[CRITIQUE] Spider-Man: Far From Home, de Jon Watts (sans spoiler)

Iron Man n’est plus, Spider-Man va-t-il le remplacer ? C’est la question que semble vouloir (im)poser le MCU, quelques mois après Avengers – Endgame. Jon Watts livre un Spider-Man: Far From Home sous le signe de la maturité, sans pour autant perdre l’ADN lycéen de Homecoming, et propose une nouveau volet partagé entre l’adolescent et le héros. Globalement sympathique et fun, malgré quelques détours commodes et une transition entre le teen movie et le film super-héroïque qui risque de diviser, Spider-Man: Far From Home gagne en panache dans sa seconde moitié et s’inscrit parfaitement parmi les blockbusters estivaux et légers, avec suffisamment de moments épiques pour créer le spectacle, comme Marvel Studios (et Sony Pictures) sait les faire.

Le pitch : L’araignée sympa du quartier décide de rejoindre ses meilleurs amis Ned, MJ, et le reste de la bande pour des vacances en Europe. Cependant, le projet de Peter de laisser son costume de super-héros derrière lui pendant quelques semaines est rapidement compromis quand il accepte à contrecœur d’aider Nick Fury à découvrir le mystère de plusieurs attaques de créatures, qui ravagent le continent !

Spider-Man: Far From Home est un film estival, certes, mais c’est surtout la conclusion de la Phase 3 de Marvel Studios (feat. Sony Pictures, ne l’oublions pas) et le premier film après le rouleau-compresseur Avengers – Endgame. Deux ans après le premier stand-alone Homecoming, l’homme-(ou plutôt l’ado)-araignée revient sur nos écrans, toujours sous la houlette de Jon Watts, et a la lourde de tâche d’accomplir le chapitre de la maturité tout en se trouvant le cul entre deux chaises, comme on dit. Dans un monde post-Endgame qui pleure la disparition des héros, dont évidemment Iron Man, mais aussi chamboulé par le retour des disparus après 5 ans d’absence, Spider-Man: Far From Home renoue avec l’univers lycéen découvert dans Homecoming, au détour d’une explication un poil commode (on va pas se mentir…), avant de lancer les nouveaux enjeux du film. On retrouve donc un Peter Parker toujours lycéen aux prises avec ses sentiments pour MJ (ce qui est un peu rapide vu Homecoming, mais bon…), mais surtout son appréhension de devoir endosser la responsabilité de super-héros dans l’ombre de son mentor disparu. Rappelant parfois Iron Man 3 et le syndrome de stress post-traumatique qu’affrontait Tony Stark suite au final d’Avengers – Endgame, le portrait de l’adolescent surexcité de faire partie du game qu’on avait découvert dans Homecoming laisse place à un adolescent partagé entre l’envie de reprendre une vie normale et des responsabilités trop énormes.

Dans cet opus sous-titré Far From Home, Marvel Studios transporte notre « friendly neighborhood Spider-Man » loin de ses quartiers et propose un face-à-face riche et plutôt solide avec un nouveau venu, Quentin Beck aka Mysterio aka Le Maître des Illusions dans les comics. Si les fans de comics et les habitués des bandes-annonces trompeuses de Marvel savent que la vérité est ailleurs, cela ne gâche en rien l’introduction d’un personnage qui saura gagner l’attention dès sa première apparition. Il faudra cependant composer avec une première partie encore trop légère et adolescente, où justement les dilemmes romantiques de Peter Parker prennent le pas sur l’ambition super-héroïque du film. Certes, les personnages sont attachants et l’humour toujours prompt à percer au moindre échange, efficace et évident, mais j’ai trouvé cette moitié trop proche de Homecoming, craignant un copié-collé du premier opus qui était déjà trop safe à mon goût. De plus, l’omniprésence de Iron Man pèse sur le film, ce qui pourrait desservir le film aux yeux des fans de l’Homme-Araignée qui, rappelons-le, vit de très bonnes aventures solos sur papier. Forcément, l’effet nostalgique et la popularité de cet Avenger permet de continuer à attirer les gens en salles, mais il serait temps de rendre à César ce qui lui appartient : le film s’intitule Spider-Man tout de même !
Le bon revers de cette médaille à double-tranchant, c’est qu’au lieu de précipiter son personnage dans l’action, le film de Jon Watts prend justement le temps d’installer une structure intéressante autour de son héros, allant de ses émois amoureux à son transfert d’admiration pour Mysterio, en passant par le poids de ses responsabilités qui l’empêchent de vivre pleinement et la perte de son «  » »père de substitution » » ». On découvre un personnage en pleine hésitation face à l’ampleur de la tâche, ce qui est un contraste intéressant face aux autres super-héros que nous connaissons, tous adultes et conscients des choix qu’ils ont fait pour endosser leurs costumes. À travers la jeunesse de Peter Parker et un road-trip sans queue ni tête, Spider-Man: Far From Home transpose à juste titre le slogan bien connu du comics « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités » sans même avoir à l’énoncer, cette fois. Bien joué !

Heureusement, la seconde partie vient enfin creuser les conséquences des décisions prises par Peter et donne enfin libre-court à l’action espérée. Au-delà des révélations attendues autour de certains protagonistes, c’est surtout en terme d’actions et de réalisations que Spider-Man: Far From Home se démarque avec brio. Le film s’ancre dans une tonalité plus sombre, voire même un peu désespérée, alors que les affrontements s’inscrivent dans un univers faits d’illusions étourdissantes et d’esbroufes à l’esthétique novatrice (chez Marvel) et spectaculaire. On retrouve une véritable volonté de transposer le comic book dans le film, dans une version à la fois proche de l’esthétique de Doctor Strange, mais bien plus épique, lisible et fun à découvrir. Toutes les réflexions et hésitations des débuts laissent place à l’affirmation et à une nette évolution du jeune héros qui s’émancipe de son image de jeune padawan dépendant de Tony Stark – et grondé par Nick Fury et dédaigné par Maria Hill -, pour offrir un Peter Parker ET un Spider-Man assumé qui grandit enfin – quitte à avoir des airs très familiers. De plus, tout le concept autour de Mysterio donne un nouvel élan au film : de l’écriture du personnage jusqu’à son look, j’ai aimé ce grain de folie et l’individualité de ce personnage au charisme naturel qui doit tout à son acteur de talent, Jake Gyllenhall. Visuellement, les scènes avec Mysterio sont assez ébouriffantes, car les terrains de jeu proposés frôlent l’inédit, quelque part entre Tron et Inception : de l’habituel combat destructeur qui laisse les villes en ruines, Spider-Man: Far From Home s’amuse avec une esthétique presque technologique qui permet de rendre les scènes hyper dynamiques, changeantes et surtout très surprenants. J’aime quand un film de super-héros propose quelque chose de neuf dans ses affrontements, que ce soit en terme de chorégraphies de combats ou d’effets spéciaux, et là Spider-Man: Far From Home ne déçoit pas.

Là où le film est à la fois intéressant et grinçant, c’est justement dans son propos sur les super-héros. Marvel Studios a toujours eu un ton ultra-conscient de la place du super-héros au cinéma et s’amuse parfois à mêler des messages du monde réel dans la fabrique de ses films. Encore une fois, Spider-Man: Far From Home rappelle Iron Man 3 sur bien des aspects, entre l’affranchissement de l’homme (garçon) sous l’armure et la réalité de la menace. Le film de Shane Black avait un ton un peu plus géopolitique en alliant la menace terroriste à la manipulation des médias, ce qui étoffait agréablement le récit du film. Chez Jon Watts, Spider-Man: Far From Home distille une seconde lecture du personnage de Mysterio à la fois réaliste mais un chouilla étrange du super-héros (ou du genre super-héroïque) dans le monde – que ce soit la réalité du MCU ou notre réalité – insistant sur le fait que les gens réagissent plus à la forme (le spectacle) qu’au fond (ses motivations, son histoire). Si la volonté sous-jacente était peut-être de se pointer du doigt l’Amérique de Trump, l’impression que Marvel se compote ouvertement dans l’assurance que sa formule est imbattable laisse un arrière-goût étrange – surtout lorsqu’une scène finale tease en arrière plan « Attendez de voir ce qu’on vous prépare ». Les fans du genre sont acquis, certes et surtout quand on surfe dans l’univers du MCU, mais malgré un ensemble relativement réussi, Spider-Man: Far From Home reste dans un registre encore trop estival et juvénile pour réellement emballer jusqu’au bout et imposer notre bien-aimé Spidey comme un potentiel leader ou encore un super-héros autonome, sans la techno Stark ou l’ombre d’Iron Man autour de lui.

Peut-être que l’autre lecture implicite serait que les studios Marvel (et Sony ?) savent qu’un seul faux pas risquerait détruire l’empire et laissent filtrer la promesse qu’ils se sont retroussés les manches… Affaire à suivre.

Au casting, on retrouve l’adorable Tom Holland (Avengers Infinity War et Endgame, The Lost City of Z, Au Cœur de l’Océan…), toujours aussi enthousiaste et conquérant dans le rôle titre, même face à l’immense Jake Gyllenhaal (Velvet Buzzsaw, Les Frères Sisters, Stronger…), charismatique dans le rôle d’un Mysterio plutôt réussi et inattendu. Autour d’eux, Samuel L. Jackson (Captain Marvel, Glass, Kong: Skull Island…) renoue avec le Nick Fury qu’on connait, en plus inflexible, tandis que Cobie Smulders (Friends From College…) gravite en arrière-plan. Zendaya (Euphoria, The Greatest Showman…) prend plus de place, devançant presque Jacob Batalon (Spider-Man: Homecoming…) en side-kick : si les romances adolescents prennent plus de place, c’est tout de même assez fun de voir à quel point le film capte les émois instantanés et éphémères d’une génération ultra-connectée. À l’affiche également, on retrouve Jon Favreau (Le Livre de la Jungle, #Chef…) en Happy, tandis que Marisa Tomei (American Nightmare 4 : Les Origines…) revient en sexy Tante May.
Et… peut-être des caméos ? On en reparle bientôt 😉

En conclusion, après un Homecoming juvénile et enthousiaste, Jon Watts livre un second opus plus centré sur son personnage partagé entre l’homme et le super-héros. Malgré une mise en place assez lente, Spider-Man: Far From Home tire brillamment partie du caractère adolescent de Peter Parker et de la rencontre avec cet énigmantique Mysterio. Le film tire son épingle du jeu grâce à une seconde partie plus dramatique et portée par des affrontements à la forme étonnante et visuellement réussis. À voir, évidemment.

PS : il y a deux scènes bonus, une en milieu de générique et une tout à la fin. Et les deux sont cools.
On en reparle très bientôt 🙂

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s