[CRITIQUE] Yves, de Benoit Forgeard (sortie DVD)

Le pitch : Jérem s’installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l’essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…

Réalisé par Benoît Forgeard
Avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine…
Sortie en VOD le 4 octobre et le 6 novembre 2019 en DVD et Blu-Ray
Bonus DVD : Making-of (environ 22 min) – Entretien avec Benoît Forgeard et l’équipe du film (environ 30 min) – Bêtisier – Clip C.R.A.B de Jérem – Bande-annonce

Entre parodie d’une société dominée par les nouvelles technologies et comédie décalée, Yves dégivre un sujet trop sérieux à travers la relation entre un rappeur en devenir et son réfrigérateur intelligent. À première vue, le tableau est simple, plaisant et prometteur : le personnage de Jérem amuse avec son rap du fond de sa cave et le coté adulescent qui régit un quotidien plutôt régressif, tandis que la place du réfrigérateur se fait plus présente, devenant l’ami et le confident du héros. Ajoutons à cela une intrigue romantique et l’ombre d’un « Skynet » en devenir, Yves affiche une recette intéressante qui a le mérite de sortir des sentiers battus.
Oui mais voilà, en voulant jouer la carte de l’humour décalé, le second long-métrage de Benoît Forgeard (Gaz de France…) se heurte à ses choix : l’humour potache, l’exagération de l’intelligence artificielle et la création d’un triangle amoureux cohabitent maladroitement dans une normalité cousue de toutes pièces où les machines sont quasiment considérées comme des personnes.

Si j’ai adhéré à l’idée initiale de cette relation entre un homme, sa conquête et un réfrigérateur, c’est l’idée d’avoir cette réalité absurde acceptant la place des machines ménagères au même niveau que l’être humain que j’ai trouvé mal intégrée. Le film passe soudainement d’un trio simple à un curseur plus large sans vraiment préparer le spectateur à ce monde connecté, ce qui rend la deuxième partie aberrante quand on amorce le passage du procès ou encore d’une battle. Décrochant du film, j’ai constamment et inconsciemment remis en question la crédibilité de l’histoire et du coup, ce n’était plus drôle du tout, voire même un chouilla pauvre et puéril. Original, certes. Lourd et beaucoup trop long, aussi.

Au casting, William Lebghil (Voyez Comme On Danse, Première Année, Ami-Ami…) incarne bien l’adulescent loufoque, au rap régressif, qui évolue dans un monde aussi décalé que lui. Face à lui, Doria Tillier (Le Jeu, Monsieur et Madame Adelman…) n’en finit plus de jouer les muses sans pour autant se démarquer cette fois, tandis que Philippe Katerine (Le Poulain, Le Grand Bain…) conserve son image hallucinée, entre beauf du coin mais finement observateur. Derrière Yves, c’est Antoine Gouy (Budapest, Demi-Sœurs…) qui prête sa voix, plutôt correct quand il ne s’aventure pas dans des imitations vaseuses.

En conclusion, Yves tient sa promesse en livrant un film décalé, cristallisant dans un univers absurde la dépendance à la technologie. Sorte de cousin (très, très) éloigné du film Her de Spike Jonze, le film de Benoît Forgeard propose un récit intéressant à la mise en oeuvre balbutiante. Trop ambitieux ou manquant de recul dans son installation, le loufoque frôle le puéril, qui a finalement s’y abandonner. À tester.

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