[CRITIQUE] A Star Is Born, de Bradley Cooper

Le pitch : Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

Pour son premier film en tant que réalisateur, Bradley Cooper s’attaque au remake d’un classique.. que dis-je ! au troisième remake d’un classique des années trente. A Star Is Born est à l’origine Une Étoile Est Née de William A. Wellman (1937) dont l’histoire se passait dans le milieu du cinéma. C’est lors de son premier remake en 1954 par George Cukor et avec Judy Garland, que le sujet du film se tourne vers la musique, un choix qui se confirmera avec une deuxième version en 1976, réalisée par Frank Pierson et avec Barbara Streisand au premier rôle. Le film original a reçu l’Oscar du Meilleur Scénario Original, tandis que le second remake est repartir avec celui de la Meilleure Chanson Originale. Un chemin tout tracé vers les étoiles se dessinent pour cette nouvelle adaptation de A Star Is Born, qui a pourtant bien eu du mal à voir le jour. De Clint Eastwood à Bradley Cooper et de Beyoncé à Lady Gaga (c’est pas plus mal, d’ailleurs), il a pourtant fallu 5 ou 6 ans avant que le film ne se mette en branle.

Précédé par un aura plein de paillettes, A Star Is Born est bien plus un film d’amour qu’un feel-good movie musical. Si les premières minutes m’ont fait penser à New York Melody (la rencontre entre un musicien alcoolisée et sa muse dans un bar anonyme), la suite va rapidement s’émanciper de cette tendance pour dessiner le parcours orageux d’un couple lié et détruit par une passion commune. Bradley Cooper offre une première partie lumineuse qui malgré un démarrage empreint de gravité, nous attache d’emblée à ce personnage en fin de course et à cette rencontre digne des plus parfaits meet-cutes de cinéma. L’amour et la musique font souvent bon ménage et alors que le héros joue les pygmalions des temps modernes, on oscille agréablement entre l’univers country qui propose un contexte à la fois accessible et humble, tout en offrant du rêve à travers cet amour passionnel et fort qui unit rapidement les personnages, aussi bien validé l’un par l’autre que par le public qui adoube leur première performance sur scène. En offrant ce succès inattendu à sa jeune protégée, les rêves s’envolent et confortent A Star Is Born dans son récit plein d’émotions, d’acceptation et de cette touche de mièvrerie tout juste nécessaire pour rendre l’ensemble aussi imparfait que conquérant, portant l’amour comme un équilibre nécessaire à la survie du duo. Mais petit à petit, la petite bulle se fissure alors que la route de nos personnages divergent : l’un vers le succès et l’autre vers l’ombre. Et c’est là que j’ai un peu perdu d’intérêt pour ce film.
En fait, je m’attendais à une vision plus axée sur les changements de dynamique entre les personnages ou comment le succès de l’un se reflétait sur son couple et aussi sa personnalité. En réalité, je me suis retrouvée devant les allers-retours entre deux amoureux transis, finalement incapables de communiquer frontalement et qui préfèrent finalement sauver les apparences pour mieux continuer à se voiler la face sur ce qui les divise. Alors forcément, les histoires d’amour finissent mal, comme le chantait Les Rita Mitsouko. Et pour cause, entre destruction et créativité en berne, ce qui rendait le duo de A star Is Born aussi séduisant en première partie se réduit à peau de chagrin au fur et à mesure que le film avance.

Le couple bohème aux accents country et portés par une bande-originale aussi intéressante que bouleversante grâce à la performance des acteurs (Shallows, en tête de liste) cède la place à un récit probablement intelligent mais gravement ampoulé par des ambitions musicales qui perdent de leur substance. Et c’est principalement ce qui m’a dérangée : si le film montre comment le succès transforme, il le fait sans pour autant s’en nourrir pour faire évoluer ses personnages. A Star Is Born donne l’impression de voir un bateau couler, un Titanic qui aurait vu l’iceberg venir de loin et qui aurait foncé dedans pour précipiter sa chute. Ce qui m’avait séduit d’entrée, c’est évidemment la musique et la sincérité des paroles qui collaient superbement à la l’histoire. Ici, plus le film avance et s’embarque dans une sorte de star-système formaté, les chansons inspirées se transforment en soupe populaire (montrant une Lady Gaga en parodie plastique d’elle-même, d’ailleurs, ce qui est très étrange). Le charme des débuts s’estompe et le film replonge dans la gravité de ses débuts qui stagnait sous la surface, montrant justement à quel point la relation des personnages leur permettait de masquer ou d’ignorer les problèmes déjà apparent. Quand A Star Is Born décide de s’attaquer au sujet de fond, il le fait en éliminant l’atout charme du film, à savoir la musique, pour se focaliser sur le déclin d’un couple finalement précipité et bancal. Bradley Cooper fait le choix de séparer le parcours musical et la relation des personnages, au lieu de les aborder de façon complémentaire, ce qui pour ma part s’avère décevant, puisque si le duo est attachant, la bande-originale en pâtit sévèrement.

Derrière la caméra, Bradley Cooper s’emballe parfois mais propose une réalisation fluide. Seuls certains passages filmés pendant des concerts sont parfois gênants à cause de la façon dont la caméra suit les mouvements, cherchant à reproduire l’œil humain pour pouvoir capter chaque instant. Ces scènes auraient peut-être méritées plus de recul au lieu de conserver cette proximité qui font que les images donnent parfois mal aux yeux. Peu subtil parfois, le réalisateur joue avec les arrières-plans aux images subliminales pour illustrer l’état d’esprit des personnages aux premiers plans, ce qui peut éventuellement spoiler la fin (ce qui a été le cas pour moi).
Ma plus grosse déception reste la bande-originale : logiquement, l’inspiration musicale pâtit des choix faits par ses protagonistes, mais malheureusement, la platitude pop et/ou tremollo-pop de la seconde partie du film s’étale tellement que j’ai eu du mal à me souvenir de la beauté et du dynamismes rock/country des chansons du début (Shallows, donc). Globalement, A Star Is Born reste une ballade entraînante et même si les choix narratifs ne me conviennent pas, le film de Bradley Cooper tisse un récit solide, certes prévisible et familier, mais néanmoins touchant grâce à une histoire d’amour profonde aux accents tragiques – et donc forcément romantiques.

Au casting, c’est toujours Bradley Cooper que l’on retrouve, dans une façon bien lointaine du jeune premier séducteur que le grand public avait découvert avec Very Bad Trip en 2009 et qui s’est fait très discret ces derniers temps : chevelu, barbu, grave, Bradley Cooper (À Vif !, American Sniper, American Bluff et la voix de Rocket Raccoon chez Marvel Studios…) surprend avec une performance bouleversante qui propose un homme aux abois et qui peine à ressusciter pendant son sursis. À ses cotés, Lady Gaga passe sur le grand écran pour de bon, après une apparition dans Sin City : J’ai Tué Pour Elle, puis après avoir raflée un Golden Globe pour sa performance dans American Horror Story. Si cela fait du bien de découvrir la chanteuse/actrice/showgirl sans fard, c’est étonnant et en même temps logique de la voir se débattre avec la normalité de son personnage, ce qui entraîne parfois un surjeu qui a tendance à sonner faux. Cependant, le duo fonctionne avec une alchimie palpable qui atténue considérablement les quelques détails qui coincent, tandis que le talent indéniable de Lady Gaga en tant que chanteuse/musicienne fait le reste. Autour d’eux, Sam Elliott (The Ranch…) complète une fratrie improbable, Andrew Dice Clay (Vinyl…) fait sourire tandis que Rafi Gavron (Infiltré…) fait efficacement grincer des dents.

En conclusion, Bradley Cooper signe un premier film romantique et tragique, une belle histoire de cinéma narrée avec autant de passion que de précipitation. A Star Is Born conquiert très vite au moment de la rencontre, mais la seconde partie souffre d’un manque d’application au-delà des interactions entre les deux personnages principaux. Un peu déçue pour ma part, car je m’attendais à plus de fond autour de l’ivresse du succès et non à une véritable histoire d’amour. Ceci étant dit, A Star Is Born est en bonne voie pour trouver une place aux Oscars et c’est surtout dû à son duo déjà iconique, formé par un Bradley Cooper investi et une Lady Gaga excellente. À voir, donc.

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