[CRITIQUE] Dumbo, de Tim Burton

Quelques années après Alice Au Pays des Merveilles, Tim Burton s’approprie un autre classique Disney qu’il réinvente avec aisance, puisque Dumbo évoque des sujets qui lui sont familiers. Entre différence, rejet et magie, le réalisateur retrouve ses marques et propose une adaptation libre du dessin animé, tout en s’amusant à noircir l’image d’un certain parc à thèmes. En surface, Dumbo reste attachant, bien fichu et facile à suivre, cependant je trouve que l’ensemble manque sacrément de magie. Pour un film avec un éléphant qui vole, pour ma part, je n’ai pas décollé.

Le pitch : Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler…

Après Cendrillon, Maléfique ou encore Le Livre de la Jungle, les studios Disney continuent de réinventer leurs classiques avec une nouvelle adaptation du dessin animé Dumbo – qui, au passage, est le premier d’une année chargée avec les adaptations prochaines d’Aladdin et du Roi Lion. Étonnamment, après la réception controversée du film Alice au Pays des Merveilles et le passif mitigé entre les studios Disney et Tim Burton (puis Tim Burton et son compositeur attitré, Danny Elfman, également de retour depuis Big Eyes), le réalisateur des classiques et cultissimes Edward aux Mains d’Argent, Beetlejuice ou encore Mars Attacks! retrouve le pays de Mickey avec l’histoire de cet éléphant capable de voler grâce à ses grandes oreilles.
Derrière le conte, il y a des sujets familiers qu’on retrouve souvent dans le cinéma de Burton, ne serait-ce qu’à travers ce héros rejeté et moqué, puis transformé en monstre de foire à cause de sa différence. Si Edward aux Mains d’Argent était déjà le reflet intime du réalisateur, Dumbo s’inscrit dans cette lignée personnelle et c’est ce qui a probablement permis à Tim Burton de pouvoir s’exprimer plus librement. En effet, si le dessin animé d’une heure et des poussières a vu sa durée doubler pour la version grand écran, c’est parce que Dumbo s’émancipe du cirque pour mieux explorer l’attrait du sensationnel, positif ou non, auprès du commun des mortels.

Tim Burton reprend les grands lignes du dessin animé, en évitant évidemment la fantaisie d’origine, pour installer l’histoire poignante de ce Dumbo qui, en très peu de temps, va subir le rejet, les moqueries, la séparation avec sa mère et la dépression tristesse. Autant dire qu’il faut être d’une humeur bien heureuse pour aller voir Dumbo, sinon gare au coup pour le moral dans ce premier acte difficile ! Le film prend son envol (hihi) une fois que les antagonistes font leurs entrées, ouvrant la porte à un univers magique et plus vaste qui sied plutôt bien à l’histoire, mais va évidemment cacher une part d’ombre pour densifier la trame devenue trop légère. Dans cette parodie d’un Disneyland, le film continue d’exploiter les talents de son animal ainsi que sa fragilité émotionnelle, tandis que les sous-intrigues familiales et simili-amoureuses se développent. En effet, ce ne serait pas un film Disney sans une famille brisée, des enfants pétris d’espoir et d’imagination, ainsi qu’un fond de romance pour cueillir le public adulte.
Dans l’ensemble, Tim Burton livre un film qui ressemble plus à sa personnalité. Si la noirceur graphique de l’univers Burton s’efface au profit du récit dramatique (et parfois badant), l’approche narrative retrouve ses terrains de jeu habituels, à travers une enfant très mature pour son âge suite au décès de sa mère, la déconstruction d’un modèle capitaliste triomphant et le thème de la différence (et de la famille), très présent dans l’histoire.

Visuellement, Dumbo choisit la retenue. Contrairement à The Greatest Showman – film également sur la thématique du cirque et des monstres de foires – Tim Burton évite la surabondance d’effets visuels et de décors trop chamarrés. La photographie reste sombre, parfois inquiétante, oscillant aisément entre les ambiances festives et les atmosphères volontairement effrayantes pour habiller ces faux monstres de la nature. En dehors des premières minutes habillées d’un fond vert très maladroit, Dumbo se démarque par son esthétique minutieuse, faite de détails et de costumes travaillés – comme toutes les tenues d’Eva Green, absolument superbes.

Oui, mais voilà : si le film donne l’impression d’avoir retrouvé un Tim Burton au top de sa forme – bien que j’avais beaucoup aimé Miss Peregrine, Dumbo m’a laissée de marbre. D’ordinaire, les films Disney riment avec émerveillement, magie et rêveries éveillés, même quand ils reprennent un dessin animée, sauf des fois où la magie tourne court, comme la récente adaptation de Cendrillon et sa nunucherie plate. Pour Dumbo, il m’a manqué cette étincelle de magie qui aurait permis au film de sortir de son ambiance parfois très plombante. En effet, l’introduction condense tellement de rebondissements tristes, que cette impression reste tenace tout au long du récit. L’apprentissage de la vie de Dumbo, porté par une famille d’accueil chaleureuse, a du mal à égayer une trame un poil prévisible et souvent répétitive, misant sur la mignonnerie de cet éléphant aux yeux bleus et ses nombreuses tentatives de vol qui finissent souvent en eau-de-boudin. Dumbo manque de surprise et d’imagination, le traitement narratif est linéaire et que l’effet spectaculaire manque à l’appel. J’ai eu du mal à cerner à quel public le film s’adressait tant l’aspect enfantin est mis de coté au profit d’une histoire très adulte et loin des formats Disney. De même, avec l’éléphant au centre, le film passe à coté de ses personnages humains, sorte de rôles interchangeables pour répondre aux clichés usuels, si bien qu’on ne s’y attache pas vraiment.

Justement, au casting, on retrouve Colin Farrell (Les Veuves, Les Animaux Fantastiques, Dans L’Ombre de Mary…) qui incarne une nouvelle fois une figure paternelle chez Disney, sans pour autant briller au milieu d’un ensemble plus imposant : Eva Green (Miss Peregrine et Les Enfants Particuliers, Sin City : J’ai Tué Pour Elle, White Bird…) illumine le film avec un personnage captivant qui apporte une certaine chaleur qui va renforcer la tendresse générale apportée par les jeunes Nico Parker et Finley Hobbins, tandis que Michael Keaton (American Assassin, Spider-Man: Homecoming, Le Fondateur…) s’approprie le rôle du vilain sans cœur et capitaliste. À l’affiche également, Danny DeVito (Le Teckel, The Comedian…) s’agite beaucoup et Alan Arkin (Braquage à l’Ancienne…) fait une apparition.

En conclusion, si Dumbo est un des dessins animés que je connais le moins, le film de Tim Burton permet de (re)découvrir cette histoire attendrissante surtout d’acceptation de nos différences. Cependant, le manque de magie et d’émerveillement propres à la formule Disney manque à l’appel et l’ensemble m’a laissé étrangement indifférente. À tenter.

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