
Le pitch : Anne profite enfin de sa liberté après le départ de ses enfants. Mais tout bascule quand sa fille Louise, revient vivre chez elle après un échec professionnel et sentimental. Et comme une surprise n’arrive jamais seule, son fils Théo lui annonce qu’elle va devenir grand-mère ! Entre chocs générationnels, rêves en mutation et nouveaux élans amoureux… Anne comprend que la vie ne suit jamais tout à fait le plan prévu, et qu’à tout âge, on continue toujours d’apprendre à grandir.
En 2009, Lisa Azuelos (Mon Bébé, La Chambre des Merveilles, Dalida…) signait LOL (Laughing Out Loud) – notez la traduction au passage 😫- petite chronique mère-fille portée par Sophie Marceau et Christa Theret. Ce premier opus n’était pas un grand film, mais une sorte de doudou, bien ancré dans son époque : celle des mecs trop chevelus façon BB Brunes, des textos maladroits, des histoires de lycée et des premiers émois, le tout dans un cocon privilégié et tout doux. Un bonbon sucré, imparfait mais sincère, qui parlait aussi bien aux adolescentes qu’aux mères de familles de tout âge, au point d’avoir même eu droit à une pâle copie américaine avec Demi Moore et Miley Cyrus en tête d’affiche.

Dix-sept ans plus tard, Lisa Azuelos propose une suite à LOL, version 2.0. Comprendre : une suite pensée avant tout pour offrir un premier rôle à Thaïs Alessandrin, sa fille, déjà présente dans le premier film (et quasiment tous ses films en fait). D’un coté, exit le lycée et bonjour la vie de jeune adulte, avec son lot de “galères” et de chagrin d’amour ; tandis que de l’autre, Lol 2.0 survole le syndrome du nid vide et la crise de la cinquantaine. Sur le papier, pourquoi pas. Dans les faits, le film tente de rester « dans le coup » avec la subtilité d’un marteau-piqueur.
Dans cette suite, qui ressemble surtout à un mash-up de la filmographie de Lisa Azuelos, le personnage de Sophie Marceau papillonne à nouveau, ressemblant à son alter-ego dans le film Une Rencontre au passage, sans jamais vraiment creuser son passé ni ses blessures (et encore moins l’issue de sa relation prometteuse avec le regretté Jocelyn Quivrin). À la place, voilà qu’elle traverse une nouvelle mini-crise existentielle, à savoir devenir grand-mère alors qu’elle pensait en avoir fini avec les couches et son bel appartement rien qu’à elle, mais c’était sans compter le retour au bercail de sa cadette et l’étalage de ses nombreux états d’âme.

Si l’immaturité de Lola passait à 15 ans, celle de Louise à 25 rebute assez vite. Pas seulement à cause du personnage en lui-même, mais surtout à cause d’un scénario à l’écriture tristement paresseuse et ultra-prévisible. Certes, Lisa Azuelos a toujours assumé ses cadres confortables (grand appartement parisien, train de vie confortable, etc.), mais ce qui semblait presque romanesque en 2009 devient presque de la vantardise en 2026. Et voir ces personnages, notamment Louise et ses copains, clairement privilégiés se plaindre non-stop de leur peines de coeur artificielles les rend particulièrement ingrats, donc souvent insupportables.
Ainsi, les romances tombent du ciel, au détour d’un Uber ou d’une balade au parc (en pleine époque des apps de rencontre, c’est un peu paradoxal mais pourquoi pas), les obstacles se résolvent par magie et chaque micro-drame est traité comme une tragédie grecque. On reste coincé dans un univers bourgeois hors-sol où le moindre petit pois sous le matelas Emma / Tediber devient une montagne insurmontable. Résultat, le film se complaît dans son confort, tout en cochant les cases attendues sans véritable effort ni souci de réalisme. Certes, le film cherche à conserver la bulle sucrée du premier film, mais il s’est passé trop de chose en dix-sept ans pour faire le choix de proposer des personnages aussi superficiels et creux.

Le film m’a douloureusement rappelé l’infâme Sous les Jupes des Filles (2014) : même volonté d’être “moderne”, même racolage (inter)générationnel, même malaise face à des discours datés déguisés en progressisme. Sans atteindre le même niveau de médiocrité que le film d’Audrey Dana, Lol 2.0 donne souvent l’impression de chercher encore en 3G dans un monde passé à autre chose. Lisa Azuelos, sûrement sous la houlette de sa fille (vive le népotisme), arrose son film de détails codifiés : tiktokers plus ou moins connus en guest, portraits très parisiens qui cochent les bonnes cases (LGBT+, handicap…) pour faire bien, ainsi qu’un sens de la réalité et de la diversité aux abonnés absents. Tout sonne faux. Le film cherchait désespérément à parler aux plus jeunes, mais se limite à chaque fois au prisme d’une vie un poil trop privilégiée pour être réellement accessible.

Le film est parfois sauvé par le personnage de Sophie Marceau, notamment à travers son regard sur cette génération qui prône le multi-tâche tout en rêvant de la même vie factice que leurs influenceurs favoris. Mais cette partie de l’histoire peine à faire mouche tant elle est noyée sous le caprice permanent d’une Louise boudeuse, qui s’effondre à la moindre contrariété. Mention spéciale au moment où elle se plaint qu’elle bosse en tant que serveuse (dans un bar qui ferme le soir de la fête de la Musique au passage, ça existe ??) pour pouvoir payer un loyer à payer à sa mère… Sérieusement ?!

Au final, j’aurai aimé que Lol 2.0 aille plus loin en osant le portrait cliché de la jeune adulte pourrie gâtée, afin de tisser un récit initiatique crédible. Mais Lisa Azuelos semble bien trop occupée à tenter de lancer la carrière de sa fille en lui faisant traverser tous les états d’âme possible, qu’elle oublie de connecter réellement avec le public qu’elle cherche à atteindre. Tout devient trop lisse, trop aseptisée, sans personnalité ni relief, si bien que même les clin d’œil au premier film tombent à plat.

Au casting, vous l’aurez compris, c’est Thaïs Alessandrin qui prend la relève de Christa Theret (qui ne fera aucune apparition dans le film, pour info). 6 films au compteur dont 5 réalisés par sa mère, difficile de fermer les yeux sur le népotisme flagrant qui compose son personnage et d’être indulgent face à un jeu d’actrice qui… mériterait d’être travaillé, on va dire. Elle n’est pas mauvaise, c’est juste que son personnage n’est ni sympathique ni accessible. Face à elle, Sophie Marceau (I Love America, Tout S’est Bien Passé, La Taularde…) campe à une énième version adulte et fantasmée de Vic (La Boum, pour ceux qu’on pas suivi) jusqu’à une coupe de cheveux similaire, un rôle qu’elle endosse sans effort, sûrement par habitude.

Parmi les visages connus, beaucoup de copains-copines : Alexandre Astier (Kaamelott, Bref.2…), Françoise Fabian (Dix Pour Cent, Les Garçons et Guillaume, À Table…), Stéphanie Murat (Plan Cœur, Tunnel…), Victor Belmondo (Joli Joli, Arrête Avec Tes Mensonges…) et Jérémy Kapone (Lol…) reprennent du service de manière anecdotique, tandis Vincent Elbaz (Le Mélange des Genres, Iris et les Hommes…) et Sylvie Testud (Suspiria, Tamara Vol. 2…) partage l’affiche avec Paola Locatelli (Les Liaisons Dangereuses, Culte 2Be3…) et Nathan (frère de Joséphine) Japy (Enzo, SKAM France…) – qui joue les love interests visiblement inspiré par un tiktoker connu pour imiter Vincent Cassel… Weird.
Autour d’eux, il y a à boire et à manger avec un groupe d’amis aux étiquettes interchangeables, campé par Isaline Prévost Radeff, Théo Delincak, Théo Augier et Oscar Al Hafiane.

En conclusion, Lol 2.0 tente de rester dans l’air du temps, mais semble surtout lui courir après sans véritablement réussir à être à la page. Lisa Azuelos livre un film daté dès sa sortie, englué dans ses facilités, son entre-soi et son népotisme à peine dissimulé. Ni réellement drôle, ni vraiment touchant, ni pertinent dans son regard générationnel, Lol 2.0 se contente d’aligner des situations creuses et des personnages superficiels, en espérant que la nostalgie fasse le reste. Autant j’ai aimé bien le premier film malgré ses défauts, mais il n’est certainement pas assez culte pour être aussi paresseux. À éviter.

