[CRITIQUE] Sibyl, de Justine Triet

Le pitch : Sibyl est une romancière reconvertie en psychanalyste. Rattrapée par le désir d’écrire, elle décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu’elle cherche l’inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l’acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu’elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s’accélère à une allure vertigineuse…

3 ans après le plébiscité Victoria, Justine Triet retrouve Virginie Efira pour le drame psychologique Sibyl – à ne pas confondre avec Sybil de Daniel Petrie (1979) – présenté en sélection officielle du Festival de Cannes 2019. Inspirée par la série En Analyse et le film Une Autre Femme de Woody Allen, le film de Justine Triet se penche sur une femme psychanalyste qui décide de revenir à ses premières amours, l’écriture, alors qu’une actrice désespérée lui demande de l’aide. Comme tout roman tortueux, la relation entre la psychologue et la patiente va sortir du carcan moral alors que l’héroïne va s’inspirer des séances pour écrire son nouveau livre. Là où Sibyl devient intéressant c’est qu’il ne se limite pas aux confidences des séances mais épluche, au compte-goutte, le passée d’une héroïne rattrapée par ses vieux démons. Au fur et à mesure que le film s’immisce au cœur d’un triangle amoureux tourmenté, on découvre une femme rongée par ses addictions et qui revit par transfert les moments forts d’une histoire passionnelle qui l’a marquée. Le dérapage est inévitable, malgré la conscience éclairée du personnage principal, et le film l’observe s’enliser profondément, presque volontairement, dans un gouffre émotionnel qui va laisser des traces et tout éclabousser sur son passage.

Justine Triet tisse une intrigue à effet boule de neige, démarrant par un échange insignifiant pour finalement devenir cet énorme objet encombrant qui s’agglutine et modifie inexorablement tout ce qu’il rencontre. Si l’exercice est intéressant, l’exécution n’est pas aussi efficace qu’on l’aurait voulu. Sibyl oscille sans jamais se décider entre le thriller passionnel et le drame psychologique, restant constamment sur le banc de touche au lieu de sauter à pieds joints dans le récit. Les flashbacks qui jalonnent le film deviennent rapidement vains et interviennent, au bout du compte, comme des actes manqués, comme si la réalisatrice s’était d’un coup souvenu qu’elle avait oublié de boucler cette partie de l’histoire, ce qui les rend finalement incohérents avec ce qui se passe dans le présent. Les intentions sont compréhensibles (une addiction remplacée par une autre) mais la réalisation et l’écriture se regardent de le nombril, Justine Triet étant trop satisfaite d’elle-même pour être consciente des trous béants qui empêche son histoire de fonctionner. Complaisant sur les bords et souffrant d’une volonté pseudo-intello de vouloir faire un film troublant, Sibyl tourne en rond et surtout autour d’une femme à la dérive qui se laisse couler sans, finalement, véritable raison apparente. Même la mise en scène qui se rêvait sobre devient rapidement ronflante, reposant sur la caricature bien trop franchouillarde d’enfoncer les portes ouvertes de l’explicite pour montrer des scènes de sexe plus lourdes que nécessaires à l’histoire. En bref, Sibyl s’annonçait prometteur et ne livre finalement que de l’ennui, un grand vide teinté de névroses morcelées et inabouties perdu dans un ensemble relativement pénible à suivre.

Au casting, on retrouve donc Virginie Efira (Un Amour Impossible, Le Grand Bain, Un Homme À La Hauteur…) qui, sous couvert de confiance en sa réalisatrice, en fait un poil trop sous la coupe d’un personnage à l’écriture éparpillée. À ses cotés, Adèle Exarchopoulos (Le Fidèle, Orpheline, La Vie d’Adèle…) passe les 3/4 du film à pleurer et disparaît au moment où son personnage livre enfin quelque chose, Gaspard Ulliel (Eva…) est sans intérêt, Sandra Hüller (Toni Erdmann…) agace parfois mais reste un personnage touchant, tandis que Niels Schneider (Un Amour Impossible, Dalida…) reste toujours aussi magnétique. On retrouve également Laure Calamy (Dix Pour Cent…), Lorenzo Lefebvre (Bang Gang…) et Paul Hamy (Le Divan de Staline…), secondaires malgré eux.

En conclusion, Victoria m’avait plu à travers l’histoire de ce personnage qui s’écroule peu à peu. Avec Sibyl, Justine Triet tente d’aller plus loin dans la déroute en flirtant avec le drame psychologique aux accents de thriller, mais le résultat fait l’effet d’un soufflé qui retombe. Gonflé à bloc par son casting et les prémices d’une intrigue prometteuse, Sibyl botte rapidement en touche pour se complaire dans une ronde laborieuse et vaine. À tenter.

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