
Le pitch : Peu après avoir échappé à l’attaque sans merci de la famille Le Domas, Grace découvre qu’elle vient d’atteindre un nouveau niveau dans ce jeu cauchemardesque – et elle aura à ses côtés sa sœur dont elle s’était éloignée, Faith. Elle n’aura qu’une seule chance pour à la fois survivre, protéger sa sœur et revendiquer le Haut Siège du Conseil qui gouverne le monde. Cette fois, quatre familles rivales la traquent pour s’emparer du trône, et celle qui l’emportera aura le pouvoir absolu.
Sorti à la toute fin de l’été 2019, période de l’année où les studios sortent les films sur lesquels ils n’osent pas trop parié (mais un peu quand même, c’est pas comme si c’était la semaine entre Noël et le Nouvel An non plus), le premier Wedding Nightmare avait créé la surprise. Exit les fantômes, les possessions et les ambiances gothiques : ici, tout reposait sur la cruauté humaine, une belle dose d’humour noir et une orgie de sang flirtant joyeusement avec l’absurde. Une proposition simple, mais terriblement efficace, qui avait permis à Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett de se faire un nom, avant de s’attaquer à la résurrection de Scream (2022).
Après un passage un peu chahuté sur la saga, malgré un Scream VI (2023) plus convaincant, et un détour par Abigail (2024), les voilà de retour là où on ne les attendait pas forcément : une suite à Wedding Nightmare. Une idée logique sur le papier… mais pas forcément nécessaire, surtout que ça ajoute à nouveau une suite à leur filmographie, sachant qu’ils réaliseront également le revival de la franchise La Momie en 2028 (oui oui, celle avec Rachel Weisz et Brendan Fraser).

Car Wedding Nightmare : Deuxième Partie reprend exactement là où le premier film s’arrêtait : sur les marches du perron, avec une Grace en robe de mariée ensanglantée, encore sous le choc. Après un rapide rappel des faits pour celles et ceux du fond qui n’ont pas suivi, le film relance très vite la machine en introduisant de nouveaux antagonistes… et surtout en élargissant considérablement son univers. À la manière d’un John Wick, le film passe d’un concept simple et contenu à une mythologie plus grande : plusieurs familles richissimes, un pacte avec le mystérieux M. Le Bail, une sorte de trône et à la clé, un pouvoir quasi absolu sur le monde. Rien que ça. Une montée en puissance qui, sur le papier, promettait d’ouvrir le récit… mais qui, dans les faits, lui fait surtout perdre ce qui faisait sa force et un peu de sa suspension d’incrédulité. À la grande joie (non) de l’héroïne, et de sa soeur fabriquée de toute pièce pour l’occasion, c’est reparti pour une traque jusqu’à l’aube.

Parce que oui, très vite, un sentiment de déjà-vu s’installe. Là où le premier film brillait par sa fraîcheur et son absurdité assumée, cette suite donne l’impression de recycler ses propres idées. Même mécanique, mêmes archétypes, mêmes dynamiques : des riches déconnectés et glaçants face à une héroïne devenue, certes, plus aguerrie… mais toujours coincée dans la même boucle.
Résultat : la chasse à l’homme la femme perd en saveur. L’effet de surprise s’évapore, remplacé par une sensation de répétition assez pesante. Le film reste divertissant, notamment grâce à son humour noir teinté de cruauté et ses excès gore, mais il ne percute plus de la même manière. D’ailleurs, plus besoin d’attendre la fin du film pour voir des gens exploser à l’écran. En multipliant ses antagonistes, le film pense ajouter plus de relief à ses enjeux, mais en réalité, on reste sur les mêmes personnalités froides, opportunistes voire horripilantes qui ne font qu’accentuer l’empathie qu’on peut ressentir pour les héroïnes. Et surtout, maintenant qu’on sait que M. Le Bail existe, cela retire l’once de mystère qui subsistait dans le premier opus.

L’autre problème vient de ce choix d’élargir l’univers. En ancrant davantage son récit dans une réalité « globale », le film soulève malgré lui beaucoup de questions qu’il n’a aucune intention de traiter. Et ce qui passait pour une fable cynique et absurde dans le premier opus devient ici… un peu bancal (même si entre nous, ça ne m’étonnerait pas qu’un ou deux milliardaires et autres personnalités connues puisent leurs succès dans l’occulte).
D’autant que le film glisse ponctuellement vers quelque chose de plus frontal, voire dérangeant, notamment dans une séquence où la sœur de Grace est violemment agressée. Une scène qui tranche brutalement avec le ton jusque-là détaché et presque ludique du film. Là où la violence était auparavant désamorcée par l’absurde et la déshumanisation de Grâce du point de vue de ses chasseurs, elle devient ici trop concrète et trop gratuite. Une fausse note qui casse le contrat implicite avec le spectateur. Et pourtant… tout n’est pas à jeter.

C’est dans son dernier tiers que Wedding Nightmare : Deuxième Partie retrouve un semblant de second souffle, comme s’il se rappelait soudain qu’il avait instaurer de nouvelles règles au début. L’ensemble retrouve un peu de son énergie, jusqu’à un final qui, sans révolutionner quoi que ce soit, s’avère plutôt satisfaisant. Cela arrive tard (trop tard ?) mais cela réveille une trame qui, jusque là, tournait en rond. Mais soulève une question, en dehors du film : Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett sont-ils réellement capables d’originalité ? Après tout, Abigail était porté par la même énergie ostentatoire et sanglante, et ce n’est pas avec un énième film La Momie qu’on verra les réalisateurs proposer quelque chose de nouveau.
En réalité, la seule différence singulière dans cette suite, c’est que le film se paie des têtes d’affiche notables et cela ajoute un peu de sel à l’ensemble. Les clins d’oeil à Buffy contre les Vampires et au Seigneur des Anneaux sont discrets mais présents, histoire de satisfaire ceux qui ont été attiré en salles par la présence de Sarah Michelle Gellar et d’Elijah Wood dans le film. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett se reposent bien plus sur les performances du casting principal, sans lesquelles Wedding Nightmare : Deuxième Partie serait un puit d’ennui sans fond.

Au casting justement, on retrouve Samara Weaving (Nine Perfect Strangers, Babylon, Scream 6…) et, comme dans le premier opus, elle livre une performance conquérante qui rend son personnage vraiment accrocheur et accessible, qu’on adore (peut-être sadiquement) voir enragée et déterminée. Face à elle, Kathryn Newton (Abigail, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Freaky…) apporte une dynamique intéressante dans le rôle de la sœur, même si son introduction paraît un peu forcée au regard du premier film.

Comme dit plus haut, Sarah Michelle Gellar (Souviens-Toi L’Été Dernier, Si Tu Me Venges…) et Elijah Wood (The Monkey, Le Dernier Chasseur de Sorcière…) sont de la partie, l’une jouant une héritière déterminée et caustique, l’autre étant littéralement l’avocat du diable, chacun livrant des performances correctes. Autour d’eux, pas mal de personnages interchangeables incarnés par Shawn Hatosy (The Pitt, Chicago P.D….), Néstor Carbonnell (The Rip, The Morning Show…), Olivia Chen ou encore Dan Beirne (L’Institut, Gen V…), tandis que Kevin Durand (Locke and Key, La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume…) fera un passage… explosif (hihi). La vraie (bonne) surprise reste tout de même d’avoir le réalisateur David Cronenberg (Les Linceuls, Les Crimes du Futur…) dans le film !

En conclusion, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett livrent une suite qui a clairement les yeux plus gros que le ventre. En voulant élargir son univers, Wedding Nightmare : Deuxième Partie perd une bonne partie de sa fraîcheur et s’enferme dans une répétition énergique mais globalement un peu paresseuse. Heureusement, un dernier acte plus inspiré et une Samara Weaving toujours aussi solide permettent au film de rester à flot. Pas désagréable, mais loin de la surprise du premier. À voir.

