[CRITIQUE] La Famille Bélier, d’Eric Lartigau

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Grâce à une idée originale proposant l’histoire d’une adolescente entendante dans une famille sourde, La Famille Bélier a rapidement su capter l’attention, de la sortie du film aux récentes nominations aux César 2015. Le dernier film d’Eric Lartigau est-il si réussi que ça ?
Derrière une comédie pétillante et chaleureuse, La Famille Bélier se révèle finalement très bancal, survendu et facile : la trame de l’ado qui se rêve chanteuse est simplette à souhait et sans surprise, tout comme l’intrigue amoureuse qui l’accompagne, tandis que la performance du casting adolescent à tendance à piquer les yeux. Heureusement, le film d’Eric Lartigau véhicule une ambiance sympathique et attachante qui aurait probablement dû se focaliser plus longtemps sur le point fort de cette famille atypique : la surdité. Si La Famille Bélier se rattrape in extremis grâce à un final émouvant et un duo Karine Viard / François Damiens en roue libre, on ne peut échapper à une caricature embarrassante de la communauté sourde et malentendante noyée dans une intrigue un peu trop sucrée pour être totalement réussie.

Le pitch : Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

Véritable succès au box-office, La Famille Bélier semble conquérir tous les spectateurs (ou presque) sur son passage, rappelant d’autres succès plus ou moins mérités, de Bienvenu chez les Ch’tis à Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, en passant par Intouchables. Boosté par une énergie communicative, La Famille Bélier nous plonge dès les premières minutes dans le quotidien originale d’une adolescente, aux prises entre sa vie lycéenne et ses responsabilités auprès de sa famille sourde/malentendante. Avec une tonalité très légère, le film glisse sur les difficultés que traversent la communauté sourde en les transformant en situation comique, ce qui a tendance à desservir la crédibilité des personnages sans pour autant les départir de leur potentiel attachant. Du coup, si on adopte rapidement cette famille singulière, c’est à partir de là que le film divise.
En effet, le film d’Eric Lartigau se focalise sur son héroïne qui se découvre chanteuse et s’éloigne peu à peu du véritable intérêt de son film pour dessiner une trame un peu cucul-la-praline et super prévisible, oscillant entre une adolescente faussement ingénue/vraiment talentueuse, ses béguins trop tièdes et une émancipation qui traîne la patte (le tout transporté par un amour un peu poussif pour le répertoire de Michel Sardou). De l’autre coté, l’autre storyline concernant les parents passe à la trappe en cours de route, ce qui est d’autant plus déplorable car non seulement c’est la partie la plus intéressante du film, mais le casting adulte est nettement plus plaisant que le casting adolescent.

Au final, La Famille Bélier surfe sur une idée accrocheuse (la famille sourde), sans pour autant exploitée cette idée jusqu’au bout, tant le film est absorbé par les dilemmes souvent mièvres et bâclés de son héroïne (qui devient une femme en cours de route, ouh ouh ! ça n’apporte rien à la choucroute, mais amusons-nous avec une tâche de sang sur un jean…) alors que les ficelles du scénario sont grosses comme des poutres. En y regardant de plus près, ce n’est pas tant les mésaventures de la jeune fille qui suscite de l’émotion, mais plutôt sa famille, gentiment timbrée et follement adorable, qui donne un véritable élan au film.
J’aurai aimé en voir plus sur la campagne électorale de ce père sourd et buté qui décide de se présenter à la mairie (et surtout comment il parvient à renverser la vapeur, car le film abandonne carrément cette partie de l’histoire en cours de route) ou encore, le mode de vie de la communauté sourde dans une société pas toujours adaptée à leurs besoins. Au lieu de cela, La Famille Bélier se sert finalement de ses personnages sourds (et des clichés du monde agricole, ne l’oublions pas) comme running-gags clownesques et potache, sans vraiment creuser plus loin. (Petit aparté : en cherchant un peu sur Google, certaines personnes sourdes/malentendantes n’ont pas vraiment apprécié la caricature, ce qui est compréhensibles car les sourds et malentendants du film sont tous plus ou moins représentés comme des boulets et/ou incapables de se débrouiller par eux-même…).
Ce qui empêche La Famille Bélier de sombrer dans la catastrophe la plus totale, c’est son ambiance vieille France et campagnarde qui ralliera un public de tout âge (merci Michel Sardou Jean-Jacques Goldman était pris et Aznavour ne faisait probablement pas assez djeunz) et surtout, le film conclut avec un final très touchant, qui contient quasiment toute la charge émotionnelle du film et fait preuve d’une authenticité qu’on espérait plus dans tout ce déballage de bons sentiments aux allures de télé-crochet.

Au casting : la jeune Louane Emera, repérée dans The Voice, fait ses premiers pas au cinéma et… ferait peut-être mieux de rester dans la chanson. Bien qu’elle ait récolté une nomination aux Césars dans la catégorie Meilleur Espoir Féminin, son interprétation maladroite était agaçante, surtout dans la première partie du film qu’elle traverse le dos voûté et un visage boudeur (n’est pas Kristen Stewart qui veut). À ses cotés, une ribambelle de jeunes acteurs s’agite sans vraiment briller : Luca Gelberg est quasiment transparent, Roxane Duran (Respire, Augustine, 17 filles…) n’est pas crédible pour un sou et Ilian Bergala, malgré (à cause de) ses faux airs rappelant un jeune Guillaume Canet, est complètement fade.
Coté adultes, Karin Viard (On a failli être amies, Parlez-moi de vous, Polisse…) et François Damiens (Suzanne, La Délicatesse, L’arnacœur…), tous deux nominés en tant que Meilleur/e acteur/e aux Césars, s’en sortent très bien, aussi attachants en obsédés sexuels que convaincants en parents bornés et un tantinet égoïstes. Le duo parvient à rester expressifs bien qu’ils soient privés de la parole, ce qui permet d’oublier à quel point leurs personnages sont caricaturaux et exagérés, tandis qu’Eric Elmosino (À coup sûr, Le cœur des hommes 3, Télé gaucho…) est en retrait et récolte lui aussi sa propre nomination aux César.

En conclusion, si La Famille Bélier doit une bonne partie de son succès à sa surexposition médiatique, le film d’Eric Lartigau possède quelques atouts: le duo Viard-Damiens est épatant, tandis que l’énergie du film, bercée par les chansons phares de Michel Sardou et son ambiance très vieille France, est très sympathique. Cependant, ces bons points masquent à peine la fragilité d’un scénario sans véritable ambition ni surprise qui abandonne une partie de ses intrigues en court de route pour se focaliser sur une trame tiède et bancale. Personnellement, si l’engouement du public pour le film est compréhensible, la présence de La Famille Bélier aux César 2015 me dépasse…
Mais bon, après avoir vu le film, on saura tous dire « petit con » en langage des signes, c’est déjà ça de pris…

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Si seulement c’était une adaptation…

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