[SORTIE DVD] Mary Shelley, de Haifaa al-Mansour

Le pitch : En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bien-pensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.
Réalisé par Haifaa al-Mansour
Avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge…
Sortie en DVD et VOD le 8 décembre
Bonus DVD : Entretiens exclusifs avec Elle Fanning, Haiffaa al-Mansour et toute l’équipe du film (19 mn).

Madame Bovary, Jane Eyre, Virginia Woolf… Nombreuses sont les écrivaines des siècles passés a avoir inspiré des films à travers leurs romans ou leurs histoires. Logique, car les femmes de tête à une époque où elles n’avaient leur place nulle part, cela fascine et offre souvent un parcours de vie tumultueux à raconter.
Mary Shelley n’échappe pas à la règle grâce à sa relation scandaleuse avec un homme déjà marié. Si le film se focalise sur les années avant qu’elle ne devienne légalement l’épouse de Percy Shelley, il propose tout de même le récit de deux ans de passion, de mensonges et de déceptions autour de cette jeune femme qui a tout plaqué par amour.

L’époque prête au romanesque fleuri et la réalisatrice Haifaa al-Mansour (Wadjda, Une Femme de Tête…) saute à pieds joints dedans, livrant un personnage naïf qui aurait pu rivaliser avec Cendrillon, étant elle aussi orpheline et sous le joug d’une belle-mère détestable. À défaut de prince charmant, la rencontre avec l’esprit libre de Percy Shelley va renverser son quotidien d’adolescente rêveuse et son passage à l’âge adulte sera des plus difficiles. De la fin de l’innocence à l’écriture de « Frankenstein ou le Promethée Moderne », en passant par des pertes tragiques et des rivalités insidieuses, Mary Shelley compte les nombreuses désillusions qui jalonnent le parcours de son héroïne. L’indépendance hors mariage au début des années 1800 flirte avec la décadence et fait rougir les joues des moralisateurs, et pourtant l’ensemble se heurte à la retenue farouche d’une jeune femme dont les revendications fondent comme neige au soleil quand son amant l’embobine. Le film observe surtout la ronde d’adulescents qui tentent de se tailler une part du lion, entre complaisance oisive et créativité débordante, sortant parfois de son récit engourdi pour verser dans le féminisme avec autant d’aisance qu’un poisson hors de l’eau. 

Cependant, le traitement de Haifaa al-Mansour a déjà été éprouvé maintes fois. En posant son héroïne comme une sorte de poupée victorienne grandeur nature, passive et victime des désirs égocentriques de son entourage, le film s’enfonce dans une forme trop tiède, superficielle et sans relief. Ampoulé par des dialogues aux formules alambiquées pour coller à la bonne époque et, avouons-le, un jeu souvent effarant, Mary Shelley étire une proposition moyenne, souvent mièvre et très creuse qui n’apporte rien de plus qu’une page Wikipédia… Voire moins, en fait, car en se cantonnant aux deux premières années d’amourettes avant Frankenstein, Haifaa al-Mansour ampute des étapes plus intéressantes, en expédiant la reconnaissance de Mary Shelley en tant que véritable auteur du livre pour boucler une jolie conclusion, tandis que le reste de sa vie en Europe et les autres enfants qu’elle a perdu, puis son actuel mariage avec Percy Shelley passent à la trappe. OK, j’ai peut-être un peu spoilé.

Au casting, on retrouve Elle Fanning (How To Talk To Girls At Parties, Les Proies…) dans le rôle titre, splendide certes mais bien loin des prestations réussies auxquelles elle nous avait habituée. Comme je le disais pour Galveston, l’actrice a fait le tour de ce type de rôles fleuris et ici encore, ses limites sont visiblement atteintes. Autour d’elle, Douglas Booth (La Passion Van Gogh, Jupiter : Le Destin de L’Univers…) joue les Robert Pattinson circa Twilight de seconde zone, tandis que Bel Powley (Carrie Pilby…) roule des yeux de biche effarée à n’en plus finir. Tom Sturridge (Song To Song, Loin de la Foule Déchaînée…) vient jouer les décadent, tandis que Maisie Williams (Game of Thrones…) fait une apparition éclair.

En conclusion, Mary Shelley ressert le drama poussiéreux et romanesque réservé aux auteures qui ont marqué la littérature en évoluant dans un monde d’hommes et de mœurs strictes. Malgré son ambiance poudrée, Haifaa al-Mansour frôle le téléfilm film longuet, zappant les aspects vraiment intéressants de la vie de son héroïne pour se contenter d’une romance tiédasse qui ne saisit jamais la complexité passionnelle de son époque ni de ses amants perdus. Moyen, donc. À tenter.

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