[CRITIQUE] Le Bonhomme de Neige, de Tomas Alfredson

Adapté du roman de Jo Nesbø, Le Bonhomme de Neige est un thriller policier tortueux explorant la dimension familiale à travers la traque d’un tueur insaisissable. Tomas Alfredson signe un film au début prenant, aussi bien grâce à son intrigue qu’une atmosphère glacée savamment entretenue, mais rapidement l’ensemble se laisse posséder par une léthargie latente. Manquant de dynamisme et de maîtrise, Le Bonhomme de Neige saborde son dernier tiers à travers une conclusion tronquée et un poil creuse. Dommage.

Le pitch : Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, avant la tombée des prochaines neiges.

Si Millénium (la version originale ou américaine) est l’un des premiers exemples qui vient à l’esprit, les thrillers scandinaves (Les Enquêtes du Département V, La Chasse…) ont la particularité de conjuguer la froideur palpable et vivante de l’Europe du Nord au service d’intrigues marquées par des personnages tordus et des enquêtes virant aux polars poisseux, comme si le décor enneigé et parfois méconnu était le parfait récipient pour explorer les tendances les plus viles de l’être humain. Après l’excellent Morse (la version suédoise, évidemment) en 2008, puis le très remarqué La Taupe en 2011, Tomas Alfredson revient au thriller nordique avec Le Bonhomme de Neige, adapté du best-seller de Jo Nesbø. Si la filmographie de ce réalisateur est récente, ses précédents succès ont rendu son nouveau projet appétissant.

Globalement, Le Bonhomme de Neige tient la plupart de ses promesses : le film nous entraîne dès les premières minutes dans une intrigue complexe où chaque personnage traîne un bagage assez lourd, avec la particularité de tourner autour de cellules familiales rompues. Dans une atmosphère pesante, Tomas Alfredson dissèque ses personnages dans leur quotidien, entre amours perdues et relations troubles, tout en menant en parallèle une intrigue policière opaque autour d’un tueur qui s’attaque surtout aux femmes. Le film joue bien le jeu en distillant ses bouts de réponses au compte-goutte, permettant au spectateur de rester en haleine et à l’affût du moindre indice. L’idée d’explorer les vies personnelles de ses personnages permet également de s’y attacher, ainsi on s’intéresse tout autant à l’inspecteur Harry Hole, que l’on devine marqué par une enquête difficile et que l’on découvre alcoolique et un peu paumé, oscillant entre son ex-compagne et une nouvelle affaire étrange. Le Bonhomme de Neige dépeint alors un contexte tendu, où les apparences sont finalement criblées de secrets que l’histoire exposent petit à petit.

Cependant, le film fait une première erreur d’entrée de jeu : l’introduction dévoile une scène qui finalement ne laisse place à aucun doute sur les motivations première du tueur. Heureusement, cela ne gâche pas vraiment l’intérêt pour l’intrigue générale (vu qu’on a pas l’identité du personnage), mais petit à petit, Le Bonhomme de Neige s’embourbe dans son propre piège. L’une des difficultés du thriller est de maintenir le suspens en maîtrisant les twists et les révélations, seulement le film de Tomas Alfredson se plait tellement dans son ambiance glacée et opaque qu’il finit par sombrer dans l’apathie, tant le rythme est lent et peu dynamique. Si les plus avertis remarqueront quelques loupés coté logique (comment un policier peut-il laisser repartir un homme masqué qu’il trouve chez lui sans vérifier son identité, alors que le tueur de son enquête s’amuse à le contacter directement ?), c’est surtout le dernier tiers extrêmement brouillon qui annulent tous les effets tentés par le film. En effet, si Le Bonhomme de Neige s’attache à explorer ses personnages, il crée aussi des sous-intrigues qui vont animer la trame tout au long du film, notamment au sujet de la coéquipière du héros. Pourtant, si Tomas Alfreson parvient à boucler l’enquête principale, il délaisse en fin de parcours ces mêmes sous-intrigues, si bien que le sort des autres personnages demeure inconnu une fois le film terminé. C’est dommage étant donné que l’histoire explore les différentes violences faites aux femmes dans la société actuelle, qu’elles soient physiques ou psychologiques, le tout lié à une réflexion sur la figure paternelle… Le Bonhomme de Neige s’était engagé dans des fils rouges intéressants, entraînant une certaine réflexion sur la notion de famille et les rapports homme-femme aujourd’hui. Malheureusement, la conclusion de Tomas Alfredson tronque ces sujets en cours de route, transformant des personnages centraux en pions anecdotiques pour proposer une fin affreusement entendue et sans véritable enthousiasme.

Au casting : Michael Fassbender (Song To Song, Alien: Covenant, Assassin’s Creed…) incarne le rôle principal, si l’acteur est convaincant, l’écriture générale du film rend son personnage un peu fade. C’est d’ailleurs un mal qui touche l’ensemble des personnages, car si Charlotte Gainsbourg (Les Fantômes d’Ismaël, Independence Day : Resurgence, Samba…) tire son épingle du jeu, grâce à un rôle secondaire et attendu, ce sont surtout Rebecca Ferguson (Life : Origine Inconnue, La Fille du Train, Mission Impossible : Rogue Nation…), J.K. Simmons (Justice League, Mr Wolff...) et Val Kilmer (Song To Song, Palo Alto…) qui écopent de rôles amputés en fin de courses, rendant leurs présences incomplètes.

En conclusion, si Le Bonhomme de Neige avait la facture parfaite du polar nordique, le film de Tomas Alfredson manque de maîtrise et d’aboutissement, surtout en terme de narration. De la froideur saisissante à l’engourdissement perplexe, Le Bonhomme de Neige livre un thriller mou et partiellement inachevé, malgré un casting convaincant. À tenter.

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