[CRITIQUE] Criminal Squad, de Christian Gudegast

Le pitch : Chaque jour, 120 millions de dollars en liquide sont retirés de la circulation et détruits par la Réserve fédérale de Los Angeles. Un gang de braqueurs multirécidivistes va tenter l’audacieux tout de force de mettre la main dessus. Mais, ils vont se heurter à une unité d’élite de la police qui n’a pas l’intention de jouer dans les règles de l’art. Tous les coups sont permis pour coincer ces gangsters prêts à tout.

Après avoir scénarisé deux films de gros bras qui ont connu un certain succès dans le cinéma d’action, Un Homme À Part en 2002 puis La Chute de Londres en 2016, Christian Gudegast a décidé de passer derrière la caméra pour son premier film, Criminal Squad, qui est, tout simplement, un condensé réchauffé et remâché de ce qu’il a pu faire avant.

Dans ce face-à-face de badboys, Criminal Squad floute la limite entre une bande de policiers agressifs et des gangsters patibulaires dans un concours interminable de grimaces et d’attitudes musclées. Resucée approximative du film culte de Michael Mann, Heat (1996), le film de Christian Gudegast installe pourtant une tension dense et nerveuse dès premières minutes qui semble plutôt alléchante, jouant avec les codes familiers des films d’actions actuels, alliant le style assumé et show off de la franchise Fast and Furious aux clichés de gros machos que l’on retrouve dans les meilleurs DTV (Direct-to-DVD)… ou plus récemment sur Netflix (mais ça, c’est un autre sujet). Au début, la formule est accrocheuse car si on passe outre une introduction bruyante et une fusillade sans intérêt, Criminal Squad intrigue avec son alignement de personnages menaçants, baraqués, tatoués et badass, brouillant volontairement les clichés du gendarmes et des voleurs en dressant des portraits aux caractères et looks similaires. Peut-être un peu trop d’ailleurs.

Effectivement, à force de jouer les gros bras, le film de Christian Gudegast en fait tout simplement des caisses. Au début, la tension est efficace et électrique, l’anticipation est décuplée par l’affrontement imminent et inéluctable des parties. Mais petit à petit, Criminal Squad s’essouffle et retombe comme un soufflé tant son esbroufe est alimentée par du vent. Que dis-je : des tornades ! Regards mauvais, roulages de mécanique, deux-trois coups de poings de temps en temps… Le film ne cesse de vouloir faire monter la pression mais n’aboutit jamais, tant il s’embrouille dans son intrigue principale déjà bancale et des écarts narratifs inintéressants.
En effet, Criminal Squad surfe sur deux fils conducteurs : d’un coté, il y a le film de braquage sophistiqué, un genre de plus en plus compliqué à mettre en place de façon crédible puis que Steven Soderbergh et consorts ont déjà bien ruiné le concept avec la saga Ocean’s (et récemment Logan Lucky). Du coup, j’ai prêté que peu d’intérêt au déroulement du plan, sachant pertinemment qu’un twist viendrait potentiellement sauvé l’ensemble. Et surtout, j’étais tellement distraite par les multiples concours de b*tes permanents qui ont lieu tout au long du film, que j’attendais que la tension explose autour des relations entre les personnages, et non le braquage. D’un autre coté, Christian Gudegast tente de sensibiliser ses brutes épaisses en dessinant des storylines familiales qui n’apportent absolument rien à la choucroute (même si la scène de 50 Cent en père de famille est plutôt drôle). Ces mini-scènes arrivent comme un cheveu sur la soupe et ne trouve pas de ressort narratif pour faire avancer l’histoire.

Malheureusement, les arcs que tentent de développer Christian Gudegast sont étouffés par l’excès d’attitudes de ses personnages. Trop de gros bras tue le gros bras : des pseudos-gentils aux méchants, tous les personnages deviennent interchangeables et finissent par lasser, tout en étant largement ampoulés par un scénario capillotracté et bien commode pour faire avancer l’intrigue. Criminal Squad ne cesse de rebondir sur ses idées multiples sans trouver prise, ne sachant jamais s’il faut privilégier davantage le style ou le fond. Résultat, l’ensemble est informe et monotone, manquant clairement de punch malgré les promesses annoncées dès l’affiche. Le pire, c’est que tout ça est pour nous amener vers un final cousu de fils blancs dont l’issue est non seulement prévisible, mais en plus ne casse pas trois pas à un canard (boiteux, haha… #lesvraissavent). Là où le fameux Heat de Michael Mann maniait à merveille la tension aussi bien nerveuse que dramatique, aussi bien au niveau de la dureté de ses personnages que de la mise en scènes, Criminal Squad ressemble à une pâle copie vidée de toute substance, étalée sur des scènes à rallonge et plates. Le rythme traîne sévèrement la patte, l’ensemble n’est ni engageant ni intéressant, le pire c’est que le film manque totalement de dynamisme : même les fusillades n’ont pas de panache car elles sont illisibles et plus bruyantes qu’efficaces. Pour un film de braquages où les gangsters sont des deux cotés de la barrière, le face-à-face est finalement bien palots entre ces vilains tout en muscles et un Gerard Butler qui prend beaucoup trop de place, comme s’il devait tenir le film tout seul. Dommage.

Au casting : après Geostorm, je m’étais promis de ne plus avoir foi en Gerard Butler, mais, comme vous pouvez le constater, je n’ai aucune parole… Ce dernier fait des efforts pour livrer une performance engageante et crédible, mais comme son personnage est écrit à la truelle et ne semble jamais aboutir, je suis restée sur ma faim. Il est loin l’irrésistible One-Two de RocknRolla ou le charismatique roi Leonidas de 300 ! Autour de lui, les autres acteurs qui jouent les flics sont abandonnés dans l’ombre : Maurice Compte (Narcos…), Mo McRae (Empire…), Evan Jones (Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2…) et Kaiwi Lyman (Westworld…) font de la figuration pour laisser Butler régner.
Coté méchants, Pablo « Pornstache » Schreiber (Orange Is The New Black, American Gods, 13 Hours…) livre une performance plutôt convaincante en bad guy intriguant, tandis que Curtis « 50 Cent » Jackson (Power, La Rage au Ventre, Spy…) est plutôt moyen et nous avait vaguement habitué à mieux. O’Shea Jackson Jr. (Ingrid Goes West, NWA : Straight Outta Compton…) semble tenter de suivre les traces de son père, mais pour pour l’instant il n’y a rien de vraiment remarquable à signaler.
À noter, la présence assez surprenante d’Eric Braeden, le fameux Victor Newman dans le soap Les Feux de l’Amour, en tenancier de bar. Et je précise que c’est un ami qui l’a repéré, d’ailleurs (ne jugeons pas ses choix de divertissement XD).

En conclusion, alors que j’attendais un film d’action explosif et tendu, je me suis retrouvée devant deux scènes de fusillades assommantes séparées par 2 heures de blablas informes et de batailles de regards en tout genre pour combler les creux. Avec Criminal Squad, Christian Gudegast tente de se réapproprier les succès dont il a été le scénariste auparavant, mais livre une sorte de régurgitation brouillonne et fadasse de son travail tant il ne parvient pas à mixer l’énergie ultra virile de ses personnages et l’intrigue un poil trop alambiquée. Beaucoup d’esbroufe, mais quel ennui ! À éviter.

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