[CRITIQUE] Jigsaw, de Michael et Peter Spierig

Le pitch : Après une série de meurtres qui ressemblent étrangement à ceux de Jigsaw, le tueur au puzzle, la police se lance à la poursuite d’un homme mort depuis plus de dix ans. Un nouveau jeu vient de commencer… John Kramer est-il revenu d’entre les morts pour rappeler au monde qu’il faut sans cesse célébrer la vie, ou bien s’agit-il d’un piège tendu par un assassin qui poursuit d’autres ambitions ?

7 ans après le Chapitre final (qu’ils disaient), la saga Saw ressuscite avec une suite inattendue afin de relancer la franchise. Si les films Saw ont fait les belles heures du « torture porn » au cinéma, il faut tout de même rappeler que le tout premier film Saw, sorti en 2004 et réalisé par James Wan (Conjuring, Insidious…), alors un petit prodige inconnu, faisait plus office d’un thriller machiavélique et surprenant dans le paysage horrifique de l’époque. Qui n’a pas tombé la mâchoire en découvrant la fin de Saw, petite pépite au budget ridicule et qui a pourtant su créer la surprise. La suite, on la connait, le thriller horrifique est devenu l’emblème du cinéma gore dont le concept s’est simplifié autour d’un enjeu : trouver la façon la plus insoutenable de tuer un personnage à l’écran.
Pour ma part, j’ai tenu jusqu’au Saw 4 avant de jeter l’éponge, d’une part parce que le jeu est devenu lassant et que mes tendances voyeuristes ont atteint leurs limites et d’autres part, parce que ce genre de films a fini par dangereusement se multiplier au cinéma et que je n’aimais pas l’idée que cela pouvait influencer des esprits plus fragiles. Je veux dire par là que si je me retiens très bien d’invoquer des esprits dans ma chambre, je n’ai pas forcément envie d’être transformée en chiche-kebab vivant parce qu’un lunatique qui a découvert dans un film comment fabriquer une broyeuse électrique maison avec ses couteaux de cuisine… La fiction devenait un brin trop réaliste pour moi.

Bref, toujours est-il que Jigsaw est de retour pour une nouvelle partie. Que vaut donc ce nouveau chapitre ouvert par Michael et Peter Spierig (Prédestination, Daybreakers…), après une période marquée par les relaunchs de films d’horreur dont on se serait bien passé, tel que Rings ou encore Blair Witch ?
Et bien heureusement, les frères Spierig ne se contentent pas de régurgiter du déjà-vu. Enfin, pas que. Soyons honnêtes, si ce Jigsaw est totalement dispensable, les retrouvailles avec les artifices de la saga ne sont pas déplaisantes, tant le film parvient à récréer l’ambiance malsaine et stressante des derniers opus. Entre des inconnus piégés par un tueur sadique (qui s’octroie le rôle de juge suprême pour une raison absurde, quand même) et des enquêteurs qui tentent de dénouer ce nouveau puzzle, Jigsaw étire une trame familière dont le seul effet de surprise se résume à la mise à mort de ses personnages, et non l’intrigue en elle-même. Pourtant, le film tient la route et parvient à maintenir en haleine à travers un climat suspicieux qui plane autour des personnages. De plus, alors que Jigsaw amorce sa conclusion, les frères Spierig parviennent à épicer un ensemble convenu avec un petit twist original qui sauve de justesse Jigsaw de la répétition sans âme.

Si la franchise s’offre un nouveau chapitre, elle en profite également pour faire un pas vers ses racines : en effet, contrairement aux épisodes les plus récents, Jigsaw est nettement moins gore, allant même jusqu’à cacher le coté sanguinolent de ses exécutions macabres pour se focaliser sur la tension et le frisson apportés par ses mises à mort. Certes, le genre reste toujours aussi noir, explicite et cruel, mais Jigsaw s’avère moins exhibitionniste et tente de travailler plus profondément sa trame policière. Bien que le résultat reste, comme je le dis plus haut, dispensable, il permet tout de même de profiter du film sans avoir un sac à vomi à portée de main, tout en conservant son ADN glauque et malsain. Cependant, où est la nouveauté dans tout cela ? Nulle part : Jigsaw ne fait que reprendre une recette qui a déjà prouvé sa rentabilité et ne fait que tourner en rond. Si le gore est rayé de la carte et que l’effet de surprise ne fait plus frétiller, que reste-t-il ? Un film moyen et nostalgique. Avec des scies.

Au casting, pas mal de visages peu connus : Matt Passmore (Lethal Weapon, The Glades…) et Callum Keith Rennie (Warcraft : Le Commencement, Cinquante Nuances de Grey…) s’associent malgré eux pour faire fonctionner l’intrigue, tandis que Laura Vandervoort (Supergirl, Bitten…), Mandela Van Peeble (Roots 2016…) ou encore Paul Braunstein (The Thing…) font office de chair à canon plus ou moins mémorable.

En conclusion : familier et distrayant, Jigsaw rempile pour un nouveau chapitre aux doux airs de déjà-vu, livrant un ensemble un chouilla plus sage et relativement efficace. Cependant, le film de Michael et Peter Spierig vaut-il réellement le déplacement enthousiaste ? Sincèrement, j’en doute.

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