[CRITIQUE] Mon Bébé, de Lisa Azuelos

Le pitch : Héloïse est mère de trois enfants. Jade, sa « petite dernière », vient d’avoir dix-huit ans et va bientôt quitter le nid pour continuer ses études au Canada. Au fur et à mesure que le couperet du baccalauréat et du départ de Jade se rapproche, et dans le stress que cela représente, Héloïse se remémore leurs souvenirs partagés, ceux d’une tendre et fusionnelle relation mère-fille, et anticipe ce départ en jouant les apprenties cinéastes avec son IPhone, de peur que certains souvenirs ne lui échappent… Elle veut tellement profiter de ces derniers moments ensemble, qu’elle en oublierait presque de vivre le présent, dans la joie et la complicité qu’elle a toujours su créer avec sa fille, « son bébé ».

J’aime beaucoup les films de Lisa Azuelos et ses récits de femmes aux facettes multiples et jamais clichées. Je l’ai découverte avec Comme T’y Es Belle ! en 2006, une comédie réjouissante sur un quatuor de femmes différentes, complémentaires, contemporaines, touchantes et drôles : c’est resté un de mes feel-goods movies jusqu’à ce jour (oui, même – et surtout – la scène où les amoureux se mettent à chanter la chanson culte de la comédie musicale Les Dix Commandements !). Puis il y a eu LOL et son duo mère-fille axée sur la romance de 16 à 40 ans, Une Rencontre qui offrait les chemins du possibles à Sophie Marceau et enfin Dalida, un récit tragique et émouvant. Au milieu, il y a même eu une adaptation plutôt moyenne de LOL, aka LOL USA, avec Demi Moore.

Aujourd’hui, la réalisatrice revient avec Mon Bébé. Encore une histoire entre une mère et sa fille, certes, mais suffisamment différente de LOL pour qu’on puisse découvrir cette comédie pétillante avec le sourire, tout en savourant les clins d’œil au premier film solo de Lisa Azuelos. Focalisé sur la relation d’une mère et de sa fille cadette, alors que cette dernière s’apprête à quitter le nid pour aller étudier au Canada, Mon Bébé tisse une relation tendre, presque idéale même à travers une Sandrine Kiberlain en femme ouverte et dans l’air du temps, peut-être un peu trop copine avec sa fille. Sa fille, ce bébé qui fume, qui dit merde, qui câline et qui tombe amoureuse sous le regard à la fois attendri et mélancolique d’une mère qui tente d’immortaliser les moindres souvenirs pour se préparer à son départ. Au-delà de l’éducation très cool qu’on peut voir dans le film, on suit surtout de (très) près une femme qui oscille entre le présent qu’elle tente de faire durer et les souvenirs de sa vie de mère divorcée.

J’ai aimé la façon de Mon Bébé conjugue la vie de femme et de mère de son héroïne, sacrifiant un aspect au service de ses enfants, en mettant l’accent sur la petite dernière évidemment. L’amour et la générosité qui se dégagent du film donne le sourire, réchauffe un peu et donnerait presque envie de faire partie de cette famille moderne et qui brille pourtant par sa « normalité ». En fait, Mon Bébé résonne surtout comme un hommage à ces mères qui donnent tout, bien plus qu’on ne l’imagine, de la meilleure manière possible. Car si l’amour est au centre, notamment à travers les premiers émois de la jeune Jade, Lisa Azuelos laisse filtrer en filigrane le sacrifice de son héroïne qui a mis de coté sa vie sentimentale pour ses enfants, par choix plus ou moins inconscients.
La tonalité du film est légère : Mon Bébé est plutôt court, linéaire et simplement fait pour passer un bon moment avec le sourire. Entre rires et attachements, Lisa Azuelos signe une comédie attendrissante, bien loin du romantisme presque naïf mais réussi de LOL.

Seul bémol pour ma part : les cadrages parfois trop serrés qui oppressent un peu, le réglage de la netteté de l’image est trop approximatif pour être un effet de style et le montage de certaines scènes (l’anniversaire par exemple) est un poil trop saccadé (trop de cut).
D’ailleurs, il faut aussi savoir que Mon Bébé est inspiré par une histoire personnelle, puisque la fille de la réalisatrice est effectivement partie faire ses études au Canada. Ce besoin d’immortaliser chaque souvenir de sa fille a été initié par le fameux Boyhood de Richard Linklater. C’est probablement cette vérité très intimiste qui donne à Mon Bébé cet élan fédérateur, ce regard accessible sur ce tandem mère-fille qui entre rires et conflits conserve un caractère très authentique. Pourtant, malgré ces bons points, le film de Lisa Azuelos n’est pas non plus un film oubliable : c’est un bon film, le genre de ceux qui se regardent et s’apprécie sans effort, certes, mais à la différence de LOL, Mon Bébé est aussi vite vu que digéré. La narration est attendue, sans véritable surprise malgré les multiples émotions traversées, tandis que le fameux syndrome du « nid vide » est à peine effleuré. Certains fils conducteurs sont parfois abandonnés ou laissés en suspens en cours de route, ce qui peut rendre le film incomplet (quid du téléphone ? quid de cette autre sœur, complètement transparente dans la fratrie et qui fait pourtant savoir son ressenti par rapport à l’évident favoritisme de la mère). Si j’ai apprécié la bonhomie et la bienveillance de Mon Bébé, j’ai tout de même trouvé le récit très facile du point de vue des enfants, souvent rudes et ingrats, mais qui se câlinent et font des déclarations d’amour (et d’amitié) plus ou moins explicites dès qu’on amorce le quart d’heure final.

Au casting : Sandrine Kiberlain (Pupille, Quand On A 17 Ans, La Belle et la Belle…) rayonne, comme toujours ! Accessible, émouvante et drôle, l’actrice est l’atout cœur du film, omniprésente mais pas vampirisante, au contraire, elle porte l’ensemble sur ses épaules et donne énormément de chaleur à une histoire qui, objectivement, reste assez banale en soi. À ses cotés, on découvre Thaïs Alessandrin, la fille de Lisa Azuelos, faisant ses débuts sur grand écran – bien qu’on l’ait déjà vu, plus jeune, dans les films de sa mère (Lol, Une Rencontre…) : un choix osé mais qui paye, car elle s’avère très convaincante dans son rôle finement écrit (y aurait-il beaucoup de vécu ? oui !). Autour d’elles, on découvre également Victor Belmondo (petit-fils de…) en grand frère protecteur et parfois coléreux, Camille Claris (Respire…) qui incarne l’autre sœur abandonnée et Mickael Lumière en love interest. L’affiche compte également plusieurs visages connus dans cet ensemble hétéroclite : Kyan Khojandi (Au Revoir Là-Haut…), Arnaud Valois (120 Battements par Minute…), Yvan Attal (L’Île aux Chiens…) et Patrick Chesnais (Demi-sœurs…).

En conclusion, De LOL à Mon Bébé, Lisa Azuelos cultive les relations mère-fille, sans faire du copier-coller, avec tendresse, fraîcheur et, pour le coup, un peu de mélancolie. À voir (avec votre môman ou vos enfants, si vous le pouvez).

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