[CRITIQUE] Alice et le Maire, de Nicolas Pariser

Le pitch : Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes.

4 ans après Le Grand Jeu, Nicolas Pariser revient avec une comédie dramatique explorant à nouveau les travers humains du monde politique, entre névroses et amitiés improbables. Au détour de la rencontre entre un maire las après trente ans de carrières et une jeune philosophe professionnellement indécise, le film Alice et le Maire dessine une entente pétillante qui va revigorer le caractère enroué des rouages rouillés d’un univers engoncé dans ces habitudes poussiéreuses. Le film m’a fait penser au pamphlet dénonciateur « Absolument débordée » de Zoé Shepard qui mettait en lumière le quotidien énergique et visiblement empressé des acteurs politiques dans les collectivités territoriales, qui s’agitent du matin au soir entre urgences et TTU (Très Très Urgent), pour finalement brasser beaucoup de vide, faute de concret, en réalité. Une critique qui semblerait facile si je n’avais pas moi-même vécu ce monde de l’intérieur il y a quelques années…
Dans le film de Nicolas Pariser, l’arrivée de la jeune Alice et de ses méthodes de réflexions littéraires et ses questionnements directs semblent secouer une fourmilière trop bien rodée à ces attitudes débordées et autres protocoles surfaits, grâce à son ton direct et à son regard qui évolue entre la découverte et la perplexité face à cette agitation souvent feinte ou exagérée. L’effet novateur de cet electron libre attise aussi bien la curiosité d’un maire aussi exigeant qu’en perte de motivation pour un travail qui semble tout d’un coup manquer de sens, que l’animosité des joueurs déjà en place.

Dans une première partie sympathique, Alice et le Maire dresse un état des lieux à la fois critique et enjolivé, grâce des portraits humains accessibles et des situations parfois cocasses d’absurdité (le stress de la vidéo conférence) qui met en évidence une organisation finalement chaotique. Ceux qui, comme moi, exerce un métier de bureau, verront les failles de communication et des petits abus de pouvoirs qui souligne avec justesse le décalage volontaire entre le quotidien d’une collectivité territoriale et la réalité « civile ». Le film tente de dénoncer l’écart entre la volonté certes bienveillante d’un homme politique (le maire de Lyon, en l’occurrence) et ses agissements publics qui, en réalité, se limite bien souvent à des discours verbeux, des plans avortés et des solutions abstraites.

Cependant, malgré des débuts pétillants, Nicolas Parisier retrouve ses vieux travers. Si les décors sont plus modernes et lumineux que la trame terne qui ensevelissait Le Grand Jeu, Alice et le Maire s’embourbe également dans des dialogues et des formulations trop appliqués, ce qui retire souvent le caractère voulu authentique des personnages. Qu’un politique et une philosophe utilisent un langage soutenu et un vocabulaire riche entre eux et au bureau, soit ; mais que cette forme trop pointue persiste dans des dialogues sensés être plus légers (une balade au bord des quais, une discussion badine entre amis ou un échange de points de vue avec une artiste peintre…) rend l’ensemble surfait, trop appuyé et pompeux. Je ne dis pas que personne ne parle avec un langage soutenu et un vocabulaire recherché durant son temps libre, mais cela ne colle pas toujours avec la volonté d’une comédie plus populaire et légère. Du coup, on est pas loin du cliché péjoratif d’une film pour intello-gaucho-bobo au fur et mesure que les dialogues s’étouffent dans un phrasé pompeux et abscons. Ou alors il faut que j’arrête de jouer à Blanc-Manger-Coco avec mes potes.

Dans l’ensemble, Alice et le Maire finit par s’éparpiller. Si la rencontre débouche sur une amitié très cordiale (le vouvoiement jusqu’au bout), le film capitalise surtout sur un personnage central qui, à défaut d’être le populiste promis, s’avère être un grand indécis un poil égocentrique, à la recherche d’une nouvelle idée quitte à embarquer tout le monde dans sa chute. Nicolas Parisier boucle le tout avec une dernière scène vague où l’issue semble incertaine et balayé par un bond dans le temps très commode. Au final, le film n’aboutit pas et fait l’effet d’une grande discussion sans but autre que de s’enorgueillir d’avoir Fabrice Lucchini en tête d’affiche.

Au casting : Fabrice Lucchini (Le Mystère Henri Pick, Un Homme Pressé…) n’a que peu d’efforts à faire pour être convaincant, sa personnalité charismatique et attachante prenant toujours le pas sur le rôle, tandis qu’à ses cotés Anaïs Demoustier (La Fille au Bracelet, Sauver ou Périr…) joue les philosophes brillantes avec conviction. Oui mais voilà, l’ensemble n’étant finalement qu’une comédie largement anecdotique aux détours parfois pompeux, je ne peux m’empêcher de me demander si le César de la Meilleure Actrice reçu par Anais Demoustier au détriment des autres nommées (notamment Adèle Haenel et Noémie Merlant pour Portrait de la Jeune Fille en Feu ou Karin Viard pour Une Chanson Douce) était vraiment mérité…
À l’affiche également, on retrouve, entre autres, une Nora Hamzawi discrète (Doubles Vies…), un Antoine Reinartz cabotin (Roubaix, Une Lumière…) et une Léonie Simaga mono-expressive (Les Chatouilles…).

En conclusion, Nicolas Pariser livre une dramédie intellectuelle et politique à des années-lumière des comédies ou des drames sociaux plus accessibles qu’on a pu voir au cinéma récemment. Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier sont bons, malgré une écriture un peu lourde et exigeante qui détonne avec la légèreté voulue du film. On s’ennuie un peu dans un récit qui tourne en rond même si on apprécie la fraîcheur générale. À tester.

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