Les Yeux Jaunes des Crocodiles : Aussi assommant que le livre

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Plat et très lent, Les yeux jaunes des crocodiles est un parfait copier-coller du livre de Katherine Pancol (tout aussi plat et lent). Cécile Telerman parvient à donner vie à des personnages aussi fades à l’écrit que sur grand écran, dans cette tranche de vie ordinaire et pourtant curieuse. Finalement, l’adaptation est si fidèle que je n’arrive toujours pas à m’attacher à cette héroïne / victime / imbécile heureuse qui ne cesse de pleurnicher toutes les cinq minutes, ni à ses proches tous aussi insipides les uns que les autres. Certes, Cécile Telerman a su faire des coupes utiles dans le scénario pour rendre l’histoire un tantinet plus dense, mais si vous n’avez pas lu le livre, certains détails sont survolés ou éludés, ce qui rend le film finalement assez bancal et incomplet.

Le pitch : Deux sœurs que tout oppose. Joséphine, historienne spécialisée dans le 12e siècle, confrontée aux difficultés de la vie, et Iris, outrageusement belle, menant une vie de parisienne aisée et futile. Un soir, lors d’un dîner mondain, Iris se vante d’écrire un roman. Prise dans son mensonge, elle persuade sa sœur, abandonnée par son mari et couverte de dettes, d’écrire ce roman qu’Iris signera, lui laissant l’argent. Le succès du livre va changer à jamais leur relation et transformer radicalement leurs vies.

Le livre de Katherine Pancol a connu un certain succès au moment de sa sortie en 2006, tout comme les suites La Valse Lente des Tortues en 2008 et Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi en 2010 (autant de titres aussi alléchants que le contenu des livres, notons-le), et entre aujourd’hui dans le panthéon des « œuvres » littéraires adaptées au cinéma, suivant le parcours du film La Délicatesse de David Foenkinos, lui-même auteur du roman éponyme. (Cette comparaison n’est pas anodine, car ces deux livres narrent des tranches de vie monotones et très passives, dont le semblant de réalisme a réussi à émerveiller les foules, allez savoir pourquoi. Les livres de Marc Lévy sont des thrillers palpitants à coté, m’enfin bon…)

Cécile Telerman réussit à parfaitement transposer les différentes histoires du livre dans le film. Si bien, d’ailleurs, que le film est tout aussi navrant. Les Yeux Jaunes Des Crocodiles est l’histoire simple d’une femme ordinaire qui voit sa vie chamboulée par l’égoïsme de son entourage. Le problème c’est que si son entourage est détestable pour différentes raisons, l’héroïne détient probablement la palme du personnage le plus agaçant jamais écrit. Toujours victime, constamment entrain de geindre ou de pleurer, cette Joséphine (encore une !) n’en a jamais assez de se faire marcher dessus et joue tellement les martyres qu’au lieu d’attirer notre compassion, on aurait plus tendance à avoir envie de la secouer et de lui en coller une bonne pour la faire réagir.

Au-delà de ces personnages tous aussi antipathiques les uns que les autres, Cécile Telerman suit scrupuleusement la trame du livre, sans jamais vérifier sa cohérence. En effet, si la réalisatrice (co-scénariste du film) nous épargne des pages et des pages sans intérêt, certaines coupes ou absences d’explication rendent le film bancal et confus, tandis que les scénettes, contenant les meilleurs passages du livre, se succèdent passivement. Si vous n’avez pas lu le livre, vous serez sûrement perdu au milieu de tous ces personnages, car s’ils finissent tous par trouver leur place dans le roman, quand il s’agit du film certains sont carrément obsolètes (l’histoire autour du beau-père, par exemple). Cécile Telerman adapte Les Yeux Jaunes Des Crocodiles sans aucune conviction ni originalité, se contentant de transformer les chapitres en film avec une mise en scène plutôt scolaire. Le seul point positif, c’est que la réalisatrice explore plus franchement les sentiments amoureux qui traversent l’histoire, là où Katherine Pancol faisait preuve d’une mièvrerie plutôt agaçante. En dehors de ça, c’est l’ennui total.

Au casting, il faut saluer la perspicacité dans le choix des deux actrices principales : Julie Depardieu (Libre Échange, Possessions…) trouve un rôle sur-mesure et incarne parfaitement cette héroïne au nez rouge, victime de la méchanceté du monde (bouh-ouh). En face, Emmanuelle Béart (Mes Stars et Moi, Bye bye Blondie…), elle-aussi trouve chaussure à son pied dans ce rôle de femme opportuniste, gâtée et creuse. Jacques Weber (Mauvaise Fille…), Samuel Le Bihan (Cornouaille…), Karole Rocher (Polisse…) et Edith Scob (Holy Motors…) livrent tous des performances qui piquent un peu les yeux, tant ils frôlent bien souvent l’amateurisme.
Seuls Patrick Bruel (Le Code A Changé, Le Prénom…) et Alice Isaaz (La Crème de la Crème…) réussissent à nous surprendre, tous deux excellents dans des rôles très complexes, l’un incarnant un homme las, aussi généreux qu’étrangement distant, tandis que l’autre est parfaite dans ce rôle de gamine tête-à-claque et hypocrite.

En conclusion, Cécile Telerman livre une œuvre froide, plate et barbante, gâchée par un manque de personnalité et d’inspiration. C’est simple : si vous avez aimé Les Yeux Jaunes du Crocodiles le livre, cette adaptation devrait vous plaire. Si vous ne l’avez pas lu ou que vous n’avez pas aimé le livre, passez votre chemin.

Pourquoi ?

Pourquoi ?

2 réflexions sur “Les Yeux Jaunes des Crocodiles : Aussi assommant que le livre

  1. Peut-être que ce bouquin te semble  » plat et lent  » parce-que tu n’en a pas compris le sens. Déjà, l’héroïne Joséphine ne se positionne en rien en victime puisqu’au contraire, sa confiance en elle inexistante fait que, bien loin de se positionner en victime, encore moins de s’apitoyer, la série de mauvais traitements (de plus ou moins faibles ou forts degrés) qu’elle subit tout au long de la trilogie lui apparaît comme étant totalement normale voire acceptable, même si elle tend à se rebeller au fur et à mesure. Alors certes, elle se conforte peut-être dans un statut dont elle n’arrive pas à se défaire – ce qu’on peut raisonnablement concevoir au vue de son histoire -, mais pleurnicher toutes les 5 minutes, non, en aucun cas, c’est très réducteur pour l’héroïne, qui, si on lit entre les lignes, n’a de cesse de se battre contre son apparente fragilité, même si il lui faut parfois un coup de pouce de la part de certains des personnages
    Personnellement je n’ai pas beaucoup apprécié le film et adoré le livre, mais si ces  » tranches de vies monotones et passives  » récoltent un tel succès, faut peut-être se poser quelques questions avant de formuler une critique d’une rare arrogance

    • Bonjour, Il y a une petite confusion entre la critique du livre et la critique du film. Car oui, dans le livre, Joséphine subit tout ce qui lui arrive, dans le film l’actrice est particulièrement geignarde et c’est ça qui m’a le plus agacé. Quand vous parlez de lire entre les lignes, il faudrait commencer par lire les lignes tout court 😉
      Et pour finir, oui ces « tranches de vies monotones et passives » récoltent un vrai succès, c’est le principe de ce qu’on appelle des romans de gare, de la lecture facile et moyenne, qui distrait vaguement le temps d’un trajet. Ce n’est pas nouveau, mais ça ne veut pas dire que c’est bien. Le succès n’est pas seulement synonyme de qualité mais aussi de curiosité et d’habitude. Il n’y a qu’à voir le « succès » d’un film qui se définit plus souvent par sa place au box office que par la critique générale des spectateurs.
      Arrogante, moi ? Peut-être. Polie, toujours (et ça commence avec un bonjour). Bonne journée 🙂

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