[CRITIQUE] Brightburn : L’Enfant du Mal, de David Yarovesky

Le pitch : Tori Breyer a perdu tout espoir de devenir mère un jour, quand arrive dans sa vie un mystérieux bébé. Le petit Brandon est tout ce dont elle et son mari, Kyle, ont toujours rêvé : c’est un petit garçon éveillé, doué et curieux de tout. Mais à l’approche de la puberté, quelque chose d’aussi puissant que sinistre se manifeste chez lui. Tori nourrit bientôt d’atroces doutes sur son fils. Désormais, Brandon n’agit plus que pour satisfaire ses terribles besoins, et même ses proches sont en grave danger alors que l’enfant miraculeux se transforme en un redoutable prédateur qui se déchaîne sur leur petite ville sans histoire…

Un couple installé dans une ferme dans la campagne américaine, un vaisseau qui s’écrase avec un bébé dedans, le bébé grandit en développant des super-pouvoirs… Pas de doute possible, Brightburn détourne bien les origines de Superman pour en faire un récit horrifique, tel un « what if » semblable à certains arcs comics (dont le génial Red Son qui imagine l’histoire si Superman était arrivé en URSS et non aux Etats-Unis) où un simili-Clark Kent développe des intentions loin d’être nobles. Ajoutons à cela le fait que le réalisateur David Yarovesky a fait appel à son pote James Gunn (Les Gardiens de la Galaxie Vol. 1 et Vol. 2…) et quelques membres de la famille Gunn pour porter son projet sur grand écran, Brightburn arrive presque en terre conquise.

Oui mais voilà, ce n’est pas tout que de vouloir transformer une figure super-héroïque en monstre pour que cela fonctionne. Man of Steel ou encore Batman V Superman théorisaient déjà sur la place des super-héros parmi les humains, appréhendant les risques encourus si jamais l’un d’eux se décidaient à œuvrer pour le mal. La question autour des motivations de « Dieu » Superman a toujours été présente dans les travaux de Zack Snyder, tandis que chez la concurrence, on reprochait aux méchants des films Marvel leurs intentions plates et manichéennes (souvenez-vous de Malekith). Donc oui, plus qu’un personnage bon ou mauvais, pour qu’une histoire fonctionne, il lui faut une motivation, une raison d’être tangible et accessible pour qu’on y croit. Et cela ne s’applique pas uniquement au film de super-héros car les films d’épouvante proposent aussi une raison, solide ou non, pour expliquer les apparitions, les zombies et autres créatures horribles – même quand il s’agit de l’Antéchrist d’ailleurs.

Et pourtant dans Brightburn, les efforts sont là. Le tableau est alléchant, on aime d’emblée cette petite famille rayonnante et cette bourgade paisible où on peut adopter des enfants trouvés dans les bois sans jamais éveiller les soupçons. Le film nous conforte patiemment dans ce cocon bienveillant, prenant un chouilla trop de temps à fignoler sa mise en place. Puis ce qui devait arrivé arriva : une nuit comme une autre, le gamin se réveille, comme appelé par son vaisseau depuis la grange en baragouinant un langage obscure et pouf ! le voilà qui passe du gentil gamin un peu étrange à une force noire qui s’amuse à foncer à travers le corps de ses victimes ou à stalker des gamines qui n’ont rien demandé.
Le problème n’est pas dans l’exécution, bien au contraire : Brightburn oscille entre le teasing timide et le sanguinolent explicite, si bien qu’il m’a maintenue captive jusqu’au bout, sans savoir à l’avance si le film allait nous priver d’une scène un poil gore ou offrir des détails dégoulinants face caméra (mention spéciale pour une certaine mâchoire). Également, le film de David Yarovesky entretient une ambiance nocturne et prend souvent au dépourvu en déjouant habilement certains codes horrifiques connus (on croit que cette ombre-là c’est le gamin et en fait, pas du tout…). Souvent nerveux et porté par quelques jumpscares lourdingues, Brightburn donne l’impression de monter en puissance pendant toutes la seconde partie du film, se nourrissant de l’énergie de plus en plus dérangeante et inquiétante du gamin.

Mais alors pourquoi ça ne marche pas ? Si vous vous poser la question, c’est que vous n’avez pas suivi ! Brightburn ne fonctionne pas car il y a trop de questions qui restent sans réponses : on ne saura jamais d’où vient Brandon ni pourquoi (ou pour qui) il agit ainsi. La démonstration de pouvoirs est certes attrayante et le concept d’un enfant maléfique est toujours une recette gagnante, et pourtant, le film de David Yarovesky tourne à vide, cherchant à se démarquer dans la sulfure en pensant qu’une simple parodie faiblarde de Superman donnerait suffisamment le change. Raté. Dommage car, visuellement, Brightburn vise souvent juste et avait le mérite de proposer un format neuf ou a minima curieux au genre horrifique : le gamin est inquiétant juste ce qu’il faut, une petite tension bienvenue s’invite aux bons moments… Il aurait simplement fallu étoffer un peu plus le scénario pour s’attacher (ou non) aux personnages et rendre la noirceur du gamin plus terrifiante et convaincante.
À l’arrivée, seuls ceux qui ont peur du noir et/ou ceux qui sursautent au moindre jumpscare devraient s’amuser un peu, mais en réalité, les promesses de Brightburn s’effondrent face à une conclusion bancale qui laissent des trous béants dans l’intrigue. Sans parler la scène finale qui tease de prochains détournements d’autres personnages issus du giron DC Comics (Wonder Woman, Aquaman…) dans une tentative un chouilla pathétique de créer un univers partagé du même ton. Bin… non merci, en fait.

Au casting, contrairement au scénario, c’est mieux : Elizabeth Banks (La Grande Aventure Lego 2, Power Rangers, Hunger Games…) et David Denman (Logan Lucky, Outcast…) forment un duo convaincant dans leurs rôles de parents rapidement dépassés par ce gamin venu d’ailleurs, tandis que Jackson A. Dunn (vu dans la peau de Scott Lang ado dans Avengers – Endgame…) joue très bien le jeu, sans trop en faire ce qui rend son personnage plus menaçant. Autour d’eux, on reconnaîtra Matt L. Jones (Mom…) et Becky Wahlstrom (Search Party...), ainsi qu’un petit caméo d’un habitué des productions ou films de James Gunn, Michael Rooker (Les Gardiens de la Galaxie, The Belko Experiment, The Walking Dead...).

En conclusion, malgré des prémices alléchants et une histoire qui arrive à point nommé dans une époque où les films super-héroïques sont les rois du box-office, Brightburn ne parvient pas à tenir la distance. Film noir à l’atmosphère joliment entretenue, David Yarovesky avait une bonne idée de départ mais ne l’exploite pas suffisamment. Résultat, Brightburn s’avère creux, voire même vain. À tenter.

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