[CRITIQUE] Jalouse, de David et Stéphane Foenkinos

Le pitch : Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.

6 ans après La Délicatesse des frères David et Stéphane Foenkinos, Jalouse traite avec humour et piquant une autre crise existentielle à travers le portrait d’une femme dont la jalousie maladive sert de rempart protecteur pour échapper ou tout du moins atténuer l’impression de faire partie des meubles.
Jalouse propose une héroïne pas si singulière : femme accomplie au métier satisfaisant et mère attentionnée d’une jeune adulte, elle est pourtant de plus en plus infecte avec son entourage. Les frères Foenkinos propose une comédie dramatique criblée d’un humour incisif, puisant dans la mauvaise foi de son personnage, tout en creusant les faiblesses qui filtrent en filigrane à travers une forte personnalité soigneusement entretenue. Peu à peu, Jalouse dévoile un personnage empreint d’une fragilité attachante et on comprend vite que cette jalousie pourrait bien être le symptôme de la crise existentielle d’une femme entre deux âges qui voit son entourage avancer (un ex-mari heureux dans son nouveau ménage, sa fille devient une femme…) tandis qu’elle semble stagner. Du coup, peu importe sa propre situation, le spectateur peut se reconnaître parfois dans ce personnage perdu dans le décor et si profondément empêtré dans ses craintes qu’il préfère se saborder plutôt que de les affronter. J’ai beaucoup aimé la façon dont la vie de l’héroïne est perçue par elle-même, à savoir l’opposition entre ses réussites (professionnelles ou personnelles) et la façon dont elle les perçoit. Un trait de caractère à la fois banal mais si humain, et pourtant difficile à admettre, que les frères Foenkinos saisissent avec une véracité authentique et sans jugement de valeurs.

Cependant, si Karin Viard illumine le film, je reproche à Jalouse les mêmes faiblesses que le premier opus réalisé par les frères Foenkinos qui, finalement, suit le même procédé gentillet – pas détestable, mais mal équilibré. Jalouse, comme beaucoup de comédies dramatiques classiques, démarre avec le sourire : on s’amuse de l’attitude de l’héroïne, de son caractère envieux et parfois politiquement incorrect… la première partie est dynamique et presque originale. Seulement, quand le film change de cap pour mieux scruter la psychologie et l’introspection de son personnage, Jalouse met de coté son ton humoristique et devient peu à peu lourd. Si le sujet reste intéressant et vraiment accessible, le film perd de son éclat en cours de route et accuse beaucoup de longueurs. C’est souvent un problème que je note dans les comédies dramatiques (ou même les comédies romantiques), le scénario a souvent du mal à faire vivre ses deux pendants en simultané et c’est souvent l’aspect comédie qui en fait les frais. Du coup, je me sens toujours un peu flouée sur la marchandise : certes Jalouse propose une histoire sincère et plaisante, à travers un personnage aussi cinglant que touchant, mais dans l’ensemble, le film manque de maîtrise en terme de rythme et le scénario a tendance à tourner en rond en ressassant des problématiques résolues jusqu’à la fin. Ceci étant dit, si le traitement devient un peu lourd, Jalouse dissèque brillamment son sujet à travers la personnalité de son héroïne et cela additionnée à la performance de l’actrice principale, cela donne un film finalement abouti et même intéressant en terme de réflexion, tant le film renvoie au spectateur ses propres craintes, même les plus absurdes en apparences, comme un miroir.

Au casting : comme dit plus haut, Karin Viard (Le Petit Locataire, Lolo, La Famille Bélier…) est superbe de bout en bout, avec un genre de rôle qu’elle maîtrise bien : à la fois fort et très féminin, à tendance acariâtre accentuée par sa voix un peu éraillée – j’aime beaucoup cette actrice (mais pas toujours ses choix). À ses cotés, Anne Dorval (Réparer Les Vivants, Mommy…), Thibault de Montalembert (Dix Pour Cent, Aurore…), Anaïs Demoustier (Les Malheurs de Sophie, À Trois On y Va…) et Dara Tombroff habillent un paysage variés et servent de boucs émissaires avec brio.
À noter également la présence discrète mais sympathique de Corentin Fila, révélé l’année dernière avec Quand On A 17 Ans d’André Téchiné.

En conclusion, Jalouse livre un portrait acidulé porté par Karin Viard, excellente en femme accomplie et pourtant déchirée par doutes personnelles. Si David et Stéphane Foenkinos relate une crise existentielle avec sincérité et justesse, je regrette que l’humour piquant et incisif de la première moitié du film disparaisse au fur et mesure que la suite avance dans l’introspection. Résultat, Jalouse rate le coche du jubilatoire mais célèbre l’amour vache avec une Karin Viard épatante. À voir.

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