[CRITIQUE] The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn

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3 ans après l’époustouflant Only God Forgives, Nicolas Winding Refn est de retour avec un thriller dérangeant à l’esthétique léchée, présenté il y a quelques semaines au Festival de Cannes. The Neon Demon explore le culte de la beauté dans sa dimension la plus superficielle où l’envie et la jalousie cultive des ambitions obscènes, explosant les pires travers humains. Si le résultat reste captivant, Nicolas Winding Refn se prend à son propre piège : The Neon Demon s’évapore de minute en minute, cédant à une narration creuse qui repose uniquement sur l’aspect visuel du film, certes incroyablement beau et réussi, mais insuffisant. Déçue, je suis.

Le pitch : Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

Nicolas Winding Refn est aujourd’hui un nom dont on se souvient, surtout grâce au succès du film Drive, dont le premier rôle était tenu par Ryan Gosling. Pourtant, avant Drive, il a réalisé sa trilogie violente Pusher, ainsi que le méconnu Valhalla Rising, mais surtout, en 2013, j’ai été complètement retournée par le film Only God Forgives qui est, pour moi, son meilleur film. Dire que j’attendais impatiemment The Neon Demon serait un léger euphémisme.

Pour son nouveau film, Nicolas Winding Refn change de registre et explore un univers apparemment plus féminin, seyant pourtant à son goût prononcé pour la perfection esthétique. A première vue, ce choix détonne dans sa filmographie, mais au-delà de son sujet a-priori léger, The Neon Demon dépeint un monde sordide où les apparences les plus douces et les plus glamours cachent en vérité des horreurs aussi sombres, voire pires, que le quotidien de gangsters ou de guerriers. À travers les débuts d’une jeune femme en tant que mannequin, The Neon Demon utilise sa fraicheur pour révéler les ambitions de ses personnages, tous attirés par son innocence, sa beauté et sa jeunesse. De la mode à Hollywood, il n’y a qu’un pas et Nicolas Winding Refn dépeint le culte de l’apparence avec une exactitude froide et envoûtante, qui colle parfois des frissons, non pas parce que le film fait peur (ce n’est pas le cas), mais parce qu’il met à nu des traits de caractères typiquement humains et carrément laids. De ceux qui admirent la beauté à ceux qui rêvent d’en profiter, les personnages de Nicolas Winding Refn tournent autour de l’héroïne avec une avidité fascinante, que l’on observe avec une curiosité teintée de voyeurisme en attendant le moment l’un d’eux passera à l’acte. Là où le film évite de sombrer dans le cliché, c’est en traitant son héroïne avec intelligence. Au-delà de son image d’orpheline belle et fragile, The Neon Demon dresse le portrait saisissant d’une jeune femme consciente de son pouvoir d’attraction, tandis qu’elle perd peu à peu de sa fraîcheur en révélant son vrai visage, entre narcissisme et vanité.
Lentement, Nicolas Winding Refn installe son propos à travers une intrigue qui met finalement du temps à aboutir, tournoyant autour de la beauté aussi bien physique que conceptuelle, oscillant entre l’admiration et l’étalage de savoir-faire. Du parcours de son héroïne finalement pas si innocente, à ses rencontres successives, le film se pose comme un témoin générationnel d’une époque moderne où la superficialité et les connexions sociales priment plus que le talent en lui-même, tout en imageant à l’extrême (?) les risques qu’une telle ascension suscite. Au-delà de ses personnages, The Neon Demon cristallise les vices et les tourments de ses victimes, allant de la jalousie la plus verte à l’envie la plus dévorante, faisant de son héroïne un objet de désir malsain pour lequel chacun perd de vue son humanité. Sordide, mais pourtant prenant, The Neon Demon captive grâce à son univers déroutant à la plastique superbe.

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En effet, le point fort du film réside dans son aspect visuel : de la photographie à la mise en scène, The Neon Demon est d’une beauté hallucinante, que ce soit pendant des séances photos extraordinaires ou des plans tout simplement fantastiques. Ce n’est pas vraiment une surprise, car Nicolas Winding Refn est connu et attendu pour son sens artistique, mais cette fois le réalisateur se fait réellement plaisir dans cet univers simili-fashion. J’ai réellement eu la bouche bée à plusieurs reprises, car le réalisateur étoffe son style et se répand pendant tout le film, laissant son imaginaire exploser et osant même, pour les observateurs avertis, se répondre en faisant des références à ses films précédents, mais aussi à Lost River, le film à l’aura violette réalisé par Ryan Gosling en 2014. Derrière la perfection esthétique de son film, le réalisateur dresse toutefois une vive critique d’un milieu qui utilise les gens comme des toiles blanches à façonner, où les extrêmes sont possibles allant du surréalisme au ridicule, uniquement pour servir la mode. La mode seulement ? Pas vraiment, The Neon Demon se moque d’un univers proche de celui du cinéma et des usines à memes ambulantes qui resservent toujours le même modèle, pourvu qu’il soit toujours plus jeune et plus malléable, un univers dans lequel le physique vaut de l’or. Nicolas Winding Refn ne fait pas que du beau pour faire plaisir, c’est aussi ce qui permet au film de nous maintenir en haleine car, au-delà de la critique évidente, certaines scènes permettent de percer à jour une héroïne finalement pas si innocente ni fragile, mais plutôt consciente de son pouvoir d’attraction (notamment la scène du défilé).

Pourtant, j’ai été déçue : si la beauté du film est indéniable (il faudrait vraiment être difficile pour ne pas le reconnaître), The Neon Demon perd de sa perspicacité dans son déballage artistique. Alors que le film prend tout son sens dans les dernières minutes, il n’y a finalement pas grand chose à se mettre sous la dent jusque là, en dehors d’un enchaînement d’images superbes et d’actrices toutes plus belles les unes que les autres qui s’affrontent dans un catfight de petites pestes (qui dénaturent un chouilla le symbolisme psychologique du film). D’ailleurs, à force de se concentrer sur ses personnages féminins, le film délaisse des personnages masculins tout aussi troublants comme si, au final, Nicolas Winding Refn ne voulait pas trop entaché l’aura de sa belle héroïne, même pour servir les propos terribles de son film. Résultat, même si The Neon Demon est plus accessible et plus compréhensible (qu’Only God Forgives, par exemple), le film laisse l’impression que Nicolas Winding Refn ne va pas jusqu’au bout des choses, se contenant de tournoyer autour du narcissisme et de la vanité des uns et de la convoitise dévorante des autres, à travers des échanges plats et informes. Le visionnaire friand de personnages torturé a laissé place à l’artiste et ça se voit. En fait, le film semble se réveiller de son inertie dans les dernières minutes, grâce à une scène finale proche du délire de cinéaste mais finalement plus parlante que l’ensemble du film.

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Après Drive et Only God Forgives, The Neon Demon fait un peu l’effet d’une douche froide. Oui, on en prend plein les yeux, mais les précédents films de Nicolas Winding Refn offraient des intrigues aux détours surprenants, souvent empreintes d’une violence crue, qu’elles soient explicites ou non, et toujours habitées par des personnages à relief. Si le réalisateur illustre bien la superficialité latente et dangereuse de l’univers dépeint dans The Neon Demon, il s’y perd également en se reposant essentiellement sur la beauté de son ensemble, tandis que ses personnages sont à peine exploités et simplement illustrés crument, parfois, dans des scènes bien glauques et un poil gore qui sont surtout là pour satisfaire le coté voyeur du spectateur (et asseoir la réputation du réalisateur).

Au casting : sublime et lumineuse, Elle Fanning (Dalton Trumbo, Young Ones, Maléfique…) est excellente dans un rôle pas aussi simple qu’il en a l’air, face à un trio de beautés fatales incarnées par Jena Malone (Hunger Games, Inherent Vice…), Bella Heathcote (Cogan…) et Abbey Lee Kershaw (Mad Max: Fury Road, Gods Of Egypt…). Moins bien lotis, les hommes du film sont un peu oubliés : Desmond Harrington (Limitless…), Alessandro Nivola (American Bluff…) et Karl Glusman (Love…) se succèdent dans des personnages quasiment tous sortis du même moule, tandis que Keanu Reeves (Knock Knock, John Wick…) n’étonne personne avec un rôle de salopard bourru.

En conclusion, The Neon Demon était attendu au tournant. Présenté comme un thriller horrifique, le nouveau Nicolas Winding Refn remplit son contrat à moitié en livrant un film fascinant et dérangeant, plutôt hanté par la noirceur de la nature humaine que par des événements effrayants (comme on pourrait le croire). Seulement voilà, The Neon Demon se démarque surtout par son esthétique impeccable et envoûtant, qui ferait presque oublier les creux d’une intrigue peu étoffée, donnant le change grâce à des scènes taillées pour choquer. Malgré quelques coups de canif plaisants, The Neon Demon laisse un sentiment amer, celui d’avoir déjà vu mieux de la part de Nicolas Winding Refn. À voir tout de même, pour se faire un avis et surtout pour admirer le résultat.

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