[CRITIQUE] Portrait de la Jeune Fille en Feu, de Céline Sciamma (Sortie DVD)

Le pitch : 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

Réalisé par Céline Sciamma
Disponible en Blu-ray et DVD le 18 février
Avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami…
Bonus : Commentaire audio par Céline Sciamma, avec la participation d’Adèle Haenel, Noémie Merlant et Claire Mathon (image) (120min) • Rencontre avec la peintre Hélène Delmaire (12min) • Séquences de peinture filmées (33min)

Après une légère sortie de route (selon moi) avec Bande de Filles en 2014, Céline Sciamma revient à ses premières amours qui ont marqué ses débuts, retrouvant douze ans après Naissance des Pieuvres, sa muse Adèle Haenel. En effet, la réalisatrice affectionne particulièrement les drames sensibles et intimes qui flirtent avec les sujets tabous, qu’elle sait aborder avec douceur et contemplation sans jamais virer au sensationnel ni à la revendication, comme le prouve l’excellent Tomboy, ou même Ma Vie de Courgette ou Quand On A 17 Ans dont elle signe les scénarios.
Habituée du Festival de Cannes, c’est là qu’elle y présente son dernier film, Portrait de la Jeune Fille en Feu, remportant le Prix du Scénario et la Queer Palm, avant d’être remarquée à l’étranger en voyant le film sélectionné aux Golden Globes, au BAFTA et aux Goyas dans la catégorie des Meilleurs films en langues étrangères. En France, on est évidemment pas en reste, puis que le film de Céline Sciamma récolte 10 nominations, dont Meilleur Film, Meilleur Réalisateur et Meilelure Actrice en duo pour Adèle Haenel et Noémie Merlant.

Un palmarès bien mérité et à la hauteur de l’évolution visible de l’œil de Céline Sciamma, puisque ce que ce qui dénote particulièrement dans Portrait de la Jeune Fille en Feu, c’est l’attention portée à l’esthétique et aux cadres d’un film qui se définit à travers les arts (peinture, lecture, tragédie grecque et musique…). Sachant que le récit serait très implicite, la réalisatrice soigne l’aspect contemplatif alors que la parenthèse s’ouvre sur une époque où la délicatesse corsetée des costumes s’oppose à la rudesse d’une nature sauvage à l’image de la liberté des sentiments qui se révèlent (ou se taisent) au fur et à mesure. Le film cultive le calme et la tempête au fur et à mesure que les personnages se rapprochent et s’apprivoisent entre balades en plein air et regards appuyés. Certes, l’histoire est prévisible mais Céline Sciamma la tisse minutieusement et joliment à travers un récit tourmentée par les règles, le mariage forcé pour l’une et l’héritage libérateur pour l’autre. La parenthèse de cette rencontre devient peu à peu la prison de secrets multiples et d’amours interdites, le tout vue par des femmes de milieux sociaux différents.
J’ai aimé la beauté poétique du film qui utilise l’art, surtout la peinture, pour composer ses tableaux marqués par une simplicité bienvenue qui laisse place aux sentiments qui déferlent. Tout semble se répondre avec justesse : le paysage s’accorde avec l’histoire, la photographie se modèle à travers les échanges. Faisant le parallèle avec la fin tragique d’Orphée et Eurydice (expliquée dans le film), Portrait de la Jeune Fille en Feu ressemble à la naissance d’un amour mort-né, comme un début de vie prometteur mais démarre avec une date d’expiration. C’est peut-être le plus touchant dans ce film qui ne cherche pas à briser les conventions, mais qui contemple une belle histoire sans avenir mais au souvenir flamboyant.

Au casting : Adèle Haenel (Un Peuple et Son Roi, En Liberté !, 120 Battements par Minute…) et Noémie Merlant (La Fête des Mères, Le Retour du Héros, Le Ciel Attendra…) s’accordent avec justesse, livrant des performances étincelantes et très souvent bouleversantes – surtout pour Adèle Haenel dont j’ai découvert la douceur. À leurs cotés, j’ai apprécié le personnage incarné par Luàna Bajrami (Fête de Famille, L’Heure de la Sortie…), son rôle de petite femme dont la maturité détonne avec son apparence très jeune, l’actrice a bien mérité sa nomination au César du Meilleur espoir féminin.

En conclusion, après avoir faire ses gammes avec des films aux fils conducteurs similaires, Céline Sciamma passe à l’étape supérieure avec Portrait de la Jeune Fille en Feu. Au-delà de l’histoire d’amour impossible et attendue, la réalisatrice signe une œuvre soignée, sublimée par le personnage invisible qu’est la peinture à l’huile qui se traduit aussi bien littéralement qu’à travers la mise en scène esthétique forte qui se dégage du film. Entre film d’époque et romance sensible, Portrait de la Jeune Fille en Feu illumine le siècle des Lumières. À voir.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s