[CRITIQUE] Blair Witch, d’Adam Wingard

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Le pitch : James et un groupe d’amis décident de s’aventurer dans la forêt de Black Hills dans le Maryland, afin d’élucider les mystères autour de la disparition en 1994 de sa sœur, que beaucoup croient liée à la légende de Blair Witch. Au départ, les jeunes étudiants s’estiment chanceux en tombant sur deux personnes de la région qui leur proposent de les guider à travers les bois sombres et sinueux. Mais tandis qu’ils s’enfoncent dans la nuit, le groupe est assailli par une présence menaçante. Peu à peu, ils commencent à comprendre que la légende est bien réelle et bien plus terrifiante que ce qu’ils pouvaient imaginer…

À mi-chemin entre le remake et le reboot (un remoot, donc), ce Blair Witch est la preuve, s’il en fallait encore une, que l’originalité se meurt dans l’industrie du cinéma, surtout quand il s’agit de films d’horreur. Monté en secret sous le nom « The Woods », Blair Witch repose entièrement sur le succès quasi-oublié et largement gonflé du Projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, sorti en 1999. À ce moment-là, les films d’horreur en found-footage étaient novateurs et le public était plutôt réceptif à tout ce qui pouvait s’éloigner des teen horror movies de l’époque (Scream, Urban Legend, Souviens-toi l’été dernier…). Le Projet Blair Witch a donc trouvé une niche chez les amateurs de frissons, facilement impressionnables par le coté réaliste du film et le suspens opaque et oppressant du concept. Si Le Projet Blair Witch ne m’a jamais fait flipper (en fait, je l’ai détesté la première fois que je l’ai vu), je reconnais que l’approche psychologique était plutôt bien fichue, quand on se focalise sur l’hystérie générale qui se dégage du film, tandis que la fin en suspens a créé des théories intéressantes sur le net. Un an plus tard, Joe Berlinger a gentiment tout saccagé avec une pseudo-suite lamentable, plus risible que flippante, intitulé Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres.

Et pourtant, 15 ans après, probablement après que quelqu’un ait déterré la cassette vidéo du Projet Blair Witch, voilà qu’un troisième volet à peine assumé débarque sur nos écrans. The Woods laisse place à son vrai titre et le pitch s’étoffe un peu, révélant son intrigue. Le principe du remoot, c’est quoi (en dehors du fait que j’essaie de créer un nouveau mot) ? Le remake répète la même histoire en la mettant au goût du jour, tandis que le reboot s’inspire largement de l’original, mais change 2-3 trucs pour pouvoir, éventuellement, relancer le filon. Remake : Evil Dead de Fede Alvarez ; reboot : la nouvelle franchise de La Planète des Singes. Grosso modo.
Ici, Blair Witch tente un peu de mélanger les deux en se lançant dans la suite, des années plus tard, du Projet Blair Witch mais en répétant la même histoire. Du coup, c’est sans surprise que nous suivons une bande de joyeux drilles s’aventurer dans la forêt maudite pour y camper la nuit (logique), dans l’espoir que l’un dans eux retrouve Heather, l’héroïne du film original (probablement momifiée depuis le temps). Si on gobe facilement cette piètre excuse, c’est dans l’espoir de retrouver l’ambiance du premier film, potentiellement améliorée par des années de films d’horreur entretemps.

Blair WitchOui mais voilà, quand on se pose un peu pour observer le paysage horrifique de ces vingt dernières années, les larmes montent un peu aux yeux. Blair Witch se glisse sans peine dans la mode flemmarde du cinéma d’horreur récent, offrant des personnages sans relief ni intérêt, un found-footage misérable truffé de faux raccords et surtout, ces agaçants jumpscares qui, dans le film, frisent de plus en plus le ridicule.
Là où le film Dans Le Noir en avait abusé, mais avec une certaine efficacité tout de même, Blair Witch nous prend vraiment pour des truffes avec ces personnages ninja qui se glissent sans bruit derrière celui qui filme pour mieux lui sauter dessus d’un seul coup. Une fois, deux fois, trois fois… au bout de la quinzième fois, j’ai fini par espérer la mort par éviscération pour chacun d’entre eux ! Le plus pathétique dans tout cela, c’est que plus le film avance et plus il s’enfonce dans la médiocrité. Aucune tension ni angoisse ne vient épaissir la mince intrigue du film, tant l’histoire est téléphonée au possible et que les personnages font un concours de crétinerie. Ajoutons à cela le principe du found-footage en lui-même, démonstration du niveau de flemmardise du réalisateur, qui choisit de monter ses plans à coup de machette, tout abandonnant la stabilité au placard (vive la migraine), ainsi que la direction des acteurs. OK, je veux bien accepter l’idée – pas si bête – de faire en sorte que les personnages se regardent dans les yeux, mais quand les caméras sont fixées sur la tempe, ce n’est tout bêtement pas possible. Et ce n’est qu’un exemple des nombreuses maladresses et illogismes du film (en étant attentif, certaines images ne pouvaient pas être filmées par un des protagonistes, et pourtant…).

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Dans ce festival de bêtises, Adam Wingard livre un résultat effarant, qui pourrait même rendre Blair Witch 2 un peu plus potable finalement (c’est dire !). J’aurai pu passer outre l’absence d’intérêt pour les personnages ou la lecture affligeante du found-footage, si le film offrait un minimum de tension ou de frissons. Malheureusement, l’ensemble est si absurde qu’il est impossible – même en repoussant les limites de ma tolérance déjà bien souples depuis quelques temps – de trouver quelque chose à sauver dans Blair Witch.
Ah, peut-être les lieux, finalement, après tout, une forêt la nuit, c’est toujours un peu flippant. Pour les allergiques au camping, ça peut faire son petit effet…

Au casting, comme souvent, peu de visages connus et des performances qui ne méritent pas forcément qu’on s’y attarde… donc je ne le ferai pas.

En conclusion, et bien… économisez-vous une place de cinéma et prenez votre mal en patience. Si la fin de l’année réserve son petit lot de films d’horreur (Don’t Breathe, Rings et Ouija 2), pour avoir déjà vu l’un des trois, je commence à perdre le chouilla d’espoir que j’avais. Et si Conjuring 2 était le seul film d’horreur de l’année (parmi ceux sortis en salles) ?

Je vous laisse avec une petite vidéo sympa dont on m’a parlé. Vous verrez, elle résume bien à quel point les films de pseudo-horreur sont souvent stupides (merci Popmovies) :

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