[CRITIQUE] La Famille Addams, de Conrad Vernon et Greg Tiernan

La famille la plus gothique de nos écrans revient en version animée… et un poil plus sage, sous la houlette du duo Conrad Vernon et Greg Tiernan. Humour caustique sur fond de critique sociale, La Famille Addams coche toutes les cases attendues. Si visuellement le film propose une animation inspirée et joliment contrastée, coté intrigue on a rarement vu aussi plat. Les claquements de doigts ne sont plus ce qu’ils étaient !

Le pitch : Les nouvelles aventures de la Famille Addams.

3 ans après l’irrévérencieux et insolent Sausage Party, Conrad Vernon et Greg Tiernan se penchent sur la mythique Famille Addams pour en proposer une nouvelle adaptation aux doux airs de reboot, en format animé. Si vous n’avez vu ni la série, ni les films, vous connaissez sûrement le thème musical marqué par ses fameux claquements de doigts. Créé en 1964 en tant que série télé, La Famille Addams est le portrait décalé d’une famille macabre et gothique, qui vit dans immense manoir flippant. À travers ce portrait, les créateurs de la série décryptait avec humour (noir) l’Amérique de l’époque, grâce au contraste saisissant entre l’atmosphère lugubre et pince-sans-rire qu’ils entretiennent et les années 60.
65 épisodes de série, 2 saisons animées, un téléfilm et deux films plus tard – notamment marqués par Anjelica Huston et Christina Ricci, La Famille Addams ressuscite après 25 ans d’absence dans une nouvelle adaptation accessible à tous. Globalement, le film fait le job en (ré)introduisant ses personnages cultes, l’amour indéfectible entre Morticia et Gomez tout en cultivant le sarcasme à la fois piquant et désinvolte de Mercredi. Face à un développement du voisinage trop coloré, La Famille Addams va devoir déjouer les préjugés tout en conservant leurs traditions et convictions face à l’intolérance ambiante. La leçon est correctement dépliée, cochant les cases de la bienveillance et du macabre bien pensant… ce qui est plutôt déconcertant pour les créateurs d’un film aussi politiquement incorrect que Sausage Party !

En effet après un film aussi insolent, j’attendais quelque chose de plus percutant, incisif et provocateur. Outre le décalage entre le coté un peu glauque de cette famille gothique avec le reste des protagonistes, la série des années 60 (et les films qui ont suivi) fonctionnait surtout pour sa double lecture souvent intelligente qui jonglait avec les différents degrés de l’humour pour signer un constat mordant sur le monde de l’époque. C’est pourquoi, malgré les années qui ont passées, La Famille Addams conservait toujours ce même look froid et indémodable, comme un marqueur temporel inconscient et pourtant témoin vivant (et intègre, finalement) des modes qui font et se défont. Malgré ses différences, La Famille Addams porte des valeurs fédératrices, telles que la tolérance, certes, mais aussi l’amour profond pour les siens et l’acceptation des autres, tout en étoffant à merveille des personnages qui, sous leurs apparences lugubres, exacerbaient des traits de caractères et relations très communs.
C’est pourquoi c’est aussi décevant de voir Conrad Vernon et Greg Tiernan livrer un film extrêmement lisse qui joue avec ces codes sans aller plus loin. C’est sûr que sans Seth Rogen et Evan Goldberg à l’écriture, le résultat est plus sage, mais là on frôle bien plus le film d’animation pour enfants tant la lecture est linéaire et plate. Là où des films d’animations comme Coraline (2009), L’Étrange Pouvoir de Norman (2012) ou encore plus récemment Zombillénium parvenait à mixer des codes plus adultes et/ou sombres dans un divertissement éclairé qui avait réellement des choses à dire sur le monde observé à hauteur d’enfants, cette nouvelle version de La Famille Addams joue la carte de la facilité en effleurant des thématiques attendues sans véritablement aller plus loin, surfant sur une vague déjà échouée. Certes, on n’échappe pas à quelques moments drôlounets où Mercredi s’amuse au dépend de son frère, l’ensemble est safe et même le choc des cultures espéré ne parvient pas à faire mouche.
Visuellement, La Famille Addams reste plaisant à découvrir, dessinant des personnages sympathiques et jouant des contrastes avec adresse. Malheureusement, c’est à peu près tout ce qui sort du lot dans cette version aseptisée.

Au casting vocal : en VO c’est Charlize Theron (Séduis-Moi Si Tu Peux, Tully, Atomic Blonde…) qui incarne Morticia, tandis que Chlöe Grace Moretz (Greta, Suspiria, Come As You Are…) est Mercredi. Les deux actrices sont excellentes et offrent des variations de ton excellents, si bien que parfois elles en deviennent méconnaissables. Autour d’elles, Oscar Isaac (Triple Frontière, Spider-Man : New Generation…), Finn Wolfhard (Stranger Things, Ça…), Nick Kroll (Big Mouth, Tous en Scène…) ou encore Bette Midler (The Politician…) complètent l’ensemble, tandis que des invités plus ou moins insolites renforcent les personnages secondaires, allant d’Allison Janney (Ma, Moi, Tonya…) au choix surprenant du rappeur Snoop Doog qui incarne… le Cousin Machin !

En conclusion, alors que j’espérais une nouvelle incarnation mordante et fun de La Famille Addams, Conrad Vernon et Greg Tiernan servent une version sans saveur qui plaira potentiellement à ceux, jeune public, qui vont découvrir ces personnages cultes pour la première fois. J’aurai bien terminé sur une bonne nouvelle en vous disant que le film de Barry Sonnenfeld (1991) est disponible sur Netflix, mais il a été retiré du catalogue tout récemment. Inutile de demander pourquoi… clap ! clap ! À tenter.

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