[CRITIQUE] Escobar, de Fernando León de Aranoa

Le pitch : Impitoyable et cruel chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar est le criminel le plus riche de l’Histoire avec une fortune de plus de 30 milliards de dollars. « L’empereur de la cocaïne » met la Colombie à feu et à sang dans les années 80 en introduisant un niveau de violence sans précédent dans le commerce de la drogue. Fascinée par son charisme et son pouvoir, la très célèbre journaliste Virginia Vallejo, va s’apercevoir qu’on ne s’approche pas de l’homme le plus dangereux du monde impunément…

Pablo Escobar reste un personnage mystérieux qui n’en finit plus d’inspirer films et séries télé. De Blow de Ted Demme (2001) à la série Narcos en 2015 (2 saisons), en passant par Paradise Lost d’Andrea Di Stefano, les récits pullulent sur cet homme aux multiples facettes : baron de la drogue implacable, père de famille dévoué, homme à femmes généreux, meurtrier sans pitié… Une chose reste constante quand il s’agit de Pablo Escobar, c’est le charisme qui a marqué ceux qui l’ont rencontré (et ont survécu).
Après le très bon A Perfect Day – Un Jour Comme Un Autre…, Fernando León de Aranoa propose l’adaptation du roman de Virginia Vallejo « Amando a Pablo, odiando a Escobar », qui se traduit en français « Pablo, je t’aime, Escobar, je te hais ». Le point de départ d’Escobar est donc la rencontre entre une journaliste très connue en Colombie et le célèbre chef du cartel de Medellín en Colombie, qui amène celle-ci à plonger aveuglément dans le monde étourdissant de Pablo Escobar. Le film, comme toutes les œuvres autour du même sujet, dresse le portrait d’un homme à première vue chaleureux, féroce et prêt à tout pour assurer la pérennité de son business et de son pays qu’il chérit, tout en laissant filtrer en filigrane la menace qu’il représente. Petit à petit, Escobar inverse la vapeur alors que l’homme devient la personne la plus recherchée des autorités et transformant un récit passionnel et inédit en un biopic classique dans lequel Pablo Escobar va continuer de mener la danse à sa guise.

De cette romance, Fernando León de Aranoa en extirpe la passion mais aussi l’angoisse quand la réalité atteint Virginia Valleja, qui voit du jour au lendemain sa vie très privilégiée basculer. Si découvrir une nouvelle approche de la vie de Pablo Escobar reste toujours intéressante, il faut tout de même avouer que le film de Fernando León de Aranoa n’apporte pas grand chose à la choucroute. Alors que la nouveauté de ce projet était l’immersion privilégiée du point de vue d’une de ses amantes, le film finit par s’étirer vers le traitement banal à partir des faits documentés qui ont conduit à la perte de Pablo Escobar, injectant de-ci de-là des rappels sur sa relation avec la journaliste et la façon sournoise avec laquelle la roue a tourné contre elle. Et heureusement, finalement : Escobar est relevé par des scènes puissantes qui démontrent bien la terreur qu’imposait l’homme à ceux qui osaient se mettre sur son chemin, même s’il les aimait une minute avant. Rien de nouveau sous la lune, donc… Le film de Fernando León de Aranoa se repose surtout sur la notoriété déjà reconnue, et probablement romancée sur les bords d’un homme fascinant, mais reste cependant une tirade longuette et sans véritable éclat à en retenir, en dehors d’un duo d’acteurs impeccables et d’une reproduction de l’époque très fidèle. D’ailleurs, on notera la valorisation de Penélope Cruz, à chaque instant, qui offre un véritable défilé de mode made in 80s.
Pourtant, à choisir et même si l’histoire n’était pas totalement réelle, je préfère largement revoir Paradise Lost dont le traitement du personnage était nettement plus aiguisé tant il rendait Pablo Escobar vraiment inquiétant. Sous la houlette de Fernando León de Aranoa, le film dépeint un homme fielleux, bien loin du personnage public et, à sa façon, du philanthrope que l’histoire reconnait. Au contraire, le film se focalise sur la partie sombre de cet homme, qu’il refuse de rendre magnétique pour en faire ressortir son coté impitoyable et égoïste. Mais c’est difficile de compatir pour cette femme qui n’a pas hésité une minute à fermer les yeux sur la réalité, quand le plus grand trafiquant de drogue colombien lui a offert une belle vie. Si Escobar observe la chute de tous les personnage, celui de Virginia Vallejo, bien que compréhensible, est loin d’être le plus attachant alors que le parcours d’Escobar souffre de nombreuses longueurs vers une conclusion déjà connue.

Au casting, après Benicio Del Toro dans Paradise Lost, c’était logique de retrouve Javier Bardem (Mother!, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, Cartel…) dans le rôle titre, également méconnaissable (avec son faux ventre) et à l’aise dans ce personnage charismatique. À coté, qui de mieux que son épouse, pour incarner Virginia Jallejo : Penélope Cruz (American Crime Story – Versace, Le Crime de l’Orient-Express, Zoolander 2…) livre une performance réussie, souvent desservie par le coté greluche clinquante de son personnage mais excellente dans la seconde partie du film alors que la vie de palace se transforme en angoisse. Autour d’eux gravite un Peter Sarsgaard (Jackie, Les Sept Mercenaires, Strictly Criminal…) accessoire.

En conclusion, Fernando León de Aranoa livre une nouvelle version de Pablo Escobar, (à peu près) vue par une de ses maîtresses. Mais entre extraits de romance adultérine et réutilisations de faits divers, Escobar est dans la redite, utilisant ce point de départ pour ressasser la fin du règne de trafiquant de cocaïne le plus connu Colombie… effleurant au passage une de ses victimes collatérales. Rien de bien nouveau, ni de très passionnant, en somme. À tenter.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s