[CRITIQUE] Suite Française, de Saul Dibb

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Lent et monotone, Suite Française est un drame sans surprise, coincé entre le film de guerre et des histoires de cœurs peu inédites. Si les acteurs réussissent à susciter de l’intérêt, le film de Saul Dibb reste linéaire et souffre d’une atmosphère souvent trop solennelle et amorphe. Suite Française laisse une impression mitigée, certes on ne s’ennuie pas mais ce n’est pas vraiment l’extase non plus.

Le pitch : Été 1940. France. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’oeil inquisiteur de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

Adapté d’une saga littéraire homonyme d’Irène Némirovsky, Suite Française tisse les destins croisées de différents personnages pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans un village français. Dans un climat oppressant, engendré par la violence d’une guerre qui fait rage, le film se focalise sur une héroïne contrainte de vivre sous la houlette d’une belle-mère sévère. Leurs désaccords vont rapidement passer au second plan avec l’arrivée des Allemands qui vont petit à petit semer le trouble dans le village. L’adaptation de Saul Dibb (The Duchess, 2008) va rapidement délaisser le parcours des personnages secondaires pour n’en faire vivre qu’une poignée, centrée autour d’une romance interdite entre notre héroïne et un soldat allemand.
Entre minauderies et regards énamourés, Suite Française étire une intrigue principale prévisible, rehaussée par des quelques rebondissements qui sauvent le film de l’ennui, notamment grâce à un mensonge qui va rapidement prendre des proportions énormes. Alors que la guerre divise, les personnages ne cessent de se juger et de se trahir, oubliant le destin de leur pays au profit de leurs conforts personnels. C’est grâce à ces actes égoïstes que le film va rapidement être rattrapé par la cruauté de la guerre et la froideur sans concession des soldats Allemands, ce qui va apporter plus de piquant à une trame trop souvent endormie et sirupeuse.
Finalement, la romance entre nos héros, aussi mignonne soit-elle, a bien dû mal à vivre, face à un contexte bien plus vibrant et plus intéressant. On a donc plus envie de savoir ce qu’il va arriver aux « traîtres » et à ceux qui, petit-à-petit, amorceront un début de résistance. Le hic, c’est que l’amour étant en première place dans le film, Suite Française n’arrive pas à équilibrer ses intrigues et livrent un film monotone, qui se suit facilement sans pour autant captiver.

Si le film de Saul Dibb accuse pas mal de longueurs et un rythme inégal, il parvient toutefois à maintenir une atmosphère tendue, notamment en misant sur la présence ambiguë des soldats Allemands qui viennent à chaque fois tirer une nouvelle ficelle toujours plus dramatique. Suite Française offre un visuel soigné, entre une photographie aux tons froids et des prises de vues ravissantes, jouant avec les couleurs et la lumière. Autant de qualités qui permettent au film de maintenir l’intérêt de son public, en proposant autre chose qu’une simple amourette impossible.

Au casting, Michelle Williams (Le monde fantastique d’Oz, My week with Marilyn…) tire la tronche du début à la fin de façon plutôt agaçante et le manque d’alchimie avec son partenaire, un Matthias Schoenaerts (Quand vient la nuit, De Rouille et d’os…) pourtant impressionnant, ampoule une romance trop peu crédible. À leurs cotés, se déroule un tapis rouge remarquable : Kristin Scott Thomas (Only God Forgives, Dans la maison…) aurait mérité d’être plus mise en avant, tout comme Ruth Wilson (The Affair, Lone Ranger, Dans l’ombre de Mary…), Lambert Wilson (Barbecue, Nature…) et surtout Margot Robbie (Diversion, Le Loup de Wall Street…) qui passe quasiment à la trappe, tandis que Sam Riley (Maléfique, Sur la route…) s’en sort à merveille.

En conclusion, Suite Française propose un drame plutôt fantasmé, tissé autour d’une romance impossible et déjà vue qui prend bien trop de place. Si l’intrigue se perd dans un tableau assombri par la Seconde Guerre Mondiale, le film de Saul Dibb est rattrapé de justesse par l’égoïsme des personnages qui vont provoquer de nombreux rebondissements. Ni bon, ni mauvais, Suite Française se regarde sans passion et laisse une impression d’inachevé. À tenter…

1 kilomètre à pied, ça useuh, ça useuh...

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