[CRITIQUE] The Witch, de Robert Eggers

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Après quasiment un an à saliver d’impatience devant la bande-annonce, j’ai enfin eu l’occasion de découvrir le mystérieux The Witch, le premier film de Robert Eggers, qui annonçait un vent de renouveau dans un genre horrifique de plus en plus formaté. À l’arrivée, The Witch tient partiellement ses promesses en entretenant une atmosphère lugubre autour d’une famille ultra pieuse ébranlée dans sa foi, entre ésotérisme et horreur glacée. L’image est soignée, la musique prend sournoisement aux tripes et les personnages sont convaincants. Malheureusement, si The Witch parvient à captiver grâce à son étrangeté, coté narration le film traîne en longueur et met bien trop de temps à tisser une intrigue de plus en plus lassante où l’angoisse penche trop souvent vers l’ennui. Dommage, c’était vraiment bien parti.

Le pitch : 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

Après une présentation au Festival du film de Sundance en janvier 2015, puis au fameux TIFF en septembre de la même année, The Witch a su faire parler de lui courant 2015. A l’époque, aucune date de sortie n’était prévue en France, ce n’est qu’après le Festival du Film Fantastique de Gérardmer en janvier 2016 qu’Universal s’est approprié les droits du film. Autant dire que les premiers pas du jeune réalisateur Robert Eggers ont été très remarqués, ce qui n’a fait qu’aiguiser mon impatience.

Dès les premières minutes, The Witch pose un décor oppressant et glauque, niché dans les années 1630 aux moeurs désuètes et l’oeil focalisé sur une famille très religieuse et isolée prêt d’une forêt déjà peu engageante (comme toute bonne forêt qui se respecte). Robert Eggers installe une atmosphère angoissante à travers une bande-originale lancinante rappelant les films d’angoisse old school et déjouant les habitudes actuelles du genre, tout en soignant une photographie à la fadeur maîtrisée qui s’obscurcit de minutes en minutes. Entre religion, ésotérisme et exclusion, The Witch s’épaissit d’un mystère quasi palpable et frissonnant qui captive instantanément. Le piège est plutôt bien ficelé et semble fonctionner à merveille tandis que les personnages se dévoilent avec la retenue conférée par leur époque et leur croyance. De plus, le parallèle indéniable entre le film et la fameuse série La Petite Maison Dans La Prairie (jusqu’au papa coupeur de bois compulsif) amuse : Robert Eggers explore l’obsession religieuse opposée à la nature si humaine de ses personnages avec un regard circonspect sur leur légitimité, avant de les faire sombrer dans les recoins les plus sombres de leur dévotion aveugle.

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Malheureusement, plus le film de Robert Eggers avance et plus l’expectative se mue en curiosité passive. J’avais envie d’avoir les réponses, mais l’excitation est rapidement retombée face à ces querelles familiales qui explosent par ci par là, sans réellement faire grimper la tension. The Witch traîne en longueur, étirant des scènes froides entrecoupée de dialogues à demi-mots ou dénués de sens, s’éloignant certes des traitements classiques sans pour autant parvenir à intéresser. Si au début, la narration inspirée du film intrigue, le flou artistique qui plane sur cette petite famille tarde à donner des réponses satisfaisantes. Résultat, The Witch déçoit.
Un film d’horreur doit savoir trouver le juste équilibre entre le suspens et l’angoisse pour être efficace et plaire à un public relativement voyeur qui, généralement, à besoin de voir ou de comprendre pour croire. Bien que le style appliqué de Robert Eggers dénote des films d’horreur actuels, trop souvent formatés et blindés de jumpscares, le fait de jouer trop souvent avec les nerfs de son spectateur finit par l’insensibiliser. On se lasse, on attend et quand The Witch se termine enfin après une loooooooongue heure et demie, c’est pour se boucler dans un final énigmatique et lunaire, auquel on ne pige pas grand chose au-delà d’une exposition sommaire des faits.

Au casting, il y a peu de visages connues mais de belles performances. Kate Dickie (Game Of Thrones, Prometheus…) et Ralph Ineson (Harry Potter, Les Gardiens de la Galaxie, Kingsman – Services Secrets…) livrent une interprétation convaincante, mais c’est surtout Anya Taylor-Joy qui s’impose comme la découverte du film :  avec son jeu aussi innocent que troublant, la jeune actrice porte le film sur ses épaules.

En conclusion, si The Witch intrigue grâce à une esthétique léchée et une ambiance lugubre qui sauvent le film du désastre, l’ensemble manque d’un dynamisme certain. Robert Eggers maîtrise visiblement les codes du genre horrifique en tant que réalisateur mais, concrètement ses talents de scénariste sont à peaufiner : l’histoire met beaucoup trop de temps à se mettre en place et la tension est trop égale tout au long du film. Du coup, même si The Witch attise la curiosité, on est loin des frissons espérés. À tenter.

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] The Witch, de Robert Eggers

  1. Sorcières hystériques + famille pieuse : le résultat est très décevant, The Witch ne fait pas vraiment frissonner… Heureusement, très jolie esthétique, au moins ça passe le temps.

  2. Sorcières hystériques + famille pieuse : le résultat est pour un film très décevant qui ne fait pas vraiment frissonner… Heureusement, très jolie esthétique, au moins ça passe le temps.

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