[CRITIQUE] Five, d’Igor Gotesman

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5 potes dans le vent, un rêve commun et une combine qui tourne mal… Le premier film d’Igor Gotesman propose un cocktail détonnant de rire et de bonne humeur. Le hic c’est qu’en en faisant des caisses niveau coolitude et en se réfugiant dans un humour trop souvent régressif, Five finit surtout par être très fatiguant et user son capital sympathie. Du coup, on se marre quand même, au début, mais le manque de profondeur de l’ensemble finit par plomber l’énergie du film qui tourne un peu en rond, frôlant la suite de sketchs sans fin. Dommage, car la fraîcheur de ce casting pêchu donnait vraiment envie.

Le pitch : Cinq amis d’enfance rêvent depuis toujours d’habiter en colocation. Lorsque l’occasion d’emménager ensemble se présente, Julia, Vadim, Nestor et Timothée n’hésitent pas une seule seconde, surtout quand Samuel se propose de payer la moitié du loyer ! A peine installés, Samuel se retrouve sur la paille mais décide de ne rien dire aux autres et d’assumer sa part en se mettant à vendre de l’herbe. Mais n’est pas dealer qui veut et quand tout dégénère, Samuel n’a d’autres choix que de se tourner vers la seule famille qu’il lui reste : ses amis !

Pour son premier film, Igor Gotesman choisit une recette efficace : l’infaillible bande de potes super clichée, fraîche et djeunz, embarquée dans une intrigue fleurant bon la marie-jeanne et l’entourloupe pour prodiguer un peu d’action pour dynamiser une ensemble superficiel (mais rigolo), le tout saupoudré d’une bande-originale tendance sur laquelle s’invite le rappeur à la mode Nekfeu… et le tour est joué (bouclé par une tournée proactive des acteurs avant la sortie du film). Five est une comédie printanière bien ancrée dans son époque, habitée par des personnages attachants et le rêve d’une belle amitié inébranlable qui unit ces grands gamins à la vie à la mort. Le film s’attache à poser une ambiance ultra légère où rien n’est vraiment sérieux, dans une vie où tout semble glisser comme sur un nuage, même lorsque le héros voit son père lui tourner le dos. En même temps, pourquoi s’inquiéter quand on a de l’herbe à ne plus savoir qu’en faire, n’est-ce pas ? Pendant qu’Igor Gotesman tente de nous enfumer entre deux pétards, Five s’essouffle bien rapidement. Déjà parce que le film entretient un mystère travaillé sur ses personnages que rien ne semble lier à part le scénario, ensuite parce que les rebondissements se succèdent, toujours plus gros que les précédents, avec des faux airs d’entourloupe inventés sur un coin de table et validés parce que ça a fait marrer les copains quand ils ont lu le script. Le tout est saupoudré généreusement de vannes grasses, constamment sous la ceinture et si le ton décomplexé amuse au début, à la longue cela devient juste gonflant de voir chaque scène perdre de son semblant de crédibilité avec une pirouette ou vanne potache qui ferait à peine ricaner des collégiens.

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Si l’ambiance régressive de Five finit par rebuter, c’est aussi parce qu’Igor Gotesman passe à coté du potentiel de ses personnages pour mieux les enfoncer dans des clichés superficiels (mais qui marchent souvent). Qui sont ces gens ? Que font-ils dans la vie (à part mentir, fumer, s’envoyer en l’air et… c’est tout) ? Malgré une intro un poil dramatique (je me suis même demandée si je ne m’étais pas trormpée de salle) et de quelques sous-intrigues plus ou moins sérieuses (l’errance de l’adulescent, la consommation de drogue, la rupture parentale, être en couple dans un groupe d’amis et, évidemment, trouver l’amour et le garder…), Five se raccroche à l’humour et ses rares moments de lucidité sont si téléphonés et « joués » qu’on n’y croit pas une minute. Difficile d’aller au-delà des apparences tant Five s’acharne à nous embarquer dans une simili-course contre la montre (du LOL) qui arrive bien tardivement, et grossièrement, pour que nos héros puissent échapper à la colère des gros méchants à qui ils ont acheté de la drogue.
Five ressemble à un long sketch interminable qui n’en finit plus de gonfler son intrigue jusqu’à un final aussi facile que le traitement global. Igor Gotesman signe une comédie qui trouvera certainement son public, mais personnellement je trouve l’ensemble bien trop light et bas de plafond pour être réellement divertissant (et éventuellement trouvé un public plus large, dirons-nous). Passé 14 ans, voir des gens se péter à la tronche ou déféquer sur le paillasson du voisin, ça ne me fait plus autant rire… Surtout qu’au final, Five cherche juste à vendre du rêve à peine voilé par un happy-end over-the-top qui finit juste de prendre son public pour un con (appelons un chat, un chat).

Au casting, Five mise sur sa figure de proue, j’ai nommé Pierre Niney (Un Homme Idéal, Yves Saint Laurent, 20 Ans d’Écart…), dont le talent s’étouffe dans cet ensemble trop criard. À ses cotés, un cortège de caricatures ambulantes, donc j’en profite pour ressortir mon langage fleuri (mais soft, vu qu’on est là pour se marrer) : François Civil (Made In France, Catacombes…) joue les teubés de services qu’on va quand même kiffer parce qu’il est mignon et naïf, Margot Bancilhon (Nous Trois Ou Rien…) écope d’un personnage constamment énervée pour éviter de passer pour la potiche (mais bon…), Idrissa Hanrot est totalement accessoire et Igor Gotesman s’offre un rôle bien relou. Mais alors bien bien relou. Le personnage le plus relou du film en fait.

En conclusion, Five a tout l’attirail de la comédie sympa et moderne, adaptée à un public jeune : personnages légers, blagues potaches entre deux-trois pétards. Le tout contribue à offrir une vision idéalisée d’une génération cool et pro de la glandouille, où rien n’a vraiment de conséquences, que ce soit la consommation de drogues (avec le cliché qui passe bien : drogue = fun) ou les risques encourus en se lançant dans le trafic… mais pourquoi s’embêter avec tout ça, puisqu’Igor Gotesman souhaite juste se marrer avec un premier film fastoche et rigolo, survendu avec un cast trop interchangeable où même Pierre Niney y perd une partie de son charme. À tester.

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