[CRITIQUE] Doubles Vies, d’Olivier Assayas

Le pitch : Alain, la quarantaine, dirige une célèbre maison d’édition, où son ami Léonard, écrivain bohème publie ses romans. La femme d’Alain, Séléna, est la star d’une série télé populaire et Valérie, compagne de Leonard, assiste vaillamment un homme politique. Bien qu’ils soient amis de longue date, Alain s’apprête à refuser le nouveau manuscrit de Léonard… Les relations entre les deux couples, plus entrelacées qu’il n’y paraît, vont se compliquer.

Après les récents Sils Maria et Personal Shopper qui flirtaient avec des ambiances mystiques, voire presque paranormales, Olivier Assayas s’essaie à nouveau à un autre genre, plus léger sur la forme, à travers le film Doubles Vies. Comédie curieuse à l’extérieur atypique : entre l’affiche dessinée et la photographie grainée (et vieillotte) d’un film tourné sur pellicule, Doubles Vies semblait tranquillement se diriger vers le film intello-bourgeois où les personnages s’écoutent penser à voix haute en vomissant des poncifs éculés sur la société d’aujourd’hui. En tout cas, c’est un peu l’impression que ce film me donnait et les premières minutes m’ont vraiment fait douter sur l’ensemble.

Et pourtant, derrière son aspect un poil austère, le film d’Olivier Assayas tisse une histoire intéressante et attrayante, autour d’un quatuor de littéraires, communicants et autres formes de medium contemporains qui disserte autour du poids du numérique sur leur métier : le livre papier vs le e-book, la transformation des médias face aux flux sans filtre des informations web. Doubles Vies propose une réflexion pleine de questionnements sensés, entre observation et adaptation (ou capitulation), à travers une génération qui subit le changement d’époque. Olivier Assayas parvient à éviter, justement, le ton moralisateur et ne cède pas à la caricature facile, au contraire. Et si l’ensemble ne prend finalement aucun partie, il a le mérite de creuser une opinion creusée et ouverte, sans faire passer ses personnages pour des vieux schnocks dépassés.

En parallèle, et c’est là que Doubles Vies devient vivant, c’est qu’à travers ses nombreux questionnements sur le numérique, de son authenticité à sa fiabilité (ou le manque de), le film se tisse autour de personnages qui s’accrochent à une réalité criblée de mensonges, de secrets et de faux semblants. Alors qu’en surface, internet semble être le grand méchant loup qui corrompt tout ce qui bouge, Olivier Assayas met en scène l’humain qui, avec ou sans internet, ne peut s’empêcher de tricher. Cocasse et agréable, Doubles Vies observe ses destins croisés avec un regard amusé dans une tranche de vie sympathique et animé par des personnages aboutis. L’esprit vieillot du film sied à ce quatuor entre deux âges, sans pour autant cloisonner sa cible : Olivier Assayas propose une histoire accessible et légère qui se laisse gentiment oublier tandis que la réflexion du réalisateur (et scénariste) sur ce monde qui bouge et ces Hommes qui le font bouger, volontairement ou nom, perdure dans une discussion qui reste ouverte. En effet, à travers son sujet double, Doubles Vies met en évidence une réalité peu reluisante : les nouveaux moyens de communication seraient-il que le reflet d’hommes et de femmes de moins en moins… fiables ? honnêtes ? intelligents ?

Au casting et à l’image de son film, Olivier Assayas choisit des acteurs intergénérationnels : Guillaume Canet (L’Amour Est Une Fête, Le Grand Bain, Cézanne et Moi…) prouve qu’il peut encore jouer sans laisser son égo surdimensionné envahir son personnage, parvenant même à éviter la suffisance qui pendait au nez de celui-ci, ce qui le rend plus sympathique ; Juliette Binoche (High Life, Telle mère, telle fille, Ghost In The Shell…) et Vincent Macaigne (Le Sens de la Fête, Marvin ou La Belle Education…) apporte cœur et souplesse à une trame parfois trop sérieuse, tandis que Nora Hamzawi (Boule et Bill 2…) vient réchauffer l’ensemble avec son personnage au caractère impétueux. Autour d’eux, Christa Théret (Gaspard Va Au Mariage…) apporte une touche de jeunesse bienvenue.

En conclusion, Olivier Assayas change de registre et propose un objet à l’apparence poussiéreuse qui pourrait bien en rebuter plus d’un. Pourtant, derrière la pellicule grainée et l’ombre vieillissante du monde littéraire, Doubles Vies propose une comédie humaine, curieuse et à la réflexion intéressante. Peut-être un peu vain dans l’ensemble, mais tout de même charmant et conquérant. À voir.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s