[CRITIQUE] La Villa, de Robert Guédiguian

Nostalgique et simple, le film de Robert Guédiguian propose un constat mélancolique à travers les retrouvailles d’une fratrie. Malgré une vision plutôt nette et linéaire, entre vieilles rancœurs et nouveaux départs, La Villa évolue entre la résignation et le pessimisme obtus de ses personnages, ce qui laisse peu d’ouverture à un public plus jeune large, dans un ensemble prématurément veillissant et éteint. Même le casting, relativement solide, ne semble pas respirer la joie de vivre à travers des dialogues récités à la lettre.

Le pitch : Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…

Si Robert Guédiguian (Au Fil D’Ariane, Les Neiges du Kilimanjaro, Le Promeneur du Champ-de-Mars, Marius et Jeannette…) a 64 ans depuis quelques jours – joyeux anniversaire ! -, son nouveau film lui donne une image bien plus datée et mélancolique. La Villa résonne comme un témoignage de vie en fin de course, l’heure du bilan et de la prise d’ultimes décisions, alors qu’une famille se retrouve au chevet du patriarche. Si le point de départ est intéressant, le film s’englue rapidement dans une nostalgie rébarbative, allant du cadre abandonné d’une ville côtière désertée par ses habitants jusqu’aux nombreux souvenirs douloureux qui refont surface et autres mises au point déterminantes. La Villa fait penser comme ces vieux ronchons qui radotent sur le bon vieux temps inlassablement, avec une sorte de résignation lasse et parfois du désespoir, autour de personnages à la fois engoncés dans leurs habitudes et pourtant encore trop jeunes pour tenir des discours ou des attitudes souvent démissionnaires. Malgré son point de vue humain et modeste, La Villa propose dans un environnement morose et globalement sur le déclin, accueillant des personnages abattus d’avance.

Le caractère social et proche du film de Robert Guédiguian pèse lourd : focalisé sur ses personnages, le réalisateur met la mise en scène au second plan et ponctue les échanges par des plans de nature morte comme pour combler le manque et éviter le format caricatural des 1h30. Un procédé qu’il aurait pu éviter, puisque tout l’intérêt du film réside finalement dans l’évolution de ses personnages, à travers leurs échanges, décisions ou rencontres. J’aurai préféré avoir un film verbeux et dynamique, plutôt qu’un drame lambinant et passif qui observe le délitement progressif au lieu de proposer un point de vue ou même une direction. En effet, La Villa s’étire autour de nombreux sujets, de l’héritage à l’âge, en passant par les problèmes de cœurs ou d’argent… le tout autour de la fierté plus ou moins mal placée de ses personnages. Cependant, malgré la pluralité du scénario de Robert Guédiguian (et Serge Valletti), La Villa manque cruellement d’attrait. Certes le film met en scène des personnages d’un certain âge aux vécus souvent composés de déceptions et de douleurs, si c’est ce qui rend La Villa accessible, la tonalité ambiante est d’une grisaille contagieuse et absolument rien ne parvient à ensoleiller ce récit ballottant laborieusement vers une conclusion politique… complètement déconnectée du reste du film.

Au casting, si les acteurs sont solides, je n’ai pas du tout aimé leur interprétation : les dialogues sont si récités qu’ils tombent à plat, car j’entendais bien plus la lecture du script que le naturel d’un échange spontané. Seule Anaïs Demoustier (Jalouse, Une Nouvelle Amie…), qui est l’actrice la plus récente du lot et la caution « jeune » du film, ajoute un peu de fraîcheur dans l’ensemble mais objectivement, la présence de son personnage est inexplicable (qui va suivre son ex, accessoirement dépressif, pour une réunion de famille autour d’un père probablement mourant ?).
Robert Guédiguian retrouve également sa compagne et ses acteurs fétiches : Ariane Ascaride (Le Ciel Attendra, Les Héritiers…) tente péniblement de jouer les femmes blessées mais échoue à faire passer ses émotions en déclamant son texte avec beaucoup trop de manières, Jean-Pierre Darroussin (Une Vie, Bon Rétablissement !…) s’en sort en grand déprimé râleur au cœur tendre et Gérard Meylan (Cézanne et Moi, La French…) bougonne dans un personnage encombré par sa morosité. Autour d’eux, d’autres visages déjà vus chez Guédiguian : Robinson Stévenin (Profilage, Les Neiges du Kilimanjaro…) agace avec ses airs ahuris de jeune premier sur le retour, tandis que Yann Trégouët (Une Histoire de Fou…) ne fait que passer.

En conclusion, Robert Guédiguian disserte sur une époque révolue avec pessimisme et résignation dans un film plus vieillissant que nécessaire et franchement plombant. Malgré une lucidité intéressante sous les épaisses strates de grisaille, La Villa radote tel un cliché éculé sur le troisième âge et s’avère plutôt indigeste si on est pas dans la cible visée. Si l’âge n’est qu’un chiffre, Robert Guédiguian s’attache à démontrer que c’est aussi une vision, et la sienne est plutôt poussiéreuse. À éviter, surtout si vous pensez que la vie vous réserve encore des surprises et/ou opportunités.

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