[CRITIQUE] Tout S’est Bien Passé, de François Ozon

Bouleversant, sincère et juste, Tout S’est Bien Passé résonne comme une ode à la vie et éclaire sur un sujet sensible, avec un humour et une légèreté audacieuse et étonnante. François Ozon évite le pathos et livre un film poignant, ainsi qu’une belle réflexion sur le droit de mourir dignement.

Le pitch : Emmanuèle, romancière épanouie dans sa vie privée et professionnelle, se précipite à l’hôpital, son père André vient de faire un AVC. Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir. Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

Pour son nouveau film, François Ozon (Été 85, Grâce à Dieu, L’Amant Double…) revient avec un récit poignant adapté du roman autobiographique, Tout S’est Bien Passé, d’Emmanuèle Bernheim. Le sujet est difficile alors qu’il confronte deux sœurs face à un père diminué par un AVC qui leur demande de l’aider à mourir dignement. De la demande à la décision ultime, Tout S’est Bien Passé retrace un parcours familial compliqué entre les non-dits, l’amour de deux femmes pour un père qui n’a pas vraiment été à la hauteur tout au long de sa vie. Tout S’est Bien Passé est une ode à la vie sans jamais se départir du sous-texte douloureux qui plane autour des personnages à chaque minute.

Tout S’est Bien Passé aborde le sujet de l’euthanasie ou du suicide médicalement assisté avec beaucoup de pincettes et sans partie pris, pour mieux explorer les démarches et les répercussions d’un tel choix. Grâce à ce père obstiné, l’abandon à la vie se fait avec une douceur surprenante qui vient alléger la lourdeur de la thématique. Le film aurait pu être un mélodrame larmoyant qui s’enlise dans le pathos mais François Ozon choisit une autre direction surprenante, celle de l’humour. Entre lâcher-prise salutaire et égoïsme cinglant, Tout S’est Bien Passé est animé par un franc-parler jubilatoire qui vient habilement désamorcer des moments sombres, pour éviter d’avoir un ton qui se prend trop au sérieux. Finalement, François Ozon signe un film à la fois bouleversant et sincère offrant une réflexion sincère sur le droit de mourir dignement, refusant de voir ce point final comme une fatalité forcément sordide.

Au casting, André Dussollier (Boîte Noire, Mauvaises Herbes, Chez Nous…) est formidable dans son rôle de patriarche qu’on a envie de détester mais dont l’égoïsme piquant offre des moments de légèreté bienvenue. Autour de lui, Sophie Marceau (Mme Mills, Une Voisine Si Parfaite, La Taularde, Une Rencontre…) et Géraldine Pailhas (OVNI(s), La Nouvelle Vie de Paul Sneijder…) forment un duo touchant et accessible dans la façon dont les personnages abordent le choix de leur père. À l’affiche également, Charlotte Rampling (Benedetta, Red Sparrow…), dont le personnage a été rajouté par rapport au livre, Eric Caravaca (Les Éblouis, Ce Qui Nous Lie…) et Grégory Gadebois (Police, Pupille…) jouent les seconds couteaux autour d’un trio agité.

En conclusion, si je ne recommande pas ce film pour les gens qui ont perdu quelqu’un récemment, j’ai trouvé que Tout S’est Bien Passé aborde la question du suicide médicalement assisté avec une justesse lumineuse à travers un drame qui parvient à conserver une légèreté salutaire pour éviter de sombrer. Cependant, l’émotion est bien présente et les mouchoirs sont à garder près de vous durant la séance. À voir.

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