion – ou être rejeté pour toujours par sa famille, ses amis et sa communauté religieuse. Boy Erased est l’histoire vraie du combat d’un jeune homme pour se construire alors que tous les aspects de son identité sont remis en question.

Après un premier film en 2015, The Gift, l’acteur Joel Edgerton revient derrière la caméra pour adapter une histoire vraie tirée des mémoires de Garrad Conly, Boy Erased: A Memoir. Un titre peu anodin que je n’ai pu m’empêcher de relier à Girl, Interrupted (Une Vie Volée en VF), adapté également d’un livre et porté au cinéma par James Mangold en 2000, dont l’histoire parlait d’une jeune femme entre dans un institut psychiatrique et se retrouve confronté aux jugements des médecins à cause de ses « mœurs légères ».
Boy Erased retrace donc l’histoire d’un jeune homme a priori bien sous tout rapport, fils de pasteur et issu d’une famille religieuse et pratiquante. Et homosexuel. Au-delà de l’histoire attendue autour de la thérapie de reconversion qu’il va subir, le film s’intéresse au parcours de son personnage dont le passage à l’âge adulte va se faire à travers la violence, la honte et l’abus de pouvoir. Un parcours initiatique douloureux et émouvant qui parvient à se raconter son histoire sans en faire trop : gardant au centre son personnage principal, on assiste à ses premières découvertes, déceptions et interrogations dans un monde qui lui refuse la liberté d’être lui-même.

Boy Erased donne parfois l’impression d’être passif, à cause de son récit sans vague et loin du format d’autres films plus vindicatifs et explicites. Pourtant, Joel Edgerton prend le temps de faire mûrir ses personnages, à travers les rencontres, les rares mains tendues et des sessions de gavage mental. Le film évolue entre deux rives parallèles : d’un coté les souvenirs du personnage principal qui permettent de le découvrir un peu plus et de comprendre pourquoi il s’est docilement plié à la volonté de ses parents ; de l’autre coté, dès que le film met le pied dans ce centre, il coupe toute émotion plus ou moins bienveillante pour illustrer la propagande sans fondement de ces « thérapeutes » du dimanche qui inculque la honte à une jeunesse impressionnable et confuse.

Derrière son apparence contemplative, Boy Erased arrive tout de même à faire évoluer ses personnages, notamment cette cellule familiale murée dans ses non-dits et un tabou pesant. La simplicité linéaire du récit réserve cependant des surprises, laissant l’ensemble se démarquer du traitement prévisible qui lui pendait au nez, notamment lorsqu’un début de romance vire soudainement au cauchemar. Le film s’appuie sur une histoire sincère, marqué par un vécu accessible et qui ne cherche pas à se glisser dans un moule faussement anti-conformiste pour plaire. J’ai aimé le fait que le film n’opte pas pour le happy-end qui aurait été incohérent mais propose une conclusion convaincante sans aller à l’encontre des convictions de ces parents hyper religieux. Entre le respect de la foi telle qu’elle est perçue dans le film et l’amour de parents pour leurs fils, Boy Erased pose les bonnes questions et offre un récit juste et nécessaire, le tout porté par un ton sobre et abouti.

Au casting, on retrouve Lucas Hedges (Ben Is Back, Three Billboards, Lady Bird…) qui porte le film sur ses épaules et parvient à transmettre toutes les émotions voulues pour atteindre le spectateur, de la crainte d’être découvert à la honte, la colère puis petit à petit l’assurance de vouloir s’affirmer. Autour de lui, Nicole Kidman (Big Little Lies, Destroyer, Aquaman…) est parfaite dans ce portrait de femme bourgeoise et engoncée dans ses croyances presque malgré son amour maternel, tandis que Russell Crowe (La Momie, The Nice Guys, Noé…) abandonne pour la première fois son acte monotone pour incarner ce père inflexible et néanmoins touchant.
À l’affiche également, Joel Edgerton (Red Sparrow, It Comes At Night...) s’offre un rôle difficile, tandis que le réalisateur égocentrique Xavier Dolan vient parader pour une raison obscure, autour de Joe Alwyn (Marie Stuart, Reine d’Écosse, La Favorite…) et Théodore Pellerin (Chien de Garde, La Fin du Monde…).

En conclusion, loin des films bataillant bruyamment contre l’homophobie, Boy Erased choisit une tonalité plus discrète pour évoquer des faits bien trop réels et possiblement toujours d’actualité. À travers un aspect plus sobre et contemplatif, Joel Edgerton livre un récit bouleversant à travers le parcours douloureux d’un jeune homme qui va devoir mûrir seul et s’accepter seul, quitte à tout perdre. Discret, certes, mais poignant et important. À voir.

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