[CRITIQUE] The Hunt, de Craig Zobel

Le pitch : Sur fond d’obscure théorie du complot sur internet, un groupe de dirigeants se rassemble pour la première fois dans un manoir retiré, afin de se divertir en chassant de simples citoyens américains. Mais leurs sombres desseins vont être mis en péril par Crystal, une de leurs proies, capable de les battre à leur propre jeu. La jeune femme renverse les règles, et abat un par un les chasseurs qui la séparent de la mystérieuse femme qui tire les ficelles de ce passe-temps macabre.

Covid-19 oblige, de nombreux distributeurs révisent leurs plannings de sortie. Si certains sont repoussés à la rentrée prochaine, voire même en 2021, d’autres n’auront pas cette chance et arriveront directement en VOD. C’est le cas pour le film de Craig Zobel, The Hunt, qui se voit relégué au second plan – notamment parce que le film était déjà sorti en mars aux US – et c’est bien dommage car j’aurai bien aimé découvrir cette bonne surprise sur grand écran.
En 2012, Craig Zobel avait réalisé le dérangeant Compliance qui dénonçait l’asservissement social et aveugle face à l’autorité présumée, avant de truster les séries TV en réalisant des épisodes de The Leftovers, Outcast ou encore American Gods.
Pour son nouveau film, le cinéaste propose un survival aux accents d’épouvante, recouvert d’une satyre sociale a priori déjà vue. En effet, des puissants qui profitent de leurs statuts pour tuer la « populace », on l’a déjà vu : de Hostel au récent Wedding Nightmare, en passant par la franchise American Nightmare (The Purge) ou encore Get Out, The Hunt s’annonçait comme une énième version d’un piège essoufflé qui se démarquerait peut-être par son caractère explicite. Et bien pas vraiment, le film est plus subtil que ça ! Dès le début, Craig Zobel casse les codes en osant jouer avec la longévité de ses têtes d’affiche à travers une première partie qui répond aux attentes et en jouant avec avec nos nerfs à travers une partie de cache-cache sordide. The Hunt évite le gore explicite (on verra très peu de sang), mais parvient à maintenir en haleine en prenant pas mal de risques, le tout arrosé d’une belle dose de violence et d’humour noir.

Le film confirme son essai lorsqu’il commence à se recentrer sur son personnage principal, une héroïne tout à fait atypique mais conquérante, avant d’entamer le passage obligatoire de l’exposition narrative. Beaucoup de films se vautrent à ce moment-là en tentant de justifier son concept, mais pas The Hunt. Entre jeux de politique, critique ouverte des réseaux sociaux et une ironie à peine voilée et jubilatoire sur les bonnes actions faites par des riches bien pensants, Craig Zobel dénonce beaucoup sans en faire trop, offrant sa réflexion sur le pouvoir du bad buzz et ses conséquences souvent injustes. Tout en conservant une tension nerveuse, la narration étoffe l’ensemble sans l’encombrer et j’ai aimé la façon dont The Hunt grossit le trait à l’extrême, tout en gardant un pied dans la réalité – surtout quand on voit de nos jours que les campagnes politiques américaines ont surtout lieu sur Twitter.

Exagéré, jubilatoire et étonnant, le film de Craig Zorbel parvient à créer la surprise en osant sortir des sentiers battus, aussi bien à travers la gestion de ses personnages qu’à travers sa vision pas tout à fait fausse de l’influence des réseaux sociaux sur le comportement des pouvoirs en place. J’ai adoré être prise au dépourvu pour finalement m’accrocher à une héroïne badass et inhabituelle qui offre, par ailleurs, la version la plus « what the fuck » de la fable du Lièvre et de la Tortue (!). À travers elle, The Hunt cristallise les silencieux – ceux qui ne donnent pas leurs avis sur les réseaux sociaux – mais qui se révèlent plus dangereux, car personne ne les attend en tournant. Dans une vision alternative perturbante (et capillotractée de ma part), on pourrait imaginer que l’héroïne de Craig Zobel représente ceux qui ont voté Trump, à l’ombre de la grande toile trop bruyante et éparpillée, décimant en douce les chances des démocrates ?
Quelques parts entre un Massacre à la Tronçonneuse moderne qui ose la référence inattendue à Kill Bill, Craig Zobel soigne sa mise en scène, parvenant à maintenir une tension efficace tout au long du film, aussi bien dans un espace aussi ouvert qu’une forêt, que dans l’étroitesse d’une cuisine angulaire et moderne. The Hunt est aussi cinglant que violent, sans forcément verser dans le trash : la narration et le dénouement suffisent à apporter le coup de massue nécessaire. Autant vous dire que je ne me suis pas ennuyée une minute !

Au casting, The Hunt appâte avec ses têtes d’affiche : Emma Roberts (American Horror Story…), Justin Hartley (This Is Us…) ou encore Ike Barinholtz (The Mindy Project…) prennent par au jeu, mais Betty Gilpin (GLOW, The Grudge, Isn’t It Romantic…) reste la star du film. J’ai aimé la découvrir, à la fois distante, déconnectée et badass, face à une Hilary Swank (BoJack Horseman, Logan Lucky…) qui, certes, se fait désirer, mais ne déçoit absolument pas.

En conclusion, dommage que The Hunt ne passe pas par la case cinéma, car Craig Zorbel signe un thriller haletant et intelligent, qui parvient à mixer le divertissement et la réflexion intéressante en filigrane sur la puissance souvent néfaste des réseaux sociaux. À voir.

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