[CULTE] Aliens, le retour, de James Cameron (1986)

Le pitch : Après 57 ans de dérive dans l’espace, Ellen Ripley est secourue par la corporation Weyland-Yutani. Malgré son rapport concernant l’incident survenu sur le Nostromo, elle n’est pas prise au sérieux par les militaires quant à la présence de xénomorphes sur la planète LV-426 où se posa son équipage… planète où plusieurs familles de colons ont été envoyées en mission de « terraformage ». Après la disparition de ces derniers, Ripley décide d’accompagner une escouade de marines dans leur mission de sauvetage… et d’affronter à nouveau la Bête.
À noter : Aliens, le retour monte en grade et est récompensé par 2 Oscars : Meilleur Montage Sonore et Meilleurs Effets Visuels, ainsi qu’un BAFTA pour les Meilleurs Effets Visuels également.

 Écoutez le podcast C’est Super Culte spécial Aliens (auquel j’ai participé) chez Myscreens.fr

Un peu d’histoire en bref

Scott a toujours voulu faire un Alien 2, mais plus axé sur la planète d’où viennent les créatures et sur le Space Jokey qu’on découvre dans le premier film. Ce n’est pas pour rien qu’il s’est lancé dans Prometheus 30 ans plus tard… D’après lui, la Fox ne l’a jamais contacté officiellement pour réaliser ce film (ni pour les autres suites) et papa Scott clame qu’à ce moment-là, quand il apprenait que des suites étaient en branle, il se disait “bienvenue à Hollywood” de façon sarcastique (même si, d’après la Fox, Ridley Scott était toujours consulté sur ces projets).
Entre deux Terminator et juste avant Abyss (1989), James Cameron, grand fan de Ridley Scott, livre une première suite à Alien, Le Huitième Passager. À l’époque, Cameron n’était pas encore le grand réalisateur reconnu qu’il est aujourd’hui, au contraire, si la Fox avait apprécié son projet Terminator, ils ont d’abord attendu de voir si le film allait marcher avant de lui donner le feu vert. Si Terminator a été un vrai succès, il y a eu un double effet kiss-cool : Cameron a eu le champ libre pour réaliser Aliens, mais a dû faire sans Arnold Schwarzenegger – sa muse de l’époque n’est-ce pas – qui était retenu sur le film Conan le Barbare. Quelle chance ! Je n’ose pas imaginer Schwarzy face à la Reine, ni dans le rôle de Hicks (Michael Beihn) o_O
De retour à la barre, Walter Hill et David Giler ne savent pas quoi raconter sur ce Alien II et rechignent à faire de la science-fiction comme pour le premier opus. Ils donnent juste comme instruction à Cameron que Ripley doit retourner sur la planète du premier film avec des militaires ! Cameron confie qu’après avoir vu Alien le jour de sa sortie, il avait été tellement emballé qu’il en a écrit une petite histoire inspirée par le film, reprenant le concept d’une colonie minière sur Vénus (!) et centrée sur un personnage « à la Ripley », qu’il avait baptisé E.T. puis Mother. Il repioche donc la majeure partie du scénario d’Aliens dans ce premier jet écrit des années auparavant et y ajoute son inspiration du moment, à savoir la guerre du Vietnam.

En 4 jours, il produit un synopsis de 42 pages qui sera validé par Brandywine, la société de production de Walter Hill et David Giler (et Gordon Carroll). Pendant toute l’écriture du scénario, Sigourney Weaver n’était pas au courant qu’un film était en cours, ce qui a rendu James Cameron furieux vu qu’il misait tout sur elle. Il l’a donc directement appelée pour la prévenir et la faire revenir sur le projet, puisque l’actrice était déjà passée à autre chose. Plus tard, Cameron rembauche Ron Cobb, le dessinateur, ainsi que Syd Mead, un concepteur industriel pour imaginer le Sulaco, un vaisseau foncièrement différent du Nostromo. Cependant, James Cameron ne recherche pas l’aspect futuriste, il veut conserver l’effet du film de guerre contemporain en s’inspirant des véhicules, des armes et des uniformes des soldats et la guerre du Viêt-Nam.
La Reine est d’abord née d’un dessin de James Cameron qui a totalement conquis Stan Winston. HR Giger est donc revenu sur le projet pour valider cette « déclinaison » du xénomorphe. La Reine Alien a été réalisée en taille réelle : une « marionnette » de 4,20 mètres, dirigée par 16 personnes. Cameron la rêvait immense, énorme, mais aussi rapide, terrifiante et féminine, plus inspirée par les crustacés que les insectes, même si l’ambition était tout de même de rappeler la veuve noire (l’araignée, hin, pas Scarlett Johansson).

Au final, si la Fox était plutôt open, le tournage ça n’a pas été simple : méthodes de travail critiquées, accidents sur le plateau, un chef opérateur viré… Aliens, Le Retour a connu des déboires hors caméra, d’autant plus que l’ambition guerrière du film détonnait beaucoup avec le premier film de Ridley Scott, ce qui a fait douté les grands penseurs de la Fox qui on pas mal malmenés Cameron – alors un jeune réalisateur, rappelons-le.

Écoutez le podcast C’est Super Culte spécial Aliens (auquel j’ai participé)

Mon avis

À l’arrivée, le film de James Cameron connait un succès immédiat. En effet, au lieu de proposer un copycat, Cameron ose une aventure totalement différente, donnant à Ripley, notamment, une dimension de survivante bien plus charismatique et forte. James Cameron ose une adaptation punchy et violente d’Alien, sans pour autant délaisser le caractère angoissant des xénomorphes tapis dans l’obscurité, toujours hostiles et féroces. Grâce à l’approche très militaire et « action hero » du film, Aliens, Le Retour touche aussi un public plus large : les fans de SF rejoignent les amateurs d’action dans les salles de cinéma, tandis que le film est souligné par un féminisme progressiste et savoureux alors que les femmes prennent le pouvoir (Vasquez #coeuraveclesdoigts) dans un univers patriarcal très prononcé. D’ailleurs, Ripley est réellement au centre de l’histoire. Membre dans l’ombre d’un équipage au début du premier Alien, Ripley revient en tant que seule survivante du Nostromo. Et pourtant, malgré des décennies d’hyper sommeil plus tard, son statut de femme se retrouve toujours diminuer face à des groupes majoritairement masculins (et de rares femmes complices) qui s’accordent à dire que ses histoires de monstres sont probablement une lubie d’hystérique. Incomprise et hors du temps, Ripley a tout perdu : ses amis, sa famille et sa fille Amanda, qu’elle avait alors laissé sur Terre avant d’embarquer sur le Nostromo et qui est décédée d’un cancer entre temps. C’est probablement parce qu’elle n’a plus rien à perdre qu’elle décide de rempiler pour une nouvelle mission vers l’inconnu, quitte à recroiser son ennemi juré et au risque de tomber dans le piège de cette industrie manipulatrice qu’est Weyland (qui cherche à la faire taire).

À travers ce film (et surtout la version Director’s cut qui s’attarde un peu plus sur le sujet), James Cameron va lui redonner une raison de se battre, grâce à Newt, la petite fille du film, (et puis aussi un peu Hicks #coeuraveclesdoigts), qui va réveiller son instinct maternel. Sans Newt, Ripley n’aurait probablement pas eu la niaque nécessaire pour vaincre les Aliens ni affronter la Reine. Alors que la petite fille lui rappelle la survivante qu’elle a été à bord du Nostromo – seule face à l’alien (on pourrait même pousser le bouchon à comparer l’innocence de Ripley en petite tenue et celle de Newt, mais les fantasmes geek autour de la petite culotte de Ripley ont finalement gâché le symbolisme de cette scène :D) – et la mère qu’elle n’a pas eu l’occasion d’être, James Cameron y voit alors l’opportunité de faire du film un combat de mères en introduisant la Reine Alien. C’est l’occasion également de compléter le processus de naissance entrepris par Ridley Scott avec la création de cette mère incroyable qui pond des œufs à la chaine.  Dans la lignée des travaux de HR Giger, la Reine Alien en impose : massive, furax et prête à tout pour venger la mort de ses bébés, le final d’Aliens, Le Retour est véritable face-à-face mettant en scène la motivation la plus dangereuse qui soit toutes espèces confondues : l’instinct maternel. Si Ripley reste l’élément central des films et que son personnage obtient la consécration en tant que ‘action hero”, c’est finalement le concept de la reine qui a valu à la saga deux films supplémentaires.
Ambitieux et différent, le film de James Cameron donne un nouveau souffle à la saga, parvenant à créer une suite qui ne supplante jamais l’original puisqu’elle ne cède pas à la facilité de la simple redite. Si le réalisateur retrouve ses thèmes fétiches, il inscrit son film dans la continuité d’Alien, installant le statut d’icône d’Ellen Ripley – aux cotés, évidemment, de Sarah Conor – dans un ensemble badass et solide.

Scènes préférées

La découverte de la Reine, évidemment : Quand Ripley débarque dans le nid et découvre la créature gigantesque qui se dévoile et se déplie lentement, avec aucune musique en fond sonore pour être mieux bercer, pardon, tétaniser par le souffle de la Reine… La lenteur de cette scène est purement magique, en lien direct avec le coté contemplatif et lancinant du premier Alien alors que la Reine fascine instantanément.
Et puis il y a aussi ce dialogue silencieux, alors que Ripley maintient la Reine en retrait en menaçant de cramer ces oeufs (qu’elle finit quand même par cramer). Dès lors, le film nous embarque dans un final incroyable, certes teinté par des moments incongrus (la Reine dans un ascenseur, ou encore la porte ouverte vers l’espace, ce qui devrait tuer tout le monde…) mais porté par un sacré duel et une phrase d’anthologie : « Get away from her you bitch / Ne la touche pas, sale pute (en VF) ».
Si la Reine est le point fort du film, cela n’a pourtant pas plus à Ridley Scott sur le moment, même si aujourd’hui il affirme avoir aimé le concept.

La vanne de Vasquez (et sa complicité avec Drake) : incarnée par Jenette Goldstein, Vasquez est une nana couillue qui cadre bien dans le décor masculin et violent. Quand un de ses comparses tentent de la rabaisser en lui demandant si on l’avait déjà prise pour un homme, elle répond du tac-au-tac « non, et toi ? ». J’aurai voulu qu’elle survive.

Écoutez le podcast C’est Super Culte spécial Aliens (auquel j’ai participé)

Anecdotes :

  • le personnage de Vasquez : l’actrice – ainsi que les autres acteurs jouant les militaires – a subi un entrainement intensif mis au point par James Cameron et devait imaginer une histoire pour son personnage et celui de Drake. Du coup elle a créé le background de deux condamnés à perpétuité pour meurtre, forcés à choisir entre la prison ou de s’engager dans les Marines.
  • Dans la scène coupée où on découvre la famille de Newt, l’acteur qui joue son frère Timmy est réellement le frère de Carrie Henn. L’actrice avoue avoir adoré pouvoir frapper son frère avec une poupée sans que ses parents ne puissent la gronder.
  • Le sang des androïdes, c’est du lait
  • Une scène coupée se passant sur la colonie de LV-426 où l’on voit notamment un enfant conduire un tricycle : c’est un clin d’œil évident à The Shining, de Stanley Kubrick
  • Je déteste le personnage de Newt, malgré ce qu’il apporte comme profondeur à Ripley. Voilà, bon c’est pas une anecdote, mais il faut que ça sorte.

>>> Mon avis sur Alien, Le Huitième Passager, de Ridley Scott

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