[CRITIQUE] Shazam!, de David F. Sandberg

Après une série de films décevants, il semblerait que l’univers DC par Warner Bros ait trouvé la solution… dans l’absence de cohérence ! Après l’effervescent Aquaman, c’est au tour d’un super-héros bon-enfant, fun et rafraîchissant de faire ses premiers pas sur grand écran. Avec Shazam!, David F. Sandberg renoue avec la bonne vibe des films de super héros old school dignes des premiers Spider-Man version Sam Raimi en proposant une origin story à la fois pop, décomplexée et accessible. Malgré un ensemble parfois bordélique et un ventre mou en cours de route, Shazam! est plutôt cool !

Le pitch : On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d’accueil, il suffit de crier « Shazam ! » pour se transformer en super-héros. Ado dans un corps d’adulte sculpté à la perfection, Shazam s’éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n’importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l’insouciance d’un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana…

Avant de verser dans la facilité et de commencer à débattre sur le fait que l’univers Warner a cédé à la pression du modèle Marvel Studios, il faut rappeler une chose : dans les comics, l’univers de Shazam! n’a rien (ou peu) à voir avec les autres héros DC Comics et leurs tonalités darks, pleine de traumas, de nuits sombres et de lourds secrets. Au contraire, Shazam! – originellement surnommé Captain Thunder ou Marvel jusqu’à ce que les droits (abandonnés) du nom Captain Marvel ait été rachetés par Marvel Comics en 1967 – était l’occasion de proposer un super-héros plus adolescent et plus accessible pour un jeune public. Par conséquent, voir le (feu ?) DCEU proposer un film aussi coloré au ton humoristique bien présent est totalement logique.

À la réalisation, c’est David F. Sandberg qui s’attelle au projet. Le réalisateur, plus ou moins parrainé par James Wan (Aquaman), s’était déjà fait remarquer pour ses films d’épouvante : Dans Le Noir puis Annabelle 2 : La Création du Mal. Changement de registre conséquent avec Shazam!, donc, alors que le film part la rencontre du jeune Billy Batson, orphelin intrépide, qui devient un super-héros à la taille adulte mais à la maturité d’un adolescent dès qu’il prononce le nom « Shazam ». Face à lui, un antagoniste plus sombre et prêt à tout pour lui voler ses pouvoirs, alors que ce dernier s’est construit à travers le rejet cruel de son paternel et est devenu obsédé par la revanche et avide de pouvoir. Si cela est le postulat de base du film, Shazam! est surtout une origin story qui invite à la détente en offrant un terrain de jeu sympathique alors que le jeune Billy découvre ses pouvoirs avec toute l’excitation immature qui correspond à son age et à son parcours d’orphelin débrouillard.
Loin des super-héros adultes qui ressentent immédiatement que de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités *wink wink*, Shazam! reste au niveau de ses personnages et s’amuse avec cet alter-ego surpuissant pour explorer l’imaginaire de gamins intrépides, passant ainsi le plus clair du film à utiliser les pouvoirs de Shazam pour amuser la galerie. David F. Sandberg se nourrit de ressorts comiques qu’il sème abondamment à travers des répliques efficaces (« Touche mon gourdin ») ou des mises en situation hilarantes. Shazam! s’émancipe du super-héros tel qu’on le connait et vise directement notre âme d’enfant en cristallisant nos fantasmes de gamins quand on jouait aux super-héros dans la cour de récré (comment ça, pas vous ?). Fun et bien fichu, Shazam! sait divertir sans verser dans l’humour potache : j’avais peur d’avoir à faire avec un sous-Deadpool pour enfants et des blagues pipi-caca, mais finalement l’écriture est en double lecture, utilisant le premier degré pour les plus jeunes et, parfois, une seconde lecture pour les autres, utilisant la naïveté et la jeunesse de ses personnages pour les contraster avec les enjeux premiers du film. Facile et quelque peu linéaire, Shazam! coche les cases en bon élève, masquant l’absence de prise de risque visible derrière un format effervescent qui ferait presque oublier que le jeune Billy a exactement le même look (bonnet + mèche de cheveux compris) depuis la petite enfance et que son foyer d’adoption semble bien trop cute pour être vrai. Mais, porté par son énergie très positif, le film divertit et concentre notre attention sur son atout haut en couleurs : le fameux Shazam, son costume moulé à la cape digne des plus beaux rideaux de grand-mère et surtout le caractère hyper attachants des héros !

Cependant, malgré toute cette déferlante d’humour surprenante et bienvenue, Shazam! et son tempérament clownesque à tendance à s’attarder sur son aspect one-man-show, ce qui affaiblit tout de même la puissance de ce super-héros invincible. Après plus de la moitié du film centré sur l’humour, l’affrontement tant attendu arrive tardivement et si le vilain de l’histoire parvient à densifier l’action, j’ai trouvé que le super-héros du film se retrouve trop vite dépassé et forcé à activer le plan B (spoiler). Après tout, on parle tout de même d’un personnage qui pourrait rivaliser sans problème face à Superman, mais à force de passer plus d’une heure à faire le mariole, il se retrouve face à un ennemi plus aguerri et vindicatif qui le surpasse trop aisément. Certes, le dernier rebondissement fait plaisir – pour ceux qui connaissent un peu l’univers Shazam – mais j’aurai aimé voir cette partie développée dans une éventuelle suite et voir notre super-héros maîtriser de lui-même ses pouvoirs dans ce film.

D’autres bémols, narratifs cette fois, viennent s’ajouter à l’ensemble, notamment le passé de Billy Batson et la relation avec sa mère qui manque de solidité et de crédibilité. Un passage mal maîtrisé qui rend la quête première de l’adolescent un poil inutile (puisque téléphonée) et dont le dénouement arrive comme un cheveu sur la soupe avant de disparaître de la trame sans laisser de trace. Dommage, les héros DC ayant souvent des relations troubles avec (le souvenir de) leurs parents, cet aspect aurait pu apporter une épaisseur à un Shazam! parfois trop régressif et qui aurait pu se nourrir de cette blessure profonde pour exploser dans l’affrontement final, par exemple. À l’inverse, le film explore mieux la relation du vilain avec son père (et son frère), ce qui non seulement le rend plus dangereux mais permet aussi de créer une certaine empathie intéressante pour son personnage, devenu mauvais presque malgré lui.

Néanmoins, malgré ces quelques défauts de rythme et de traitements narratifs, le film de David F. Sandberg fait l’effet d’une bouffée d’air frais old school, loin des formats millimétrés des origin stories de Marvel Studios. En effet, Shazam! est surprenant, fun et suffisamment cool pour qu’on puisse prendre du plaisir avec ce super-héros atypique qui a gardé son âme d’enfant et parvient surtout à la partager. Finalement, en abandonnant sa vision chaotique d’un univers de super-héros torturés, Warner Bros et DC Comics réussissent peut-être là où Marvel Studios refusent de s’aventurer : en lâchant prise sur une vision d’ensemble calibrée, Aquaman et Shazam! semblent ouvrir une brèche vers des films qui n’ont aucune ressemblance et donc de meilleures chances d’atteindre un nouveau public. Je ne sais pas si c’est volontaire, mais cela semble être une piste intéressante, même si le film de David F. Sandberg s’échine à rappeler sans arrêt qu’il fait bien partie de l’univers de Batman et de Superman à travers plusieurs appels du pied, voire même un combat final qui de sacrés faux airs avec celui de Man Of Steel (lisibilité chaotique comprise).

Au casting : si Zachary Levi est passé inaperçu chez Marvel Studios (Fandrall dans Thor : Le Monde des Ténèbres et Thor – Ragnarok), l’acteur s’éclate en incarnant Shazam et la dualité de son personnage qui ressemble à un homme et agit comme un enfant. À ses cotés, le jeune Asher Angel incarne un personnage sympathique mais c’est évidemment le génial Jack Dylan Grazer (Ça, My Beautiful Boy, Me, Myself & I…) qui vole la vedette aux premiers rôles – en même temps, il a un CV plus fourni, étonnement – en jouant son meilleur ami et complice à la fois touchant et surtout espiègle – comme souvent. Face à eux, Mark Strong (Kingsman : Services Secrets et Le Cercle d’Or, Miss Sloane…) est un méchant solide qui parvient à trouver une certaine humanité malgré ses intentions destructrices.
À l’affiche également, on retrouve Djimon Hounsou (Captain Marvel, Aquaman, Le Roi Arthur…) qui n’en finit plus de truster tous les films de super-héros du coin, tandis que la famille est composée de Grace Fulton (Annabelle 2 : La Création du Mal…), Ian Chen (Bienvenue chez les Huang…), Faithe Herman (This Is Us…) pour valider la mignonnerie de l’ensemble et Jovan Armand (The Middle).
D’autres surprises sont également à prévoir coté casting, mais… chhhut, je n’en dis pas plus.

En conclusion, Shazam! prouve que l’univers DC peut être fun. Quelques réserves sur la partie humour et le final un poil bordélique, mais dans l’ensemble, c’était bien cool. À voir.

PS : deux scènes bonus se cachent dans le générique, dont une à la toute fin – oui, comme dans un film Marvel. Mais honnêtement, la dernière est absolument inutile. Oui, un peu comme le fait Marvel parfois. Bon, OK, peut-être que Warner/DC ont capitulé 😀

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