[CRITIQUE] Premières Vacances, de Patrick Cassir

Agréable et sucré, Premières Vacances exorcise l’une des premières « épreuves » du couples à travers une comédie légère. D’une rencontre Tinder à une escapade pleine d’aventures, le film de Patrick Cassir tisse une romance en accéléré, portée par un duo qui fonctionne à merveille.

Le pitch : Marion et Ben, trentenaires, font connaissance sur Tinder. C’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun ; mais les contraires s’attirent, et ils décident au petit matin de leur rencontre de partir ensemble en vacances malgré l’avis de leur entourage. Ils partiront finalement… en Bulgarie, à mi-chemin de leurs destinations rêvées : Beyrouth pour Marion, Biarritz pour Ben. Sans programme précis et, comme ils vont vite le découvrir, avec des conceptions très différentes de ce que doivent être des vacances de rêve…

Pour son premier film, Patrick Cassir s’inscrit dans l’air du temps à travers un couple qui se rencontre au détour d’un like (ou swipe) et décide sur un coup de tête de partir en vacances ensemble. Si le synopsis de départ de Premières Vacances semble tiré par les cheveux, l’introduction du film souligne plutôt efficacement la façon dont les rencontres ont évolué en très peu de temps grâce à internet. Hier, on osait à peine évoquer les speed-datings, il y a vingt ans, les annonces dans les journaux gratuits faisaient sourire mais aujourd’hui, au détour d’une application mobile, les couples se forment en un clic, pour une nuit et plus si affinités. Alors pourquoi pas pousser le délire un peu plus loin et voir si l’alchimie perdure en vacances, loin du ronron quotidien et face à la vérité crue de sa nouvelle moitié ? Premières Vacances dédiabolise l’engagement pour mieux coller à l’air du temps, alors que les règles du jeu amoureux ont bien changé.

Léger et pétillant, Premières Vacances propose un duo attachant dont les personnalités détonnent pour mieux se compléter. Lui, fils à maman, rigide sur les bords et préférant les vacances pépères dans un hôtel étoilé ; elle, bohémienne des temps modernes, ouverte à l’inconnu et aux découvertes… forcément ça clashe. Et c’est justement ce coté un peu attendu qui fait du film un atout, puisque Premières Vacances jouent avec les différences de ses personnages mais cherchent surtout à en extraire leur accessibilité. Du coup, Patrick Cassir évite les running gags essoufflés qu’on a déjà vu mille fois et offre un duo auquel on peut s’identifier, tout en creusant les contradictions de nos générations. En effet, d’un coté le plan cul est devenu un loisir tout public, mais de l’autre, la cuisine locale suscite la méfiance ! C’est en marchant souvent sur la tête que Premières Vacances parvient à tirer son épingle du jeu, à cheval entre des sentiers battus et un parallèle implicite bien vu.

Au-delà de la métaphore, le film reste évidemment une comédie romantique réjouissante qui, au-détour des paysages bulgares, offre de bons moments d’humour, parfois même potaches. Le spectateur découvre les personnages en même temps que ces derniers s’apprivoisent et que les façades se révèlent. Les différences sont utilisés à bon escient, que ce soit au détour d’une nature sauvage qui s’avère un poil trop libérée ou dans le confort bourgeois qui ressemble à un repère de beaufs élevés au grain. Ce que j’ai aimé, c’est Premières Vacances n’en fait pas trop et reste dans la bonne mesure : ni trop gras, ni trop caricatural, l’ensemble est frais, efficace et sans effort.

Au casting: Camille Chamoux (Larguées, Faut Pas Lui Dire…) délaisse enfin les personnages nerveux et rigides auxquels elle nous avait (trop) habitué pour un rôle plus détendu et donc plus sympathique. Face à elle, Jonathan Cohen (Ami-Ami, Papa ou Maman 2…) est également à l’opposé de ses rôles habituels et réjouit en jouant le conservateur de service. Autour d’eux, on retrouve Jérémie Elkaïm (Dans La Forêt, Irréprochable…) et Camille Cottin (Dix Pour Cent, Photo de Famille…), comme des retrouvailles sympathiques et régressives, tandis que Vincent Dedienne (La Fête des Mères…) tente d’être la voix de la raison.

En conclusion, Patrick Cassir signe un premier film agréable et sympathique, profitant de son sujet pour cristalliser les nouveaux modes de rencontres éphémères à travers la fameuse épreuve des vacances à deux. Premières Vacances est léger mais porteur finalement d’une seconde lecture qui, malgré son aspect coloré et positif, soulève quelques questions sur la façon dont les relations humaines fonctionnent aujourd’hui. À voir.

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